Comment tout a commencé

131 10 1
                                        

-Ne pleure pas, petit ange.

Dans les bras de Pleurs, le petit ange sanglotait doucement, tandis que Larmes lui chuchotait de doux mots, pour le réconforter.

-C'est si triste de te voir pleurer, petit ange. Calme tes sanglots, et laisse toi aller au réconfort. Tu as tant pleuré, tu mérites enfin le calme.

Dans le grand Palais des émotions, à la cité éternelle du Paradis, trois dieux veillaient autour de ce chérubin abandonné, à l'Autel de la tristesse. Pleurs le réconfortait doucement balançant très légèrement ses bras pour calmer ce petit ange qui, il est vrai, avait tant pleuré. Il avait versé tant de larmes, que Larmes elle-même n'avait pu les compter. Et tandis que cette dernière débutait les notes d'une douce mélodie de sommeil, Trahison se tenait toute proche, fixant de ses yeux opales l'angelot, qui doucement cessait enfin de pleurer pour clore ses petits yeux innocents.

C'était dame Trahison qui, la première, l'avait trouvé dans les ténèbres d'une ruelle, tout de sanglots et de cris, se sentant comme attirée par la douleur de l'enfant. Ne s'y connaissant pas vraiment dans le domaine de la consolation, elle chercha en vain Douceur et Amour pour confier à leurs bras consolateurs le petit angelot. À la place, elle tomba accidentellement sur Larmes, qui décida de mener l'enfant vers son bien-aimé, Pleurs, afin qu'ils parviennent à atténuer les plaintes du chérubins.

Et la voila, qui surveillait de près ce pauvre ange qui tombait doucement dans les bras de Morphée, bien des heures après un long travail pour tranquilliser ce petit corps tremblotant de gémissements. 

-Dites, demanda-t-elle, curieuse, à Pleurs et Larmes, vous n'auriez pas une petite idée de qui sont ses parents? Parce qu'il faudrait peut-être songer à les prévenir.

Pleurs resta concentré sur l'enfant, fixant le visage maintenant plus serein mais toujours tendu de l'enfant. Larmes se releva doucement, et se tourna vers Trahison.

-Je crois que c'est le fils d'Autorité. Mais je ne sais pas qui est son père.

-C'est moi!

Une voix, discrète, surgit d'entre les ombres des piliers du palais, et un jeune ange au cheveux blonds en sorti.

-Soutien? s'étonna Larmes. Mais alors ce petit...

-Est parrainé par lui, oui, pas besoin de me le rappeler, coupa le nouveau venu, manifestement peu désireux de parler du parrain de son fils.

Trahison sourit cruellement, comprenant un peu mieux la situation. Si c'était bien lui son parrain... Ce pauvre petit ange, elle allait veiller sur lui, car la suite de son histoire promettait d'être intéressante. Pleurs, surprenant son regard carnassier envers le petit chérubin, la fusilla du regard, et elle senti un peu de remords, bien malgré elle évidemment.

-Soutien, je sais que c'est contraire à nos lois de faire ça, mais tu vas devoir le cacher.

Pleurs s'était relevé et tendait maintenant le petit corps emmailloté de langes blanches vers son père.

-Il va falloir garder son existence secrète, continua-t-il. Si ça venait à s'apprendre, continua-t-il en jetant un simple coup d'oeil vers les petites ailes du chérubin, tu sais ce qui lui arriverait.

-Même sa mère? s'enquit Soutien.

-Surtout elle, répondit Larmes. Tu sais parfaitement qu'Autorité adore par dessus tout le respect des règles, et lui... il vient involontairement de transgresser une de nos premières lois.

-Et nous garderons tous le secret. Toi y compris, Trahison.

-Vous êtes sûr? interrogea-t-elle tout de même. Je ne suis pas contre un peu de bouleversement tragique, on s'ennuie un peu trop ces derni...

Elle ne poursuivit pas sa phrase, coupée par les trois regards assassins posés sur elle.

-Bon, soupira-t-elle, puisqu'il le faut.

Pleurs donna le chérubin à Soutien, tandis que Larmes tendit une grande cape au père pour camoufler son enfant.

-Soit discret, surtout, et ne t'arrêtes pas en chemin, conseilla Pleurs.

-On viendra te rendre visite pour nous occuper un peu de lui, et viens nous quérir en premier s'il pleure, renchérit Larmes.

-Merci.

Soutien s'inclina et disparut discrètement dans les couloirs du palais.

-C'est bien le fils de Discret et Silence, je me demande comment il a pu se faire remarquer par cette chère Autorité, s'étonna Trahison.

Larmes leva les yeux au ciel devant le ton de la déesse, qui avait fait de sa passion des commérages et de l'hypocrisie son métier.

-Ce sont les êtres les plus discrets qui sont le plus à même de nous étonner, rétorqua-t-elle. Après tout, c'est lui qui a reprit le flambeau du soutien.

-J'espère en tout cas qu'il saura s'occuper de ce petit, s'inquiéta Pleurs. Pauvre chérubin, je n'ose imaginer ce qu'il a vécu.

-Les ailes rouges, ça veut souvent signifier la même chose. Et si c'est le cas, il n'a pas finit de souffrir.

Trahison avait répondu platement, mais dans son regard une nuance de douleur sombre fit un bref passage avant de laisser la place au regard cruel et désenchanté habituel.

Et tandis que Larmes commençait à sangloter légèrement, Pleurs la prit dans ses bras, en foudroyant une énième fois Trahison du regard. Mais il eut le temps d'apercevoir la douleur dans les yeux de la déesse, et il ne put s'empêcher de ressentir un peu de pitié.

-Des ailes rouges... c'est Courage qui aurait dû le parrainer.

Petit angeWhere stories live. Discover now