Chapitre 1.

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Comme tous les jours, Luna se rendait en taxi à l'entreprise qu'elle dirige. Directrice d'une entreprise très importante dans ce secteur, elle se devait de ne jamais être en retard, ce qu'elle respectait bien sûr toujours. Son lieu de travail se trouvant à pied à 1h de son appartement en centre-ville, il ne se passait jamais un jour sans qu'elle ne prenne le taxi exactement à la même heure tous les matins pour s'y rendre. Très ponctuelle, c'est sans surprises que le taxi la déposa juste devant ce jour-là.

•••

En entrant, je saluais la secrétaire qui était déjà là.
"Madame Mills ? prononça la femme derrière son comptoir. Quelqu'un vous attend dans votre bureau". En guise de réponse, j'ai juste hoché la tête.

Dans l'ascenseur je commençais à me demander si la personne qui m'attendait en haut n'était pas monsieur Brans qui serait pour une fois en avance ? Ou alors est-ce madame Masson qui vient encore se plaindre de son manque de place dans son bureau ? Peut être même est ce madame Anderson ? Sans parvenir à une réponse qui correspondait à la situation je me suis soudain retrouvée devant la porte de mon bureau. Je ne parvenais pas à comprendre l'angoisse qui semblait monter en moi. D'où venait-elle ? Je ne me souviens pas avoir stressé comme ça depuis longtemps pour rien, enfin surtout pour une porte fermée ! C'est alors que machinalement ma main saisit la poignée et j'ouvris la porte.

Dans la pièce, l'homme en costume noir penché vers la fenêtre ne semblait pas avoir remarqué ma présence. J'en profitais pour l'observer. Ses cheveux bruns, un peu en bataille mais pas pour autant négligés, semblaient être recouverts de mille et une paillettes tant l'aurore était magnifiquement lumineuse ce matin. Sa veste de costume révélait son dos large, elle n'était ni trop grande ni trop petite pour laisser voir sa jolie montre qui semblait hors de prix. Au moment où je fis un pas de plus, l'inconnu me dit :
"- Je vous attendais, Madame Mills …
- Ah oui ? Puis-je vous demander votre nom ?
- Je ne pense pas que ça soit important.
- …
- Mais si vous voulez bien parlons plutôt de vous."

L'étranger s'adossa contre le bureau en croisant les bras. Pour la première fois je ne trouvais rien à dire. Que savait-il ? Pourvu que ça ne soit pas ce que j'imagine … son silence était encore pire que s'il me parlait. Et je pense qu'il en était bien conscient. "J'ai un rendez-vous à 11 heures, que voulez-vous me dire ? dis-je d'un ton autoritaire. - Je ne vais pas prendre trop de votre temps dans ce cas", prononça-t-il en guise de réponse.

Il s'avança vers moi. De plus en plus près. Ne pas avoir été approchée par un homme depuis aussi longtemps, je dois dire que ça me met dans tous mes états ! C'est alors que cette mystérieuse personne fit la chose à laquelle je m'attendais le moins... Il me plaqua contre la porte ! J'avoue que je paniquais vraiment mais je restais quand même digne de la femme que j'ai toujours été. "Que croyez-vous être en train de faire, monsieur ?" Sans même me répondre il recouvra ma bouche de sa grande main. La peur qui grandissait en moi devenait de plus en plus pesante.
"Calmez-vous, je ne vous ferais rien pour l'instant", chuchota l'homme au creux de mon oreille. Comme si ce chuchotement qui m'a semblé si doux était un ordre, je recommençai à respirer normalement. Ce qui d'ailleurs m'étonnait ! Mais le plus étrange dans tout ça, c'est que le l'homme en costume tint sa promesse. Sans pour autant me lâcher, il reprit : "je viens vous proposer un marché. Je sais à quel point vous tenez à votre image, donc je me disais qu'il serait dommage que quelqu'un la ternisse, non ?"

Je commençais à bouillir intérieurement, je voyais très bien où il voulait en venir …mais je le laissais quand même continuer.
"Je sais beaucoup de choses à votre propos, madame Mills. Où plutôt devrais-je dire Anja ?" La simple évocation de ce nom me glaça le sang instantanément. Étant jeune, j'avais été vendue par mon oncle après le décès de mes deux parents dans un accident de voiture. Vendue à quelqu'un de riche qui se permettait de faire de mon corps ce qu'il voulait. Anja était le nom qu'il m'avait donné. Cet homme ignoble m'avait pris ma liberté ! Il m'avait séquestrée pendant huit ans sans même me nourrir correctement. Lorsqu'il s'est fait arrêté pour viols à répétition, séquestration et maltraitance sur mineurs, j'ai eu droit à une seconde chance que la vie m'offrait et je l'ai saisie. Plus j'aimais je n'ai laissé un homme m'approcher … Alors comment me suis-je retrouvée dans cette situation désavantageuse ?

