Et je suis tombé grave amoureux

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C'est fou ce que ça peut faire un sourire. J'ai appris ça un jour. Et ça a tout changé. Ce jour-là, j'étais murgé. Coincé entre René et Beiba je tuais le temps. On zonait du côté des Halles. J'ai plutôt une belle gueule, alors je lève pour eux. René, il en avait sa dose des putes. Il rêvait d'une petite doudou black douce et ronde comme un accra de morue. Il voulait une petite femme qui lui fasse la popote et qui regarde « vivement dimanche » avec lui. Il avait même acheté un nouveau canapé pour son salon. Un canapé de femme, en tissu écru avec des fleurs mauves. Il ne s'était pas encore décidé pour la table basse. Comme j'ai un œil d'expert, je lui ai dit de prendre celle en verre en triangle chelou de chez IKEA.

Après c'est moi qui ai refait tout son plafond à l'animal. Blanc crème avec des appliques mauves. Du travail de pro. Je suis perfectionniste. C'est là que je lui ai dit : » Il y a des belles blacks aux Halles, avec des fesses bien rebondies. » Moi les culs c'est pas mon truc, je préfère les seins. Je regarde une meuf, et je sais de suite quel est son bonnet et tout. Je suis un obsédé des seins. Surtout les gros, les lourds, ceux qu'on se perd dedans, tellement le corps il est femelle.

Alors ce jour-là, ce jour de mai, le 15, on est parti aux Halles. René pour les meufs, moi pour des jeans et des sebats (*) et Beiba. Beiba lui c'était autre chose ce jour-là. Pendant qu'on essayait les jeans avec René, il était parti se faire sucer, alors il tirait moins la gueule quand tout a basculé. Sauf qu'il avait faim et qu'il voulait une bière. Et comme il aimait pas tenir sa canette ouverte dans la rue comme moi, on avait cherché un endroit où se poser. Moi, tant que j'ai un bon bédot et une 8.6 dans l'estomac, ce que les gens pensent, je m'en bats les steaks. En marchant, on lui cherchait sa doudou à l'autre. On en voyait passer des phénomènes, avec leurs fesses qui les suivaient comme des petits animaux frétillants. Des grandes, des minces, des grosses, des fines, des ordinaires, des sirènes, un vrai catalogue. Pas une n'avait calculé mon René. Elles étaient passées sans même lui jeter un œil. Je marchais un peu en retrait. Je voulais lui en trouver une qui montre de l'intérêt pour lui. Même un peu. Qu'il ait une accroche quoi. Mais rien. Mon poteau le voilà qui baissait la tête en courbant l'échine comme un condamné. Pas sexy pour les meufs ça. La plupart marchaient en troupeau en rigolant. Ça braillait de tous les côtés et ça roulait du derche comme si s'était à un défilé de mode. A un moment, il y a eu un groupe coloré et éclatant de plein de couleurs, on aurait dit une grappe de perroquets. J'ai entendu un mec leur crier : « La Fashion week est dans la rue ! Street cred ! (*) ». J'ai compris « fashion », et j'ai souri aux filles qui se sont mises à rire comme une meute de hyènes. Les bandes se suivaient et finissaient par se ressembler. J'avais mal aux pattes et Beiba commençait à râler. Fallait vraiment qu'on se pose. On continuerait à chercher sa doudou plus tard à l'autre.

C'est vrai qu'avec sa tête toute froissée, il faisait pas un client très présentable sur le marché du cœur mon René. C'est marrant ça. Avec ma gueule d'ange, on croirait pas que c'est moi qu'ai tâté du club med de Fleury, pour 24 mois pension complète et tout. Une bagarre de trop, un passé flou et des flics très déterminés. La méga drem (*) quoi. Avec l'alcool, la poudre, les combines et les femmes, tu as un cocktail explosif. Le truc bien, c'est que ça m'a fait arrêter la coke. Mais il y un truc fou aussi c'est que moi aussi j'ai un faible pour les belles blacks. C'est ça que je me mets sur le bout depuis que j'ai lourdé l'autre connasse. La mère de mon fils Régy. Celle qui a haché ma vie menu, Marjorie. Il y avait plus moyen que je touche une blonde après ça. Au début je jonglais entre rebeu ou black. Puis j'ai calé sur les doudous. Elles font moins d'histoire. Voila, je suis pas un ange. Et ce qui est tordu c'est qu'avec mon sourire, je tombe qui je veux et le pauvre René avec son cœur d'or, il touche que dalle. Quelque fois quand j'y pense ça me met le sem(*) Il est mal foutu le monde quand même.

