Il fait frais ce matin à Paris, presque froid.
Pourtant, rien d'autre ne couvre son long corps mince qu'une simple robe blanche, soulevée légèrement par le vent.
Cachée derrière une cheminée, elle observe la rue qui s'anime déjà en bas. Les gens vont et viennent, certains plus pressés que d'autres. Il y a des femmes en tailleur, des hommes en habits de travail, des jeunes et des moins jeunes, allant chercher une baguette de pain ou des croissants dans la boulangerie d'en face.
Cela fait près d'une heure qu'elle regarde ce petit monde se réveiller, détaillant chaque personne, à la recherche de sa prochaine chanceuse victime. Elle remarque un jeune homme, assis sur un banc, fumant une cigarette, dont les volutes gracieuses s'élèvent dans l'air.
Lentement, elle lève son arc, ajuste la position de la flèche et la tire vers l'arrière. Sa cible ne bouge pas, ce sera donc plus facile de ne pas ce tromper.
Un...deux...trois!
La flèche part dans un schlang sec, atteignant sa cible avec succès. La jeune femme sourit, et lève le bras pour attraper un nouveau carreau. Armant de nouveau son arme, prête à finir son travail, elle dirige la pointe quelques centimètres à droite de sa précédente victime.
Inspire.
Tout ce joue là, si elle se rate, ce sera fichu.
Expire.
Soudain un craquement la fit se retourner si brusquement qu'elle faillit faire partir la flèche. Un homme se tient à deux mètres d'elle. Ses cheveux hirsutes semblent gras, et son visage est dévasté par le tourbillon sombre qui déferle en lui, qu'elle sent comme si c'était sa propre douleur.
Les épaules affaissées, il la fixe. Ses yeux ne sont que deux puits sombres, où brûlent une petite flamme dévastatrice: la haine.
Alors, elle comprend, et sort de son immobilité pour fuir. L'homme pousse un hurlement, et se lance à sa poursuite. La lumière flamboyante contraste avec cet ange aux cheveux d'or s'élançant de toits en toits avec l'agilité d'un chat, courant pieds nus vers sa survie. La peur lui enserre la poitrine, obstruant encore plus sa respiration saccadée. Son poursuivant se rapproche dangereusement, slalomant entre les cheminées, poussé par sa soif de vengeance.
Cette femme lui a gâché la vie, pour toujours. Il faut qu'il l'empêche d'anéantir d'autres personnes, il faut qu'elle disparaisse. Il ne peut pas la laisser partir ainsi.
Des souvenirs tenaces chantent la même triste mélodie dans sa tête, comme si son esprit n'était plus qu'un disque rayé. Une larme coule sur sa joue refroidie par l'air matinal, et il accélère. La silhouette blanche devant lui se rapproche, bientôt, il n'aurait plus qu' à tendre le bras pour la saisir.
La jeune femme, haletante, s'arrête soudain, au bord du vide. Elle est coincée, le toit suivant est hors de portée. Lentement, elle se retourne vers celui qui va sceller son destin. La terreur a inondé ses grands yeux clairs. Elle est la proie, à présent.
Elle regarde l'homme droit dans les yeux, tandis qu'il passe la main dans sa veste. Le coeur de la jeune femme s'accélère. Un objet fleurit dans la main de son tueur.
C'est une photo. Il avance d'un pas, et tend le bras vers elle pour qu'elle puisse voir l'image. Une femme y est représentée, souriante, et ses yeux brillent de bonheur auprès d'un homme en costume que la condamnée devine être celui qui se trouve en face d'elle. Il range soigneusement la photo dans sa veste puis tend l'autre bras. Un déclic se fait entendre.
- C'est pour elle que je fais ça, tonne sa voix brisée.
Il pose le doigt sur la détente de son revolver, puis appuye de toutes ses forces, comme si le coup partirait plus fort.
La jeune femme bascule en arrière, sa robe se gonfle, son expression se fige alors que le temps se fige l'espace d'un instant, puis un nuage de plumes ensanglantées explose dans l'air, et la femme disparait.
L'homme tremble de tout ses membres, et laisse tomber son arme à terre, ébranlé par le son du coup de feu. Il s'avance jusqu'au bord, et regarde en bas.
Aucun corps n'y gît.
Il a tué Cupidon.
L'amour est mort.
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Voilà pour ce seul et unique chapitre :) je l'avais écrit il y a quelque mois pour les cours et puis j'ai eu envie de vous le partager. N'hésitez pas à donner votre avis :)
Et je tiens à m'excuser pour min absence, j'ai plus été douée pour la procrastination que pour la régularité haha. Mais promis la prochaine fois je m assure d'avoir écrit la totalité de mon ouvrage avant de le poster.
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Fléchée sur les toits de Paris
Short StoryElle court, ses cheveux d'or au vent. Elle court, pieds nus vers sa survie. Elle court, terrifiée, slalomant entre les cheminées Puis elle s'arrête, et c'est fini.
