De toute ma vie, je n'ai jamais vu de jour plus sombre. Cela peut sembler normal puisque c'était ma mort mais ce n'est pas elle qui l'était.
Je me suis promis d'oublier mon passé et malheureusement, je ne pensais pas si bien réussir. Je ne me souviens que du principal ; j'avais un père, une mère et deux frères. J'aimais chacun d'entre eux. Je ne peux pas dire avoir eu une enfance difficile, avec deux grands frères c'était presque impossible. Mais je ne me rappelle plus leur gentillesse, leurs vêtements, la forme de leur corps, la chaleur de leurs bras, leurs regards, leurs langages, la couleur de leur peau et même leurs visages. Étaient-ils vraiment gentils ? Me prenaient-ils dans leurs bras ? Les aimais-je réellement ou juste parce qu'ils étaient mes frères ? Je ne peux le savoir mais en cet instant, je préfère y croire ; Oui, ils étaient gentils ; Oui, ils mes prenaient dans leurs bras ; Oui, je les aimais. Mais tout cela est devenu futile depuis longtemps. Je suis incapable de me rappeler de ma famille, maison, amis, travail, passe-temps ; de ma vie.
J'ai cependant quelques brides de souvenirs qui remonte quand arrive le tour d'une nouvelle saison. À l'ouverture de la première fleur, resurgit l'odeur de celle-ci dans mon esprit, la fraîcheur de l'herbe encore humide de la rosée du matin sous mon pied. Quand les fruits commencent à sortir, leurs goûts me reviennent, la chaleur semble réapparaître. À la coloration des feuilles, le vent me paraît froid et je crains la maladie. Au toucher d'un flocon, le goût du chocolat chaud me revient ainsi que la froideur de la neige. Mais tout cela est vain car ce ne sont que des souvenirs déformés, sans être faux, ils ne sont simplement plus vrais car le temps modifie et efface les réelles sensations. Malgré tout, je ne peux oublier ce jour.
Rentrée du travail, j'arrive à la maison. Je m'attends à recevoir un bisou de mon père et un câlin de ma mère mais la porte reste fermée. Mes parents travaillent toujours. Je m'assis sur un banc et ferme les yeux, je perçois le bruit du vent et du bois qui craquelle, des arbres environnants. Le froid semble percer ma veste et rentré dans mes poumons. Le temps passe et mes cheveux mouillés me rappellent qu'il neige encore ; mes parents devraient déjà être rentrés. Je me lève et marche vers la maison la plus proche à quelques kilomètres. Devant un champ, je m'arrête, le froid n'a plus de barrière et le vent refuse de m'aider. Je me mets à tousser comme je le fais depuis une semaine. Au milieu du champ se trouve un rayon de soleil. Je me demande pourquoi il est là. Que fait un rayon de soleil au milieu de cette tempête ? Est-ce qu'à l'autre bout de la planète se trouve un champ où un nuage s'obstine à neiger et à perturber la beauté du soleil qui réchauffe ces terres ? Ce rayon de soleil a dû se perdre et rêve de retrouver sa famille. Je reprends mon chemin mais le vent continue à se battre et mes muscles se fatiguent mais persévère à me porter plus loin. Je sais qu'au bout de la rue se trouve la maison de la fermière, propriétaire de ce champ. Pourtant, je ne l'atteindrais jamais car tel était la Terre. Une tempête de vent déferla arrachant arbres, buissons, feuilles, murs, maisons et hommes du sol.
Mon corps sera retrouvé par la fermière au milieu du champ, écrasé par un arbre et des briques qui avaient dansé ensemble, deux minutes plus tôt, dans les airs. Le soleil n'aimant pas les tempêtes, il avait arrêté celle-ci avant que je ne puisse toucher le sol. N'ayant pas les moyens, je fus enterré comme le reste de ma famille, plus tard, dans le jardin.
J'aurais pu disparaître et la Terre aurait continué à subir les caprices du soleil et des nuages mais il en a été autrement. L'injustice avait voulu que morte par le manque de prévision, je dû réguler les saisons.
À mon réveil, tout me semblait plus vivant que jamais. Les sons des oiseaux résonnaient dans mes oreilles, la faible brise ressemblait à une tempête. J'aurais pu compter le nombre de brins d'herbe sous mes pieds et de branches dans lesquelles le vent se cognait. La chaleur du soleil était comparable à celle de la lave et l'air n'avait jamais été aussi parfumé, au point d'en devenir écœurant. C'était extraordinaire. Mes sens étaient si développés que je ne pouvais affirmer ma mort et pourtant, cela était une preuve de celle-ci. Je n'ai compris que par après que cet événement était réel.
