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Je suis adossé au deuxième pilier en béton que possède notre établissement scolaire, mon téléphone à la main, en train de lire les énièmes idioties inutiles d'Ivan. Je soupire, agacé, voyant d'autres écrits s'ajouter à la conversation ouverte.

- Mec, tu deviens lourd là, je dis en levant les yeux de mon écran. On est l'un en face de l'autre.

- Si on ne peut même plus rire entre amis, il répond, un air faussement offusqué.

Je lui souris puis range mon portable dans ma poche juste après avoir regardé l'heure. Il reste un peu plus de cinq minutes avant que la cloche sonne et qu'on puisse officiellement accéder au bâtiment. Il commence à faire de plus en plus froid ce qui me fait clairement chier d'attendre à l'extérieur. J'ai beau avoir mis ma plus grosse veste, le pantalon bien trop fin que j'ai décidé de porter aujourd'hui laisse entrer tout le vent.

- Eh Nils, mate ce qui vient d'arriver! il reprend en regardant derrière moi.

- Ivan, j'ai froid. J'ai pas envie de bouger pour voir je ne sais quoi.

- Même quand ce je ne sais quoi est une fille se prénommant Elin? murmure une voix bien trop familière.

Je frissonne presque quand je sens sa main froide se poser sur ma joue. Je ne prends pas la peine de me tourner et elle finit par se positionner entre mon ami et moi, un sourire radieux sans me lâcher. Je la regarde, sans trop d'émotions. Ses yeux papillonnent tandis que sa main libre enroule une de ses mèches blondes.

- Alors, ça va? Tu as passé un bon week-end? C'était bien d'aller voir ton frère à Bergen?

Je lance un regard froid Ivan.

- À quoi tu joues, je lui dis et il hausse les bras.

- Je lui ai demandé de tes nouvelles Nils, elle le défend.

- On s'est vus vendredi et si tu voulais de mes nouvelles, je pense que tu sais comment me contacter.

- Oui mais tu ne m'aurais jamais répondu aussi complètement qu'Ivan.

Ce n'est pas faux. Je repose à nouveau mes yeux sur elle. Ses joues et son nez sont devenus légèrement rouge. À cause du froid? Même si je veux me le convaincre, je sais que cela est une réponse erronée. La sonnerie retentit et Elin s'empresse de me faire la bise et me souhaiter une bonne journée. Je soupire. Elle a beau être jolie, son comportement devient des plus épuisant et l'autre idiot qui lui donne des informations ne l'aide pas. Je l'ai pourtant dit, peut-être une dizaine de fois qu'elle ne me plaisait pas, Elin a du mal à le faire rentrer dans sa tête et Ivan non plus ne semble pas comprendre. Pour lui, je dois terminer avec elle parce que c'est la fille la plus jolie des terminales, selon lui, et que ça serait du gâchis de ne pas avoir une personne comme elle dans son palmarès.

Je m'enfonce dans les couloirs gris de notre très cher enceinte, suivi de très près par mon acolyte.

- Mais arrête de l'envoyer chier à chaque fois! Elle va finir par se lasser et en aimer un autre! s'exclame-t-il. C'est Elin Bøe!

- Sors avec elle, toi. Je passe mon tour.

Il rit. Je continue ma marche et arrive finalement devant ma salle. Bizarrement en entrant, un attroupement pas possible était formé. Je vois de nombreux élèves des trois autres terminales qui sont essentiellement des garçons, sourire.

- Il se passe quoi? je demande en saluant Jan.

- Une nouvelle, le premier chocolat qui vient se scolariser chez nous.

- Chocolat?

Il ouvre à peine la bouche pour me répondre que la voix de notre professeur d'anglais retentit dans toute la pièce. Les élèves réunis se dispersent et chacun va s'asseoir. Jan me fait signe de regarder devant moi. Je me dirige à ma place habituelle; troisième rang, près de la fenêtre et exécute ses dires.

- Je savais que vous étiez curieux mais au point de faire des rassemblements de la sorte, ça en devient désolant. Surtout quand vous portez des noms comme les vôtres. Ayez un comportement décent, nous sermonne Miss Solberg. Imane, c'est ça?

- Non, vous avez oublié un I madame, c'est Imani, répond une voix féminine assez lentement, dans un norvégien moins fluide.

Je pose mon regard sur cette fameuse Imani et je prend enfin conscience de la signification de la phrase de Jan; elle est noire. C'est même la seule noire de notre classe et de l'établissement entier. Mais putain ce qu'elle est belle. Je pense qu'elle est maquillée vu comment le bout de son nez brille. Elle porte une longue veste en fourrure noire ouverte laissant apercevoir sa tenue très peu colorée. J'ai dû être bien trop insistant parce que je vois ses iris sombres me regarder.

- Bien, Imani. Bienvenue à vous et installez-vous rapidement, nous allons commencer le cours, reprend Miss Solberg.

- Euh, où ça? elle demande en détournant les yeux vers celle-ci.

- Eh bien je n'en sais rien, trouvez-vous une place. Vous êtes quand même en terminale, soyez autonome.

J'entends certains élèves glousser face à cette répartie bien trop froide de notre professeur. Je me retourne et sans trop de surprise, je remarque que c'est Elin et quelques unes de ses amies. Je lève les yeux au ciel quand elle croise mon regard. Je regarde à nouveau vers Imani et la vois scruter autour d'elle pour surement voir avec qui elle pourrait bien s'asseoir. Mon bras est sur le point de se lever quand elle s'avance finalement et va s'installer au fond de la classe.

- Me dis pas qu'elle, elle te plait et pas Elin? j'entends chuchoter derrière moi Ivan quand Miss Solberg se met à écrire sur le tableau.

- Elle est belle, je chuchote aussi.

- Elle est noire, oui.

- Et alors?

- Tes parents ne sont pas les personnes les plus ouvertes d'esprits Nils.

Je suis le deuxième et aussi le dernier enfant d'Henrik et Klara Rønning, tous deux politiciens dans notre beau pays qu'est la Norvège. Des parents assez absents, à cause de leur travail et quand ils sont réunis dans la même pièce, la probabilité pour que ça se termine en dispute dépasse la barre des cent pour cent. Je suis dans ma dix septième année de vie et aussi loin que mes souvenirs me le permettent, mes parents ont toujours eu horreurs des personnes provenant de l'Afrique. Subsaharienne comme maghrébine bien que l'horreur pour les subsahariens soit plus élevé. C'est bien pour ça que mon frère, Peter, a quitté Oslo avec Rebecca, sa femme d'origine soudanaise et norvégienne il y a maintenant sept ans. Ils l'ont fait l'année où ils ont été diplômés. Nos parents étaient contre leur relation et quand celui est parti, ils ont coupé tous liens et Peter à fini pas l'épouser. Ça fait aujourd'hui cinq ans qu'ils sont mariés et je suis le tonton de deux merveilleuses petites filles de six et quatre ans.

- Mais je t'ai simplement dit qu'elle était belle, je me défends.

- Je te connais, tu l'as suivie du regard jusqu'à ce que mademoiselle pose ses fesses sur l'une des chaises du fond de notre classe. Je suis sûr que tu banderais presque juste parce que tu trouves son norvégien sexy.

Je ne réponds rien, me contentant de rire à la dernière phrase qu'il prononce. De toute façon, qu'est-ce que je peux bien répondre à ça au final.

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