Donc on marchait depuis un moment quand on a repéré un pub pas moche avec une terrasse et avec le soleil qu'il y avait, c'est la terrasse qu'on matait. Très vite j'ai vu les nattes, blondes, rousses et noires, super longues. Je me suis dit : « ça sent sa congolaise ça ! Une bonasse qui n'a pas froid aux yeux ! » Du coup j'étais sur le sentier de la guerre. Je n'avais rien dit à René et je m'étais rapproché. J'avais fait mine de dépasser la meuf pour revenir sur mes pas et voir son visage. Je n'avais pas vu à qui elle souriait parce que dès que je l'ai regardée, tout s'est arrêté. J'avais pas prévu un coup pareil ! Je me suis senti pris au piège. Et c'était fort et c'était pas drôle. Je voulais larguer mes potes. Comme s'ils me rendaient sale. Faut dire que c'étaient pas des ornements les lascars. Beiba qui était de plus en plus renfrogné avait le blanc des yeux rouge à force de tirer sur le chichon(*) et René depuis son accident de travail avait la gueule en vrac. Je leur avait fait signe au final. Et on était parti s'asseoir près de la fille. Elle était avec une copine. Celle qui m'avait happé, avait un beau sourire. C'était une belle black aux yeux pétillants. Elle était assise en face d'un truc moisi et sec, comme une baguette d'avant-hier. Une meuf avec une gueule qui était fâchée avec les canons de beauté. Dommage, parce que j'ai quand même remarqué ses yeux bleus grands et tristes comme ceux de Michelle Morgan. Encore une femme sur laquelle la vie avait roulé. Ma belle rayonnait. Elle était comme un soleil qui donne de la chaleur à ceux qu'elle aime. Je sentais qu'elle voulait réveiller sa copine, lui mettre du baume au cœur. Alors même sa copine riait. Et là, je suis tombé amoureux. Grave.

Et j'ai fait ce que je n'avais jamais fait. J'étais allé vers elle. D'habitude, je tournais autour de la meuf comme un squale. Mais là, je m'étais senti tout minot. Je voulais savoir si je la faisais sourire moi aussi. Alors je m'étais levé et j'étais allé à leur table. - Vous avez un beau sourire mademoiselle- je lui avais dit - Merci. Elle avait répondu.

J'étais allé me rasseoir. J'avais demandé à René.

Alors, elle mate ? René, il faisait la gueule mais il était loyal. Il m'a répondu

Non

Non ?

C'était la première fois que ça m'arrivait. Je me retournais et elle parlait encore avec sa copine. Comme si j'avais été un rêve, une image vite chassée. Je m'étais relevé. J'étais allé à leur table et cette fois je m'étais penché vers elle :

Vous avez vraiment un très beau sourire !

Merci-

Elle avait souri davantage. Je voyais bien qu'elle était gênée à cause de sa copine qui masquait à mort. Je lui en aurais bien collé une sur le coup, mais je frappe pas les femmes. René m'avait fait un signe. Beiba commençait à péter les plombs, personne n'était passé prendre la commande. Je lui avais dit qu'au pub faut aller au comptoir. Il avait oublié. Beiba il ferait beaucoup de choses pour une bière surtout si c'est pas lui qui paye. Il était passé à côté de ma beauté, il s'était arrêté et il avait fait comme un sourire. Un truc bizarre qui avait dessiné une scarification sur sa peau d'ébène et lui a fait des yeux de nounours. Beiba c'est le seul noir que je connais avec des lèvres fines comme des lames de rasoir. Elle lui avait souri comme si c'était le père Noël. J'avais senti une brûlure de jalousie dans mon ventre. Et il était parti chercher les bières. En revenant, il avait la banane l'oiseau.



Elle est belle l'histoireStories to obsess over. Discover now