Je me trouvais toujours au milieu du champ. Je n'avais pas compris que la tempête m'avait tué. Le soleil était revenu et bizarrement, je ne toussais plus. Je me remis en chemin mais cette fois-ci vers ma maison. Le chemin me semblait plus court et j'aperçus au loin ma mère. Soulagée qu'il ne lui soit rien arrivé, je courus vers elle. Mes bras l'enlacèrent. Je tombais au sol. Une sensation étrange me parcouru, un peu comme si je plongeais ma main dans du vide. Je me relevais et attrapais son bras mais, encore une fois, du vide. Je tentais tout pour être vue ou sentie par ma famille mais jamais je ne leur apparaissais. Je m'effondrais quand mon corps fut ramené à ma famille. J'étais morte, cette tempête avait eu raison de moi. J'ai dû me faire à l'idée que je ne faisais plus partie du monde des vivants. Mais qu'étais-je alors ? Un fantôme ? Une âme perdue ? Je ne savais pas. Je ne pouvais pas le savoir. J'étais juste invisible.
Mais dans cette transparence, quelqu'un me voyait, quelqu'un qui ne se montre pas quand on est en vie. La nuit, les étoiles dansent dans le ciel et la lune donne le tempo. Au milieu de cette danse, un homme souffle le rythme à la lune et quand celle-ci le retient, il se permet de s'adresser à ceux qu'il a bloqués pour l'éternité. Il m'a fait de nombreuses confidences dont celle-ci ; c'est lui qui m'a laissé sur Terre pour aider les hommes. La mission était simple, réguler les saisons.
Mon corps est certes le même qu'à ma mort mais je suis, à l'intérieur, très différente ; je peux faire apparaître la neige, le vent, le soleil, la pluie, et en plus la nature me suit, elle s'acclimate au fil des mois. La lune m'a donné une valeur importante ; la responsabilité. Heureusement j'ai commencé à m'en occuper quand mes sens étaient forts développés. Je sentais le moindre degré de trop ou de moins. Finalement, j'ai appris à voir la météo à travers tous les pays. Dès qu'un changement apparaît, je suis au courant et j'agis.
L'homme de la lune a fini par répondre à mes questions. Je suis une légende, comme le Père Noël, on me nomme Nelly Saison. Les humains du monde entier peuvent croire en moi et me voir ci c'est le cas. Les légendes sont toutes différentes, elles ont chacune une utilité bien précise, même quand celle-ci pourrait se résumer à apporter du bonheur aux enfants. Et puis, dans ces légendes se trouvent les gardiens. Il en existe quatre pour le moment ; le Père Noël qui offre des jouets aux enfants à Noël, le Lapin de Pâques qui apporte des œufs à Pâques pour annoncer l'arrivée du printemps, la Fée des dents qui récupère et garde les dents des enfants en leur laissant une pièce sous leurs oreillers et le Marchand de sable qui construit les rêves des enfants et les protège durant la nuit. Ces quatre légendes sont chargées de protéger et veiller sur chaque enfant de la planète. Ils protègent leur bonheur et ainsi les enfants continuent de croire en eux.
En tant que légende non connue, aucune personne ne croit en moi et malheureusement, toutes les légendes en qui ont ne croit pas finissent par ne plus rien ressentir. C'est pourquoi après une centaine d'années, je n'ai plus aucunes sensations, je peux seulement voir et entendre. Quand je touche un objet, je reconnais la texture mais elle n'est ni froide, ni chaude, comme si elle n'avait simplement pas de température. Ce fut plus difficile pendant quelques temps de devoir amener les saisons mais j'ai accepté cette situation. Je les connaissais assez bien que pour savoir quand il y avait quelque chose qui n'allait pas.
Finalement, qu'est-ce qui avait rendu cette journée si sombre ? Ce n'est pas tellement la journée, c'était le résultat de celle-ci. J'avais perdu la vie mais plus que tout, j'avais perdu ce qui fait de moi quelqu'un en vie. La moindre sensation était synonyme de mort. Mes sens me rappelaient constamment que j'étais une légende et que personne ne pouvait me voir. Finalement, l'homme de la lune était mon plus grand problème. Il m'avait enlevé ce que j'aimais dans les saisons et fait l'affront de m'enfermer dans mon plus grand cauchemar.
VOCÊ ESTÁ LENDO
La légende des saisons
FanficDans un univers invisible aux yeux de tous sauf des enfants, une légende tente de retrouver sa place auprès des siens. Elle pensait que tout allait bien, elle s'était trompée.
