Il a suffit d'une seconde pour qu'elle perde son bien le plus cher. Juste une seconde. Si juste un élément avait été différent elle aurait continuée sa vie. Elle avait la vie clichée de la fille parfaite. La meilleure amie, le petit copain, les pare...
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Ça doit bien faire deux heures que je suis là, au bord de la mer, assise dans le sable, à fixer un point à l'horizon. Les musiques s'enchaînent dans mes oreilles, se mélangeants aux sons des vagues et du vent. Je n'écoute plus vraiment, je suis comme ailleurs, loin de mes problèmes, loin de cette vie qui n'a pas toujours été la mienne. Je rêve parce que c'est l'une des seules choses qu'il m'est encore donné de faire.
Agathe, ma meilleur amie devrait m'appeler d'une minute à l'autre, comme tout les jours d'ailleurs. Elle est partie vivre avec sa famille dans une petite ville loin d'ici à la fin des dernières grande vacances. On se connaissait depuis toujours et elle me manque tellement, surtout depuis l'accident. L'accident qui m'a volé la vue il y a cinq mois. J'ai une tumeur au cerveau, et maintenant les seules chose que je distingue ce sont des tâches difformes légèrement colorés. Par exemple là je ne distingue qu'un bleu terne, je ne voit pas la différence entre le gris du sable et le bleu de la mer, je ne voit pas le mouvement des vagues, et encore moins les quelques surfeurs qui profitent des rayons du soleil de ce début mars, je sais juste qu'ils sont là parce que je les entends.
La sonnerie de mon nouveau super téléphone à touche me sort de ma rêverie. Et oui, à touches, parce que maintenant avec mes problèmes de vue, un téléphone tactile n'est plus envisageable. Je décroche et demande qui est à l'appareil même si je sais qui m'appelle. La voix enjouée d'Agathe résonne de l'autre côté me réchauffant un peu le cœur.
« -C'est moi banane !
-Vous avez dû vous tromper madame, dis-je ironiquement »,
Je l'entend rire, elle est comme moi, comme le Moi d'avant : elle rigole tout le temps et pour rien en plus. Je me remémore souvent ce temps où on riait toute la journée, avec tous le monde et pour des raisons que la plupart des gens ne comprenait pas puisqu'il n'y avait pas de raisons. C'est probablement pour ça que tout le lycée pensait qu'on était folles.
« -Alors comment tu vas aujourd'hui ? finit-elle par réussir à dire.
-Comme d'habitude : mes parents me forcent toujours à faire ces exercices de rééducation et je comprend toujours rien au braille. »
Elle se remis à rire alors que je continuais de me plaindre sur la difficulté pour apprendre cette langue. On blaguait, on riait, elle me racontait les rumeurs qui couraient dans son nouveau lycée. Je lui en aurait bien raconté celles d'ici mais je ne les connaissais pas. Je n'allais plus au lycée et je n'avait pas la tête à prendre des nouvelles des gens d'ici. Je me sens tellement bien quand elle parle avec moi, si bien que je n'avait plus vus le temps passer.
« -Par-contre, dit-elle après un petit silence, c'est la fin de ma récréation, je t'aime.
-Je t'aime aussi »
Elle raccrocha, me laissant seule de nouveau. Être seule en soit ne m'a jamais dérangé, ça me permettais de rêvasser, de lire et de dessiner. De faire le vide dans ma tête ; mais je ne peux que rêver aujourd'hui. Je n'arrive plus à me vider la tête complètement, et le dessin ainsi que la lecture c'est fini pour moi, parce qu'il n'est pas question que j'apprenne le braille. Certain diront que je suis dans le déni, mais je m'en fiche. Mes parents voudraient bien que j'essaye de vivre avec mon nouveau handicap, mais on ne se comprend plus. Ils ne comprennent pas pourquoi je ne veux pas admettre que je suis aveugle. Personne ne me comprend de toute façon, comment pourraient-ils ? Ils ne sont pas à ma place, ce n'est pas à eux qu'on a voler la vue.