Que toi et moi

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Toi. Que toi. Que toi et moi. Il n'y avait que toi et moi. Personne d'autre. Que nous deux. Il n'y avait pas ta famille. Il n'y avait pas tes amis. Il n'y avait que nous deux. Tes grands yeux magnifiques et les miens. Rien que nous deux. Ta présence et la mienne. Ton corps et le mien. Ton esprit, qui ignorait le mien. Ta bouche fermée et ton regard ferme face à moi. Juste face à moi. Il n'y avait personne mais tu avais ce regard. Je ne comprenais pas... Avais-je fais quelque chose de mal ? C'était possible mais je ne savais pas. D'ordinaire, il n'y avait que nous deux. Cette situation ne changeait en rien des précédentes... Je ne comprenais pas pourquoi tu ne parlais pas. Pourquoi tu avais tant crié puis, plus rien. Tout d'un coup tu avais arrêté. Je n'arrivais pas à te faire ouvrir la bouche : tu ne voulais rien dire. Tu étais muette face à moi et face à mon regard empli de questions. Je ne comprenais pas pourquoi tu m'en voulais.

Était-ce le fait que tu ne puisses plus bouger ? Je ne savais pas, j'hésitais. Tu m'avais suivie comme je t'avais auparavant suivie, mais tu n'avais plus ce regard joueur. Peut-être le fait que nous ayons fortement grandi jouait dessus mais je n'avais pas changé, tout comme toi, tu n'avais pas changé. Deux ans, ce n'est rien. On avait juste grandi mais, je ne te reconnaissais plus à travers ce regard que tu me jetais. Je ne savais même pas si tu savais qui était en face de toi, pourtant, ce n'était pas compliqué. Ce n'était que moi : personne d'autre mais ton regard, que tu portais sur moi, avait changé. Il était empli de colère. Je ne savais pas quelle colère... Celle de t'avoir laissé peut-être, mais je n'étais pas sûre... J'hésitais avec celle de ne jamais t'avoir dit être orpheline et placée en famille. Je ne savais pas et j'hésitais.

Ton regard sur moi était long et tu ne disais rien, tu n'essayais même plus de bouger et moi, j'étais en face de toi, une clé en main, attendant que tu parles. Oui que tu parles, pas que tu cries, mais tu ne voulais pas. Tu étais muette comme une tombe et je m'en voulais de ne pas t'avoir prévenue de toute ma vie. De tout ce qu'il se passait... Je n'avais pas gardé contact avec toi alors que j'aurais pu. Quand j'étais partie, j'avais tout coupé. J'aurais pu te prévenir que je revenais mais, je ne savais pas... J'avais peur... Peur de ta réaction et de voir ton regard déçu sur moi. D'entendre ta voix pleine de colère. De ne plus pouvoir pleurer dans tes bras... J'avais fait des cauchemars... Deux ans entiers sans toi et je n'arrivais plus à dormir. Mes notes étaient parties en chutes libres et mon moral était au plus bas. Je ne m'étais jamais adaptée à ma nouvelle vie, je n'avais personne. Pas même toi pour me soutenir... Je m'en étais voulue. Tu sais, de ne rien te dire, de partir, mais j'avais peur de ta réaction. De celle des autres, de ta famille aussi. Elle comptait pour moi et, je m'en étais voulue d'être partie sans vraiment leur dire au revoir. D'être partie presque comme une voleuse. Je m'en voulais mais maintenant, j'étais de retour.

J'avais eu dix-huit ans et j'étais revenue. Pour toi et uniquement pour toi mais j'avais peur que cela soit trop tard. Que tu m'en voulais désormais trop pour me prendre dans tes bras quand je pleurerais. Pour me suivre les yeux bandés sans avoir peur. Pour retrouver cette complicité si étrange qui nous reliait toi et moi. Cette complicité que personne ne comprenait, la notre et seulement la notre. Mais, tu ne parlais pas, tu me regardais d'un regard mauvais et moi je ne savais plus rien. J'avais peur comme pas possible face à toi qui étais pourtant menottée à un tuyau. J'avais peur d'avoir fait une bêtise. D'en avoir fait plusieurs car, au final, je le savais, je t'avais fait du mal en partant. Tu avais sans doute plus souffert que moi, et cela, à cause de moi. Moi, je n'avais rien fait pour toi et je m'en voulais. Ton regard et ton air me faisaient culpabiliser. Et cela tu le savais. Tu avais toujours su comment me contrôler et je me laissais toujours faire. Tu avais de l'emprise sur moi et je n'y pouvais rien.

Tu me fixais, assise dans ton jardin, et je sentais ma vue se brouiller. Je n'étais plus sûre. Je ne savais plus quoi faire. J'abandonnais la partie. Je t'avais perdue. C'était trop tard. Je fixais tes yeux une dernière fois, puis m'approchai de toi. Je touchais tes poignets et les fixai en faisant tourner la clé dans la serrure. Quand un bruit se fit entendre à l'intérieur de celles-ci et que je vis tes poignets se séparer, je me relevai. J'étais tombée à genoux sans le vouloir, sans m'en rendre compte. Tu restais assise tandis que j'étais debout. Cela faisait bizarre, comme avant. J'étais plus petite que toi, mais debout et donc plus grande que toi. Je fermai les yeux quelques secondes, puis me retournai pour partir. J'essayais de partir mais je n'y arrivais pas. Il fallait que je te le dise :

Que toi et moiWhere stories live. Discover now