QUELCONQUE
Dans une rue que tous qualifiaient de « quelconque », se dressait une maison parfaitement ordinaire. C'est là que résidait une famille portant un nom singulier : les Pyromane. Ce foyer comptait quatre membres.
La mère, Marie Pyromane, avait travaillé pendant dix ans comme couturière avant de perdre son emploi. Cependant, jamais elle n'aurait admis cette réalité. Elle préférait raconter à tout le quartier qu'elle avait « fait un sacrifice », abandonnant sa carrière pour le bien-être et l'éducation de son fils. Dans son orgueil, elle se proclamait fièrement femme au foyer.
Le père, Albert Pyromane, était un homme d'affaires très occupé, toujours en voyage. À chaque retour, il rapportait à son fils aîné, Nicolas, un cadeau somptueux mais inutile, comme s'il voulait constamment prouver son affection par des objets. Nicolas, quant à lui, était décrit comme le garçon parfait : intelligent, talentueux, aimé, et surtout, riche. Mais derrière cette image éclatante se cachait une personnalité profondément narcissique et cruelle.
Il y avait aussi William, le cadet. Peu de gens se souvenaient de son existence, et sa propre famille semblait l'avoir relégué au rang de figurant. William, un garçon discret au teint pâle et aux yeux couleur ambre, vivait dans l'ombre de son frère. Plus qu'un sentiment, c'était une vérité : il était méprisé, maltraité, et ignoré.
William était né d'une aventure extraconjugale d'Albert. Sa mère biologique, emportée par une maladie quelques jours après sa naissance, laissa l'homme accablé de remords. Dans un élan de culpabilité, Albert confessa tout à Marie, sa femme. Refusant de se séparer du nourrisson, il força son épouse a élever ce petit garçon et elle trouva un mensonge pour expliquer sa soudaine présence. Ainsi, Marie, amère mais résolue à préserver sa réputation, fit courir l'histoire qu'elle avait vécu un déni de grossesse et accouché en secret.
Cependant, cette façade ne changea rien au mépris que Marie éprouvait pour William. Pour elle, il était le symbole vivant de la trahison d'Albert. Elle ne manquait pas une occasion de le rabaisser ou de lui rappeler qu'il n'était pas véritablement son fils. Et si les voisins apprenaient la vérité, pensait-elle, sa réputation en serait irrémédiablement détruite. Alors, elle faisait de son mieux pour entretenir une image parfaite, mais à l'intérieur de leur maison. L'enfance de William était marquée par l'isolement et l'abandon.
L'enfance de William fut tout sauf joyeuse ou remplie d'amour. Très tôt, il dut apprendre à se débrouiller seul : préparer ses repas, se laver, et accomplir d'autres tâches que personne ne lui enseignait. Pendant ce temps, Nicolas, l'enfant chéri, recevant toute l'attention et la tendresse qu'un enfant pouvait espérer.
L'injustice n'était pas seulement émotionnelle. Marie multipliait les corvées pour William, comme si elle cherchait à le maintenir dans une position d'infériorité. À huit ans, il devait déjà tailler les haies tard le soir, faire la vaisselle, nettoyer toute la maison deux fois par semaine, lustres inclus, et même cirer les escaliers une fois par mois. À cela s'ajoutait une école située loin de leur domicile, choisie avec soin par Marie pour qu'il ne puisse jamais rivaliser avec Nicolas, ni briller aux yeux des autres.
Albert, quant à lui, restait indifférent à cette dynamique toxique. Toujours en voyage, il ne semblait pas s'intéresser aux conséquences de son absence.
Ce jeudi après-midi, après une annulation de cours qu'il n'avait pas mentionnée, William rentra à la maison plus tôt que prévu. Comme à son habitude, il passa la porte sans un bruit. Le silence régnait, un silence inhabituel.
Albert n'était pas dans le salon, où il s'étendait habituellement sur le canapé. Marie n'était pas dans la cuisine, son refuge habituel. Un frisson d'excitation parcourut William. La maison était vide.
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CaMuS
Fiksi IlmiahWilliam, un adolescent au passé difficile, a grandi dans un environnement oppressant, marqué par la tyrannie de son frère et l'indifférence de son entourage. Toujours en quête de sa place dans un monde hostile, il découvre progressivement qu'il n'es...
