Je m'appelle Alix, je suis une femme transgenre. Je pense qu'il est nécessaire, que pour les personnes cisgenres nous comprennent mieux, qu'elles aient un bref aperçu de ce qu'une personne transgenre peut ressentir ; au fond d'elle, mais aussi dans la vie de tous le jours, qui peut devenir une épreuve parfois insurmontable. Je tiendrais donc ce « journal » d'une fille transgenre, qui n'en est pas un, puisque je vais relater des faits qui ne concernent que la transidentité et mon ressenti à ce propos.
L'origine d'une dysphorie de genre est aussi inconnue pour les scientifiques que pour la personne concernée. C'est un sentiment qui devient de plus en plus présent, ou plutôt il a toujours été présent mais il se met de plus en plus en relief, il est de plus en plus remarquable. Au début, j'ai pris ça pour autre chose, une homosexualité, une simple différence que je n'arrivais pas à expliquer mais qui était bien là. Je la faisais vivre à travers les choix de mes avatars dans les jeux vidéos, mon imagination, une projection sur d'autres personnes. Mais elle nourrissait une haine grandissante envers ce que j'étais, ce que je devenais. Je ne savais pas encore à l'époque l'existence de la transidentité. Je vivais sans vivre, je ne m'exprimais pas, enfin je n'exprimais pas ce que j'étais vraiment. J'avais un sentiment constant d'insatisfaction à me trouver. Qu'est-ce qui ne va pas ? Les vêtements ? La manière de parler ? La coiffure ? Les passions ? Je changeais tout, tout le temps, dans l'espoir de trouver ce qui comblerais cette sensation de manque.
Le premier déclic survint lors du visionnage du film « The Dannish Girl », histoire de la première femme transgenre opérée du monde. J'ai été profondément troublée par ce film. Je m'y reconnaissait, en partie. Plusieurs évènements qui paraissaient anecdotiques dans ma vie furent mis en valeur, sonnaient comme des évidences, des indices, que j'avais ignorés. Peut-être que j'avais choisi de les ignorer. L'observation récurrente de mon entre-jambes, espérant y trouver un vagin, mon sentiment d'horreur quand ma cousine me faisait remarquer le changement de ma voix, ce sentiment de dégoût face à mes poils de jambe, cette gêne lorsque l'on me désignait comme « Monsieur ». Je me suis donc posée la question, plusieurs fois, « Et si je devenais une femme ». La réponse ne vint pas tout simplement parce que la question n'était pas la bonne, car cette question est erronée, n'existe pas. On ne devient pas une femme. Je ne suis pas devenue une femme. Je l'ai toujours été. Cette absence de réponse me laissa dans une interrogation sans fin, sur ma propre identité. Réflexion dont je n'avais le plus souvent que peu conscience.
Le second déclic vint encore une fois à l'aide du cinéma. Je regardais l'excellente série « The OA », et je m'attachait au personnage de Buck. Je ne m'étais pas encore posée la question de son genre, ça n'avais pas d'importance. Mais cela raviva le questionnement perpétuel qui s'opérait dans ma tête. Alors, j'ai fait des recherches sur internet, pour voir si je pouvais parler à d'autres personnes dans mon cas. Je n'ai pas eu à la faire, les simples définitions de « Dysphorie de genre », ou « Genre non-binaire » raisonnaient à cette époque comme des évidences. Alors je parti dans une quête de recherche de mon genre, car à l'époque je considérait encore qu'il y avait d'autres genres que les genres binaires. Je me suis donc donnée des tas d'étiquettes, complètement inutiles, qui me limitaient et me paralysaient dans ma recherche. Je me cherchais encore, le problème n'était pas encore réglé. J'étais seulement convaincue d'une chose : je n'étais pas un garçon. Et je voulais changer. Comment ? Quoi ? Je ne savais pas, je ne me posais pas la question.
Entendre mon ancien nom m'est vite devenu difficile, ce nom ne collait pas avec mon image. Avec ce que je voulais être, avec ma personnalité, et même avec ma personne. J'ai donc vite choisi « Alix », prénom que j'affectionnais depuis la sixième, lors d'une réunion avec une auteure de roman, qui nous parlais de sa grande affection pour les noms mixtes, et qui avait cité Alix. J'ai demandé à mes meilleurs amis et à mon copain, personne qui m'a le plus aidé dans ma transition, de l'utiliser. Ils ont acceptés, ça m'a fait plaisir mais il demeurait que je ne m'étais pas encore trouvée.
Je me souviens peu de cette période assez sombre. La haine produite par la transition s'accumulait, je ne réfléchissais pas avant de faire quelque chose, aussi, j'ai beaucoup blessé de nombreuses personnes, et je me suis beaucoup blessée aussi.
Le troisième déclic, que j'appelle « première libération » eut lieu après une des épreuves les plus insupportables de ma vie. Le couple dont je faisais partie ne s'aimait pas vraiment au départ, l'un voulait faire souffrir l'autre, et ça a marché. Mon copain, très affecté par de nombreuses choses, dont sa propre dysphorie, a fait le coup de grâce. Toute ma vie a encore été remise en question. Alors, je me suis encore posée des questions, dont des questions à propos de moi. Qui est-ce que j'étais vraiment ? J'ai eu la réponse à cette question, je crois, en marchant dans la rue avec Ayden. J'étais heureuse. Soulagée, délivrée d'un doute affreux. Trouver son identité est une des plus belles choses qui peut arriver. Jamais je n'aurais put le faire sans lui. Je sais que c'est réciproque. Cette réponse me vint sans trop réfléchir, elle était assez évidente, et pas que pour moi. Je n'étais absolument pas surprise. J'ai adoré ce moment. C'était en mai 2017.
Savoir qui on est, au moins à ce niveau là, libère l'esprit, et ainsi, je me sentait légère. Mon esprit pouvait s'employer à d'autres choses.
Je me suis rapidement épanouie, je suis devenue la Alix que je suis aujourd'hui. C'était une seconde naissance. Je vais maintenant retracer toutes les étapes de cette naissance, de cette évolution. Aussi bien les étapes personnelles que les étapes sociales et par rapport aux autres.
YOU ARE READING
Alix.
Non-FictionJe m'appelle Alix, je suis une femme transgenre. Je pense qu'il est nécessaire, que pour les personnes cisgenres nous comprennent mieux, qu'elles aient un bref aperçu de ce qu'une personne transgenre peut ressentir ; au fond d'elle, mais aussi dans...
