Un doux rayon de lumière venait allègrement caresser la fenêtre tandis que je finissais de mettre de l'ordre dans la bibliothèque du château. Une belle journée s'était encore profilée ; une énième belle et paisible journée au sein du mur Sina. D'aussi loin que je me souvienne, j'avais toujours vécu des temps radieux, ici, à Mitras, la capitale de Paradis. Nous avions une vie confortable que certains pourraient même qualifier d'« aisée » et nous étions appréciés de tous. Mon père et ma mère, Thomas et Anastacia, étaient tous deux membres des brigades spéciales opérant dans la garde directe du Roi. Ils s'étaient rencontrés alors qu'ils rejoignaient la 82e brigade d'entraînement du district de Stohess. Ils avaient fini par se marier quelques années plus tard et j'étais arrivée, moi, Eva-Lya Kraüze. Le portrait craché de ma mère disait-on : de longs cheveux châtains tombant en cascade sur les hanches, des yeux d'un vert émeraude à hypnotiser quiconque s'y perdrait dedans et deux adorables fossettes flanquées de chaque côté d'un sourire qui ne se fanait jamais. Je n'étais pas très grande, 1m56 tout au plus, et ça, je le tenais en revanche de mon père. Un homme grand d'esprit, mais petit par la taille. Maman disait toujours qu'elle trouvait ça mignon. Au delà de tout ça je pourrais décrire ma vie comme quasi banale.
J'ai grandis auprès de la famille royale, bercée par les banquets aristocratiques et diverses soirées mondaines. De par la place occupée par mes parents, j'ai côtoyé le roi Fritz depuis mon plus jeune âge, un homme qui, quoiqu'un peu nonchalant, était néanmoins bon. Me sachant passionnée de lecture, il m'avait donné une place de choix au sein de la bibliothèque du château. Il avait contribué à offrir à ma famille et à la population des murs la sécurité qu'elle méritait. Du moins, je le croyais.
C'est dans ce climat de prospérité qu'allait commencer une toute nouvelle aventure dont je ne saisissais pas encore l'ampleur.
Ma journée de travail touchait à sa fin et je me dirigeai alors vers la sortie. Me retournant une dernière fois pour admirer ce cocon qui fleurait bon le vieux papier et les mots depuis trop longtemps oubliés, j'esquissai un sourire et refermai la grande porte de la bibliothèque. Rien ne vint interrompre mon trajet dans le château si ce n'est quelques soldats des brigades spéciales qui me gratifièrent de brefs signes de main, du menton ou de simples sourires.
L'air extérieur était frais, une fraîcheur cependant agréable qui venait chatouiller mes joues rosies par la longue journée que je venais de passer. Je déambulai lentement dans les rues, avec le sourire permanent qui me caractérisait collé aux lèvres. Des enfants jouaient, criaient et virevoltaient. Les oiseaux chantaient et rien n'aurait pu gâcher tout ça.
En rentrant chez moi, je fus obligée d'une nouvelle fois constater que j'étais seule. Le travail de mes parents leur prenait tout leur temps. Je dois dire que même si je ne les voyais pas beaucoup et qu'ils me manquaient, j'étais fière de ce qu'ils faisaient pour les habitants de Paradis et surtout fière d'être leur fille. Ma mère avait fini Major de sa promotion et avait directement été assignée à la tâche la plus importante qui soit : la protection du roi. Mon père quant à lui n'avait rien à lui envier : il avait été un moment à la tête de la Première Division des brigades spéciales qui opéraient en ville pour, à son tour, rejoindre les rangs du roi auprès de ma mère.
Et moi ?
Qu'avais-je fais dans tout cela ?
Rien.
Je ne faisais ni partie d'un quelconque corps d'armée, ni rien d'autre qui soit bien exceptionnel. C'est pour ces raisons-là qu'il m'arrivait de ne pas me sentir à ma place lorsque je me tenais auprès de mes parents, eux, à qui tout avait réussi.
Saisie par un brin de nostalgie, je ne vis pas immédiatement ce qui s'apparentait à un mot laissé par ma mère. C'est lorsqu'il tomba au sol entraîné par un courant d'air qu'il attira mon attention. Je me penchai alors pour cueillir la note et en parcouru rapidement les quelques lignes.
BINABASA MO ANG
Pour la gloire de l'Humanité
Fanfiction"C'est ça que font les gentilles filles Eva-Lya, elles obéissent aux règles du roi pour faire de ce monde un monde meilleur." C'est dans les quartiers aisés de la capitale qu'a grandit Eva-Lya. Issue de l'union de deux membres des brigades spéciales...