L'homme que j'avais face à moi, voyant que je ne réagissais plus, recula. Il se gratta le haut du crâne et me dit : "votre bourreau est sorti de prison, neuf ans avant sa sortie officielle. Il vous cherche pour …
Je l'interrompis brusquement :
- Il vient pour se venger de mon témoignage anonyme contre lui lorsque j'avais dix-neuf ans…
- Oui, acquiesça l'inconnu."

A ma grande surprise, la colère s'empara de tout mon corps.
"- Pourquoi me dites-vous ça ? Que me voulez-vous, Bon sang ! Savez vous combien d'années j'ai caché ça au fond de mon cœur ?!
- Je suis vraiment navré Anja … Je ne voulais pas vous faire du mal !
- Eh bien c'est très réussi ! Et puis arrêtez de m'appeler comme ça ! Mon nom c'est Luna !
- Très bien, je m'excuse, je n'aurais pas dû …mais il y avait une raison à ça …"

Essayant tant bien que mal à ma calmer je parvins à bégayer un petit "dites-moi". L'homme pris alors mes mains dans les siennes. "Il y avait une autre fille, plus jeune que vous, dit l'homme calmement. Aujourd'hui elle doit avoir peut être 19 ans. Au moment où il prononça son âge je commençais à pleurer … 19 ans, c'est l'âge que j'avais quand on m'a sortie de ce cauchemar. "Nous l'avions convaincue de rester cachée, mais il y a un mois, elle a soudainement disparu. Nous pensons qu'elle a été renvoyée dans le cercle vicieux dont nous l'avions sortie. Enfin, pour l'instant nous avons perdu sa trace près de la gare Union Station"

En quoi est ce que tout ça me concernait ? C'était froid de ma part de penser comme ça. Mais je devais avant tout me protéger ! Qui sait ce qui m'attend dehors… Mais, un instant, "nous"? Comment ça, "nous", finis-je par demander à mon interlocuteur. La réponse ne se fît pas trop attendre.
- "Je suis l'informateur des policiers qui sont venus vous sauver il y a 11 ans. La jeune fille dont je vous parle, c'est ma petite soeur …elle avait  8 ans lors de sa disparition, enfin se son enlèvement. Je n'ai pas arrêté de la chercher pendant toutes ces années. Ce n'est qu'il y a 11 ans que j'ai retrouvé sa trace, à force d'assembler un complexe puzzle sombre… Je ne savais pas que vous étiez deux. On m'a enlevé le bonheur de l'avoir retrouvée bien trop vite. J'aurais tellement voulu la garder près de moi !"

Un geste machinal me permit de prendre le jeune homme dans mes bras. Sans savoir pourquoi, j'étais persuadée d'être la prochaine sur la liste. Alors je lui fis la promesse inattendue de tout faire pour que cela s'arrête,  pour qu'aucune autre fille ne soit plus blessée. L'inconnu versa une larme. Une première pour moi. Voir un homme pleurer. C'est alors que quelqu'un toqua à la porte. "Madame Mills ? Votre rendez-vous vous est arrivé."

Avant de s'éclipser, l'homme me regarda une dernière fois et me dit : mon nom est Jeremy, Jeremy Hearst. Je lui attrapai le bout de sa manche et l'interrogea : "et votre marché ?" Mais je n'eus droit à aucune réponse … Puis, comme si j'avais vécu un rêve, je me retrouvais seule avec mon rendez-vous du matin. Comme si rien de tout ça n'était arrivé …

La journée continua presque trop normalement. Les heures passaient mais il m'était impossible d'oublier. À chaque fois que je parvenais à me recentrer sur ma tâche, je tombais à nouveau dans mes pensées sans pouvoir en sortir. Tout m'était revenu d'un seul coup, mes souvenirs que j'avais eu tant de mal à taire. Tout. Même les choses les plus abominables.

Et puis cette nuit, pour la première fois depuis longtemps, j'ai refait des cauchemars.

Anja [En Pause]Where stories live. Discover now