Dans les dortoirs des filles, nous avons une chambre avec une douche et des toilettes chacune. Le décor est stérile : des murs blancs, des montures de lit en bois poli, un bac à douche et des toilettes en céramique blanche. Le plus exceptionnel dans la chambre est le mur en face du lit qui est complètement recouvert par un écran. Une petite manette tactile de la même matière que nos oreillettes permet de choisir le décor à y afficher. Une forêt verdoyante, une plage ensoleillée, un salon confortable, Philadelphie et ses quartiers business, et ainsi de suite. J'opte pour un ciel étoilé, on distingue les constellations et c'est si reposant. Cet écran des étoiles nous montre les constellations boréales de l'hémisphère nord, ce sont mes préférées. Je repère parmi tant d'autres : la Grande et la Petite Ourse, la Lyre, le Cygne, Pégase, Hercule, Andromède et Cassiopée. Cassiopée, le prénom de ma mère. Ses parents l'ont nommée d'après la constellation, car Papi Henri aimait l'astronomie et connaissait presque toutes les étoiles. Il me les a faites découvrir et maintenant quand je les regarde je pense à mes grands-parents et j'imagine qu'une étoile brille pour chacun d'eux dans le ciel. Je me demande aussi ce que Maman et Papa peuvent bien devenir à Seattle. La ville était condamnée pour sûr et Maman aurait accompli son travail jusqu'au bout, c'est certain. Nous ne nous serions pas revues de si tôt, je le savais bien ce matin. Alors si ce soir déjà elle est partie au ciel, je lui adresse une prière silencieuse alors que je contemple Cassiopée.
J'ai dormi d'un sommeil sans rêves. J'avais besoin de repos après la journée de la veille si riche en nouveautés. Je ne réalise pas tout de suite où je me trouve, puis je repère l'écran que j'ai laissé allumé hier soir. Maintenant, c'est une vue sur un ciel bleu et sans nuages que nous pouvons observer. Je suis soudain tout excitée à l'idée de découvrir mon étage de travail personnalisé et surtout de commencer les recherches. Je cours prendre une douche et je revêts un nouvel uniforme identique à celui de la veille. Au-dessus de ma poitrine à droite, mon nom est brodé en capitales argentées, je ne l'avais pas repéré la veille. Alors que je me débats avec mes boucles pour réussir à attacher mes cheveux en un chignon correct, j'entends des coups frappés à la porte vitrée de ma chambre.
« Oui, entrez, répondis-je. »
Alicia, impeccablement mise : ses cheveux courts retenus par un bandeau, son uniforme bleu ciel parfaitement ajusté et le teint frais, entre d'un pas mal assuré dans ma chambre :
- Bonjour, m'apostropha-t-elle d'une voix timide. Je ne me suis pas présentée hier, j'ai eu quelques trucs à gérer là-dedans.
Elle désigne sa tempe d'un doigt en ouvrant de grands yeux agacés.
« Je m'appelle Alicia, continua-t-elle. Je suis contente de t'avoir comme camarade, tu es très gentille.
- Je te remercie. »
Je ne l'interroge pas sur le fait qu'elle ait déjà un avis sur ma gentillesse, je sais qu'elle a dû le sentir hier lorsque nous nous sommes frôlées à la sortie de l'ascenseur. Voyant que je me débats toujours avec mes cheveux, elle me lance :
- Laisse-moi t'aider, je peux peut-être faire quelque chose pour toi. Enfin, si tu veux bien sûr, se reprit-elle.
- Oui, bien sûr avec plaisir s'il te plaît.
Je lui tends mon élastique. Et alors qu'elle démêle mes boucles avec ses doigts fins je l'observe plus attentivement. Alicia est vraiment très belle, ses yeux et ses cheveux de jais tranchent sur son teint pâle. Elle a un nez aquilin et des lèvres fines qui frémissent sans arrêt comme si elle murmurait des mots inaudibles. En moins de deux minutes, mes boucles sont domptées en un chignon strict et élégant. Je remercie Alicia et nous nous dirigeons ensemble vers l'ascenseur au centre de la pièce pour remonter aux cuisines. Là-haut nous retrouvons les garçons déjà attablés autour d'une table parée des meilleurs mets pour un petit-déjeuner : du chocolat chaud et des viennoiseries. Comme les dimanches à la maison quand Papa allait à la boulangerie et que Maman faisait du chocolat chaud en suivant la recette de Papi Henri. Il y a aussi des œufs durs, du fromage, de la charcuterie, des fruits, du pain frais, du jus d'orange et du lait froid. Les garçons nous expliquent qu'une équipe de service s'occupe de nos repas et que nous n'avons pas besoin de penser à nettoyer les cuisines ou à préparer à manger. De même pour nos chambres, l'équipe de service se charge de mettre de l'ordre dans nos affaires et de nettoyer les surfaces. Je suis exempte de corvées ménagères, c'est assez agréable ! Nous petit-déjeunons dans la bonne humeur en ce début de matinée puis nous descendons tous ensemble au Laboratoire 2.0 pour convoquer un Conseil.
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RASEN-76
Science Fiction« L'heure est grave mes chers concitoyens. Le Canada est asséché, sa terre est brûlée, des maigres citoyens fuient l'air qui se réchauffe et qui brûle tout sur son passage. Ce phénomène, comme on pouvait s'y attendre, ne s'est pas arrêté aux frontiè...
