Année 2299, jour 10 du mois de mars, journal de bord
""Hier, c'était la journée en la mémoire des victimes de l'émeute du 9 mars 2987.
J'avais à peine 11 ans révolus lorsque les Déserteurs ont commencé à faire entendre leur projet par la violence. Ils étaient persuadés que les Gardiens nous mentaient, et que le monde extérieur n'était pas détruit, qu'il n'y avait aucune radiation. Selon eux, le Directeur de l'Abri, Jefferson, souhaitait juste garder tout son petit monde enfermé. Pourquoi cette idée ? Même les Déserteurs avaient du mal à argumenter. De vrais fanatiques de la théorie du complot.
Il me semble, avec du recul, que ce n'était qu'un prétexte pour laisser libre cours à leur paranoïa et à leur peur d'accepter que le monde des anciens avait été ravagé par la faute de leurs ancêtres. Il faut dire qu'être enfermé sous terre depuis sa naissance peut devenir angoissant, si l'on ne trouve pas une façon d'évacuer la pression. Mais comme aime à le rappeler Jefferson, on a de la chance. On est vivants, dans un cocon sain et ordonné -je dirais pour ma part infantilisant- à quelques centaines de mètres sous la surface, loin des radiations. Le paradis.
Au début, quand les Déserteurs ont fait entendre leur voix, personne ne les écoutaient. Qui a envie de s'entendre dire qu'il vit dans le mensonge depuis sa naissance, et qu'il est enfermé dans une prison dorée ? Personne. Il est plus aisé de vivre sans se poser de questions sur le caractère véridique ou non des paroles de notre dirigeant, Jefferson. Voilà plus de 12 ans maintenant qu'il est à la tête de l'Abri, et les habitants ne s'en plaignent pas. Ils n'en font pas non plus l'éloge, cela étant dit. C'est un homme qui n'est ni mauvais, ni bon dans son poste de Chef de l'Abri de Chilliwack, il est moyen. ""
J'efface la dernière phrase.
""Enfin, pour en revenir aux Déserteurs, au commencement ce n'était que des petites agressions verbales. Lorsqu'un Déserteur rencontrait un Gardien, il lui balançait une réflexion par là, une pique par ici. Lorsqu'un audacieux se montrait trop virulent, il était envoyé à l'isolement, au -11, le dernier niveau de l'Abri, au secteur de "rééducation".
Puis leur mouvement a commencé à devenir de plus en plus violent, avec des bagarres, dont une qui m'avait marquée, au niveau -4, dans l'un des quartiers résidentiels. Les Déserteurs avaient choppé un Gardien avant de le frapper à mort, devant sa femme. Le pauvre homme n'avait survécu que quelques jours, avant de succomber à ses blessures. Les agresseurs avaient été conduits directement à l'isolement au -11, et y resteraient jusqu'à la fin de leurs jours. Cette sanction n'a pas été prise par soucis de justice, mais par volonté d'enfermer le mal pour l'empêcher de se répandre. Dans un abri anti-atomique où les ressources sont rationnées, où tout est contrôlé jusqu'à la quantité même d'oxygène accordée aux habitants, il n'y a pas de place pour les membres qui attentent au fonctionnement de l'Abri.
Les premiers habitants de l'Abri ont banni la peine de mort, car le monde avait été ravagée par la folie destructrice des hommes et ils ne tenaient pas à reproduire le même schéma dans un abri anti-atomique qui serait peut être la dernière chance de l'humanité de survivre. Cependant, envoyer un individu au -11 revient à mettre fin à sa vie. Les habitants vertueux et droits dans leurs comportements ne savent que peu de choses du secteur de rééducation (et les rumeurs les plus folles courent à ce sujet), mais il me paraît qu'être enfermé à perpétuité met un terme à tout sens d'une vie.
La mort du Gardien, c'était le premier meurtre qui avait eu lieu dans l'enceinte de l'Abri, d'après mon père. Il me répétait sans cesse à quel point le monde des Anciens était profondément violent et cruel, que les hommes d'antan ne savaient pas s'accorder et se respecter. Selon lui, l'Abri était une société bien plus respectueuse et une chance pour chacun d'avoir sa place dans la société. Mon père était très impliqué dans la vie politique de l'Abri, il était un des 10 députés qui siégeaient au conseil d'administration. Selon moi, l'Abri est une machine à produire des esclaves, mais qui suis-je pour me plaindre que mes ancêtres aient eu la chance de survivre, pour que je vois le jour ?""
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Radiations
Science FictionAnnée 2999, à Chilliwack au Canada. Adam a vécu depuis sa naissance jusqu'à ses 23 ans dans un gigantesque abri anti-atomique, avec un gouvernement qui surveille de près ses habitants, en cachant de nombreux secrets. Un jour, les réacteurs cessent...
