1.

23 3 0
                                        

Un pas après l'autre, j'avançais droit devant moi, le souffle court et les pieds dans l'eau.

Une femme était assise en tailleur face à l'océan, à quelques centimètres seulement de là où les vagues achevaient leur trajet. Les deux mains posées sur chaque genoux et les paumes ouvertes au ciel, elle semblait méditer.

Un pas après l'autre, les mains dans les poches et la capuche enfoncée sur le crâne, j'envoyais désormais valser les grains de sable.
Plus je m'approchais et mieux je discernais les traits de son visage. Elle avait les yeux fermés, l'air incroyablement serein. Son menton légèrement relevé lui donnait cet air de dame que l'on respecte, son léger sourire faillit presque me freiner.
Je m'arrêtai quelques secondes, sorti mon téléphone de ma poche et vérifia la photo. C'était bien elle, je devais faire vite. Seulement 30 secondes me séparaient d'elle.
À ma gauche, la plage était vide, personne ne pourrait nous entendre. À ma droite, l'océan garderait notre secret.

-Enfin, vous voilà.

Sa voix me parut lointaine alors que j'étais désormais assis à côté d'elle. On ne m'avait pas prévenu qu'elle parlerait, plutôt qu'elle crierait.
Elle rouvrit les yeux seulement après, l'air toujours aussi tranquille. Le regard rivé sur l'océan comme si le soleil l'éblouissait à peine, elle me tendit ses poignées.

-Faites-ça vite, je vous prie.

On ne m'avait pas non plus prévenu qu'elle serait au courant de son propre kidnapping et qu'elle serait, en plus de cela, consentante. Cette femme me prenait au dépourvu. Elle n'avait toujours pas détourner son regard de l'horizon; j'aurais pu être n'importe qui mais elle avait l'air si sûr, si étrangement paisible...

-Pourquoi vous laissez faire ?

La question m'avait humainement échappée. Je voulais me mettre un instant à la place de la victime, tenter de comprendre comment elle pouvait réagir de la sorte. Mais il ne s'agissait plus là d'une victime si elle était consentante, ni d'un kidnapping si elle décidait de me suivre de son plein gré. Je n'arrivais plus à bien suivre toute l'histoire.

-Répondez.

Je venais de sortir l'arme de ma poche, la cachant à moitié entre mes jambes, juste ce qu'il fallait pour qu'elle la remarque. Je visais sa poitrine.
En entendant les cliquetis métalliques, elle avait enfin détourné les yeux de la vaste étendue d'eau qui nous faisait face. Elle déplia délicatement ses jambes, s'étira durant de longues secondes et prit une grande inspiration. Comme si elle avait voulu achever sa séance de méditation avant de me répondre.

-Je ne peux rien te dire, je suis désolée.

Son regard était déjà plongé dans le mien lorsque ces mots dépassèrent les commissures de ses lèvres. Sa voix était emprunte d'une certaine sagesse, d'une grande douceur et de sensualité. Elle continua de me fixer ainsi longtemps, même après qu'une vague soit venue s'écraser sur nos pieds. Son visage me devenait familier à observer, je commençais à connaître ses traits par coeur. Elle s'approchait, lentement, dangereusement, sans que mes pupilles ne quittent les siennes. Je lâchais prise, je lâchais l'arme. Ses lèvres effleurèrent seulement les miennes tandis qu'elle se saisissait de l'arme et plaquait le canon contre mon torse.

Tout cela n'était qu'une immense supercherie, et je venais de me faire avoir. Pourquoi mes membres étaient-ils tous soudainement bloqués ? J'étais incapable de bouger ne serait-ce qu'un orteil et pourtant je sentais l'humidité au bas de mon pantalon, et la froideur mortelle du métal contre ma peau. J'eus à peine le temps d'entendre la détonation du coup de feu que mes oreilles se mirent à siffler d'une manière démentielle; je sentis alors un courant d'air brûlant traverser ma poitrine.

Son regard apaisant et innocent se voila, comme si la vie venait de quitter son corps, alors qu'elle venait de quitter le mien.

High by the beachWhere stories live. Discover now