Critique/ analyse du film :
« D'abord, ils ont tué mon père. »
D'abord, ils ont tué mon père était, à l'origine, un livre écrit par Loung Un. Alors une jeune cambodgienne de 6 ans, elle raconte son histoire et sa vie sous la dictature et le génocide des Khmers rouges. De son livre sorti en 2000, une adaptation a été réalisée par Angelina Jolie pour la plateforme de SVOD Netflix, en 2017. Si le film ne nous renseigne pas explicitement sur la montée des Khmers rouges, des conflits qui ont secoués le Cambodge et sa région après la Deuxième Guerre mondiale, il reste intéressant dans son traitement du régime totalitaire et de l'horreur de la guerre.
Petit point historique pour mieux comprendre ce qui va suivre :
Les Khmers rouges sont un mouvement politique et militaire communiste qui a dirigé le Cambodge de 1975 à 1979. Ils prirent le pouvoir après des années de guerre civile et établirent une dictature communiste d'une rare violence et poussée à l'extrême, dans le but de purger la population de l'influence capitaliste et d'une quelconque religion.
Un drame universel
Le film débute avec quelques images d'archives, pour remettre un peu de contexte dans le drame qui se profile. Le monde est alors empêtré dans une guerre Froide qui n'en finit plus, les Etats-Unis viennent de retirer leurs troupes du Viêtnam.
Et c'est tout. À part ces quelques informations, le spectateur est laissé comme l'héroïne, dans un certain flou.
Et pour cause, la narratrice, Loung Un est alors âgée de 7 ans lorsque le conflit apparaît dans sa vie. Dépassée par les événements, elle ne cherche pas à connaître les tenants et aboutissants de l'horreur, elle y assiste juste. Mais ce sont justement ces lacunes sur le contexte historique qui donne une dimension glaçante au récit. Sans cadre précis, on peut voir l'universalité de la guerre. Ce génocide aurait pu se passer ailleurs dans le monde, et l'Histoire nous l'a déjà démontré. Juifs, Tutsis, Arméniens, tous victimes de génocide durant le XXe siècle et pourtant, ils sont situés de part et d'autre du globe. L'horreur elle, est partout.
L'enfance confrontée à la guerre
Au début de l'histoire, Loung Un vit avec sa famille nombreuse et aisé, en centre-ville de la capitale du Cambodge. L'héroïne, comme chaque enfant, se caractérise par une grande curiosité, notamment lorsqu'elle regarde attentivement la parade des Khmers rouges dans la ville. Son autre trait caractéristique est son immense innocence qui se voit lorsqu'elle dessine sur des documents officiels appartenant à son père. Durant toute la première partie du film, cette innocence va rentrer en collision avec la réalité du pays.
Quand l'armée ordonne à sa famille de quitter la ville et qu'elle débute son exode, Loung va se rendre compte que le reste du pays est plongé dans la terreur, bien loin du conte de fée qu'elle vivait auparavant. Alors enfant privilégiée, elle va rencontrer pour la première fois des enfants-soldats, enrôlés de force dans l'armée. L'image féerique d'un enfant construisant une cabane secrète est tragiquement détournée ici, puisque Loung doit construire un abri de fortune dans un camp de travaux forcés. Lorsque son père est exécuté, elle utilise son imaginaire, non pas pour s'évader et fuir la cruauté à laquelle elle est confrontée, mais pour imaginer la scène d'exécution et ainsi se rendre compte que sa vie a irrémédiablement basculé.
Une lente descente aux Enfers
Le film est lent, mais cette lenteur permet de mieux rendre compte du basculement vers l'indicible qui se profile. Si le quotidien de la famille bascule vite, sa chute aux tréfonds de l'humanité est très accentuée. L'exode, de la ville vers le camp de travaux forcés perdu en pleine jungle semble s'éterniser, mais il nous montre plusieurs éléments très intéressants.
Les nombreuses vues aériennes permettent de montrer à la fois les dégâts de la guerre (de nombreux trous d'obus parsèment les routes.) et aussi la dimension impressionnante de l'exode. Toute la population est contrainte à quitter les villes et la vision des foules qui marchent le long des routes vers leur mort certaine est tragique. Au cours du voyage, Loung va voir à plusieurs reprised des soldats traiter des moines bouddhistes de « parasites » avant de les frapper.
Au fur et à mesure de la progression de la famille, cette dernière est contrainte de laisser petit à petit ses biens sous la contrainte des autorités. Lorsqu'ils arrivent tous au camp, ils n'ont plus que leurs vêtements.
Les séances de travail, pour la création et l'exploitation de rizières sont nombreuses et mettent en lumière un labeur semblable à celui d'esclaves. Les conditions météorologiques sont éprouvantes et les soldats crient en permanence, il n'y a pas de pauses et nombreux sont ceux qui tombent d'épuisement. Les repas sont de moins en moins consistants et les traits de l'héroïne se creusent. Lorsque son frère essaye de voler de la nourriture dans les champs, il se fait sévèrement frapper par les soldats.
Enfin, la famille pourtant unie se dissout petit à petit. Les deux frères ainés sont envoyés dans les forces armées, la grande sœur tombe malade et meurt peu de temps après, le père est exécuté. La mère envoie Lung, sa sœur et son petit frère ailleurs en espérant les sauver.
Une jeunesse, une population déshumanisée
Dans cet environnement communiste et totalitariste, on assiste à une lente déshumanisation de la population et notamment des jeunes. Au début du film, lorsque Lung atteint la jungle avant le camp, elle confond les cris des enfants-soldats qui s'entraînent à ceux de gorilles. Le parallèle entre la bestialité de la guerre et celle de la prédation en milieu naturel est on ne peut plus explicite.
Sous la pression des communistes et pour effacer les différences de richesses entre travailleurs forcés, les soldats obligent les exilés à teindre leurs vêtements avec des baies. Sur les plans aériens de travail dans les champs, ils ressemblent à des fourmis, perdant leur identité propre et s'effaçant dans la masse.
Le lavage de cerveau que subissent les enfants pour devenir soldat les déshumanise afin de les rendre capables de tuer.
Ce basculement de l'incarnation de l'innocence dans une violence crue est déchirante et dure à regarder. Âmes sensibles s'abstenir
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Analyses / critiques de films / série
No FicciónDécryptez les écriteaux du Thotem, et voilà ce qu'on y trouve
