Janet
Lundi 9 janvier 1995, ça fait dix-sept ans... dix-sept ans. C'était en 78, j'avais huit ans à cette époque. Grande révolution dans le divertissement et la restauration, la franchise Freddy Fazzbear's Pizza lançait un concept qui se voulait novateur : les animatroniques. Pour les anniversaires, les soirées à thèmes dans votre restaurant préféré, plus de type sous-payé qui meurt de chaud sous un gros costume ridicule et se fait maltraiter par des enfants. Plus de type du tout. Votre gâteau avec son petit feu de Bengale qui crépite au-dessus de la crème vous est servi par un robot recouvert de peluche qui bouge plus ou moins fluidement et chante des chansons niaises de sa voix synthétique. Avec du recul, je me demande pourquoi tant d'enfants les aimaient et si peu en avaient peur, ils avaient vraiment une sale tête.
Et pourtant, l'établissement phare de l'entreprise ferma au cours des 80's. Des problèmes sanitaires apparemment, des odeurs suspectes, du sang s'échappant des robots... De quoi couler l'entreprise, et c'est bien normal. Pourtant, faisant peau neuve, un deuxième établissement ouvrit ses portes en 87 avec de nouveaux animatroniques, un peu plus beaux, plus perfectionnés. Il ferma deux semaines plus tard à cause d'un gamin mordu par un de ces bijoux de la technologie. Je n'ai pas eu l'occasion d'y poser les pieds, je n'en avais pas vraiment envie de toute façon.
C'était en 78, il y a dix-sept ans. J'avais huit ans à cette époque, avec Papa, Maman et mon frère d'un an mon cadet, nous allions régulièrement au Freddy Fazzbear's Pizza, même moi j'aimais les animatroniques, leurs voix effrayantes et leurs faces répugnantes. Freddy, Chica, Bonnie et Foxy. Comme dans tous les restaurants pour enfant, c'était bruyant, agité, bordélique, mais on songeait que l'ambiance y était bonne quand on regardait l'endroit avec ses petits yeux. On y passait de longues heures, l'après-midi en général, pour jouer au toboggan, à la borne d'arcade et espérer avoir un des ballons que distribue Freddy avec son air vicieux. Quand on habite dans le quartier, Papa et Maman sont même d'accord pour qu'on y aille tout seuls. On va y manger tellement souvent qu'on connaît le trajet.
J'avais huit ans à cette époque, c'était en 78, il y a dix-sept ans. Mon petit frère est parti pour aller jouer à la pizzeria et n'est jamais revenu. On ne le retrouva jamais, ni lui, ni son cadavre. Il était la deuxième ou la troisième victime, le deuxième ou le troisième enfant disparu en ville. Ce n'est pas le genre de choses que l'on doit savoir quand on a huit ans, il y a dix sept-ans, en 78. Mais comment peuvent faire des parents pour se justifier après vous avoir dit « Ton petit frère ne rentrera plus à la maison. » ? Les enfants portés disparus fréquentaient tous la pizzeria. On ne trouva jamais de preuve accablante, le prédateur avait peut-être juste choisi ce terrain de chasse et n'avait aucun lien avec lui. On les suspecta tout de même, surtout quand on entendit parler d'odeurs étranges et de sang s'échappant des robots. Mais l'enquête sanitaire fut plus rapide que celle de la police. Tout avait disparu avant que les procédures ne soient lancées. Depuis toute petite, j'ai l'intime conviction que c'est à cause de cette franchise, de ces robots, que mon frère m'a été arraché. Autant dire que je n'ai plus jamais mangé de pizza.
Il y a un an et demi, un troisième établissement a ouvert, pas très loin de chez moi. À mes yeux, ce n'était qu'une énième tentative pour une entreprise louche, en faillite et au nom souillé de scandale de se relancer dans la course. Ils réutilisaient les anciens modèles. C'était à se demander pourquoi les gérants s'accrochaient tant à ce bateau qui ne cesse de sombrer. À peine ouvert, ce restaurant est déjà une épave. Qu'est-ce qui peut bien les motiver ? C'est comme un élan de nostalgie qui nous pousse à garder un vieux truc, juste parce qu'on l'a chéri et on y a tenu à un moment. Je savais déjà que je n'y mettrais jamais les pieds.
Et pourtant, cette enseigne m'obsède, me taraude, mes cauchemars, ceux qui avaient eu tant de mal à cesser, reprennent. Est-ce que j'ai fait exprès de perdre mon travail il y a six mois ? Est-ce que j'ai fait exprès de ne pas en trouver un autre, de rater mes entretiens d'embauche ? Est-ce que j'ai fait exprès de me retrouver si démunie que je n'avais d'autre choix que de postuler, et d'être prise, comme gardienne de nuit par intérim ? Est-ce que j'ai fait exprès ?
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Five Nights for Foxy (FR)
FanfictionC'était en 78, il y a 17 ans, mon petit frère, Nathan, ainsi que trois autres enfants se sont volatilisés, laissant à jamais dans mon cœur la tristesse, le traumatisme et la culpabilité de sa disparition. À mes yeux, notre pizzeria préférée; le Fred...
