Prologue

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Quelque part sur cette planète, dans un pays de taille moyenne, se trouve une ville sans importance. Et dans cette ville... Se trouve ma maison. C'est une maison comme les autres. Pas grande, mais pas petite non plus. On pourrait la qualifier de mignonne, mais en entrant simplement à l'intérieur ce qualificatif n'aurait plus lieu d'être. "Bordel", ou "enfer sur terre" serait peut être plus précis.

En attendant, j'y vis seul. On pourrait se demander pourquoi un petit gars comme moi vit tout seul dans une maison, surtout que je n'ai que dix-huit ans, et ce serait tout à fait normal. La raison est à la fois simple et compliquée.

Mon père s'appelle Ignir. Ou s'appelait ? Je ne sais pas vraiment. Il était vraiment le meilleur père du monde. Toujours gentil - ou presque - , souriant, aimant. Nous avions tout les deux subi la disparition de mon frère le jour de mes quatre ans, mais nous restions une famille unie. Pourtant... Un matin, juste comme ça, il a disparu.

Aussi simplement que ça. Et il n'est jamais revenu. Les premiers jours de sa disparition, j'ai passé mes journées à pleurer comme un imbécile, roulé en boule dans ma chambre. Puis j'ai décidé de retourner à l'école. Mais les services sociaux n'ont pas tardé à se rendre compte que j'étais seul, et de fait à débarquer chez moi pour m'envoyer à l'ASE. C'est Aide Sociale à l'Enfance, au passage.

Je ne sais pas exactement comment ça s'est passé. À cette époque, je ne m'intéressait déjà plus aux autres. Mais le fait est que j'ai été placé rapidement en famille d'accueil. Ils étaient gentils, bien sûr, mais... Ils n'ont jamais remplacé Ignir.

Les seuls souvenirs que j'ai de mon père, hormis ceux que je garde en tête, ce sont un testament qui me donne sa maison à ma majorité - que j'ai donc rejointe en quittant ma famille d'accueil dès que j'ai pu - ainsi qu'un vieux briquet qu'il avait laissé traîner dans l'une de ses poches. Il est en métal froid, avec un capuchon attaché et un réservoir rechargeable, et de petits motifs de flamme gravés sur la coque. Je le trouve vraiment beau, presque fascinant. C'est aussi à cause de lui que mes tendances pyromanes ont commencé à se manifester.

Au début, je l'ouvrais simplement pour observer la flamme. Ses couleurs étaient magnifiques, légèrement tremblotantes à cause du frissonnement de ma main. Je passais de longues minutes, si ce n'était des heures, complètement hypnotisé par la petite flamme orange qui sortait de l'objet.

Je faisais en sorte de ne pas me faire prendre, bien sûr.

Puis, plus tard, j'ai commencé à avoir l'irrésistible envie de brûler les choses. C'était facilement contrôlable, vraiment. Jusqu'à ce que je commence à avoir des problèmes à l'école.

"- C'est pas vrai... Je vais encore être en retard. ", marmonnais-je en faisant mes lacets, serrant rapidement la boucle avant d'attraper mon trousseau de clés. Je manque de glisser sur un objet non identifié, probablement un sandwich à un stade avancé de décomposition, mais saute par dessus au dernier moment.

Je sors en coup de vent, me retournant brièvement pour insérer la clé dans la serrure et refermer avant de me remettre en route. Le lycée n'est qu'à quelques minutes de trajet à pied, mais j'ai déjà perdu dix minutes de cours en rêvassant dans mon lit. Une mauvaise habitude qui me cause beaucoup d'ennuis. Même si, ironiquement, je ne vais pas avoir de soucis avec mes parents.

Ma main se serre contre le briquet en jouant avec le clapet, l'ouvrant et le fermant nerveusement alors que mes foulées s'allongent. Plus que quelques mètres.

Je franchis le portail en levant les bras, comme un athlète venant de finir un marathon, et présente rapidement ma carte et mon carnet à l'accueil pour annoncer mon retard.

PyroWhere stories live. Discover now