- Qu'est-ce que tu attends de moi ?
Toujours ce même sourire, légèrement tordu, celui qui rajoutait un peu de piquant à sa beauté classique, le même qui me mutilait les entrailles.
- La perfection Princesse, la perfection.
[...]
Même à l'autre bout de la maison les basses d'un morceau indé ricoche sur les vitres fines de la véranda.
A croire que l'isolement n'aidera pas à faire passer mon mal de crâne.
La voix haut perchée de Cassandra et de ses « amies » raisonnes encore contre mes tempes, mêlaient aux contres coup du Gin et de la redescente du fameux cacheton bleu, je ne pense pas être capable d'appeler un taxi ce soir.
Les pieds en lambeaux, je grimace en retirant mes plateformes, afin d'avoir plus de facilité à grimper sur le futon légèrement en hauteur. Mes mouvements sont lents, douloureux, j'ai beau infliger à mon corps les ravages de l'alcool depuis tellement de temps, que j'ai du mal à me rappeler ma première cuite, la fameuse résistance promise au fils des enivrements constants n'a pourtant pas l'air de faire effet sur moi, je tiens toujours aussi mal le marc. Ma tête tombe d'elle-même contre la baie-vitrée, laissant la vibration profonde renforcer un peu plus ma migraine. A quoi bon s'arrêter là, ça ne me permettra pas d'oublier sa présence.
Mes doigts viennent d'eux même fouiller frénétiquement la poche droite de mon blouson, la clope symbolique, celle qui marque le début du tourment. Mes cils batifoles avec mes joues alors que j'expire la première latte, mon esprit se brouille un peu plus, peut-être que les traits de son visage finiront par faire de même derrière mes paupières closes.
- Que cherches-tu à oublier Princesse ?
Mon cœur vient de louper un battement pourtant je résiste contre l'envie dévorante de le bouffer du regard, je ne lui accorderais pas une chute de plus, il joue déjà avec mon âme, je ne le laisserai pas prendre les derniers souffles de ma dignité souillée.
- Tu m'ignores, Ali ?
Non, pas ça...
- Ne m'appelle pas comme ça, cette personne n'existe pas. N'existe plus. Tu l'as fait disparaître sous tes coups des reins et les râles sourd qui glissaient contre mes joues humides.
« Tu n'aurais pas grossis Ali ? Cette robe te boudine » « J'ai toujours préféré les blondes Ali, ton châtain, m'ennuie » « Tu ne peux pas continuer à t'habiller comme ça quand tu es auprès de moi » « Tu me fais honte Ali, tellement honte, j'ai tellement fait pour toi, pourquoi tu n'en fait pas autant pour moi ? »
Mes yeux me brûlent, pourtant je résiste, Ali aurait laissée couler ses larmes, Ella est indifférentes à ses piqûres de rappel, Ella est parfaite. Pourtant elle n'a jamais été aussi malheureuse.
Son rire méprisant emplie la pièce alors que le feulement de sa démarche féline se rapproche dangereusement de mon corps recroquevillé entre deux coussins. Je sens son souffle mentholé se répercuter sur mes lèvres avides de quelques choses que je me suis interdite, où qu'il a peut-être fini par me refuser, tout est si trouble ce soir. Il c'est accroupit, Je le sens à la manière dont la chaleur qui émane de sa peau vient réveiller mon épiderme, même imbibé d'Alcool, l'esprit ailleurs son corps appel encore et toujours le miens. Même ainsi il me sombre de sa carrure, il est tellement grand.
Ses doigts viennent recueillir plusieurs de mes mèches abîmées par l'ammoniac. Il joue distraitement avec, les entortillant autour de son index pour mieux les relâcher et recommencer, inlassablement.
Il ne parle pas, pourtant je sens l'oppressante emprunte de ses iris, la honte, que m'impose ses prunelles aussi translucides et froides que la glace, comprimer peu à peu ma gorge, m'empêchant de déglutir convenablement.
Nocif...
- Ta poupée désincarnée ne te contente pas ? Il est rare que tu m'accordes autant d'importance Clar...
Je sens plus que je ne vois son rictus insolent s'ourler sur ses lèvres fines.
- Beaucoup trop docile pour être intéressante.
Cette fois c'est mon rire qui ricoche contre les murs, démuni d'émotion.
- J'aurais dû m'en douter.
Ses doigts délaissent mes cheveux pour frôler ma pommette, il les laisse glisser délicatement jusqu'à ma nuque, plus bas encore, puis se permet alors d'imprimer une légère pression contre mes clavicules désormais apparentes.
- De plus, elle n'a pas ta peau, ta voix, ton odeur...
Un coup en plein cœur. Alina appuie sur mon artère à vif, elle veut resurgir, elle me supplie de la laisser respirer. Jamais. Elle suffoquera à jamais à l'intérieur. Derrière les barrières que j'ai réussis à irriguer.
Mon corps se crispe contre mon gré. J'essayer de chasser son touché à l'aide de ma main libre, mais sa poigne vient encercler mon poignet.
Ses lèvres se posent contre la peau translucide qu'il enserre, puis c'est sa langue qui vint glisser le long de mon épiderme à vif. Touche-moi. Encore. Ne t'arrête pas. Ne t'arrête jamais de me toucher.
- Elle n'a pas ton goût, ta douceur, ta détresse Alina...
- NE M'APPELLE PAS COMME CA.
Ma voix monte, pas aussi assurée que je le voudrais, je ne suis jamais totalement maîtresse de mes mouvements quand nos visages sont si proches. Mes prunelles s'ouvres. Je ne suis pas assez forte.
Elle le caresse, le mange, le dévore, elle n'arrive pas à décrocher de ses traits. Il m'observe toujours, son éternel sourire ne l'a pas quitté. Je l'abhorre. Je l'exècre. Mais les yeux d'Alina ne s'arrête jamais de le vénérer. Ce qu'elle peut être faible.
- C'est Ella. Ne l'oublie pas. A toi.
- J'ai beau être un rustre, je n'oublie jamais le nom d'une de mes créations, surtout pas la plus réussis, Princesse.
Mon sang martèle dans mes veines devenu trop fines, trop sensible pour retenir l'afflux provoqué par l'Adrénaline que provoque ses mots entre ses lèvres. Je suis prise de tremblements, il doit surement les sentir, mais ma fierté me cloue sur place, plus jamais je ne baisserais les yeux face à lui. Plus jamais je ne fuirais. Il à fait en sorte que je sois digne de pouvoir l'observer à ma guise. Il m'a fait à son image.
- Jamais je ne pourrais t'oublier ma farouche poupée, mon Ella.
Son Alina. Non Ella, je suis Ella.
Alina est morte sous les assauts critiques de ses verbes, sous le mépris de son regard.
Il n'y a plus qu'Ella. Fausse et camée Ella.
Poupée libérée de ses entraves mais qui renoue ses fils de pantins à même sa peau.
Dépendante Ella. Morte Alina.
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Narcissa Ella
Roman d'amour- Qu'est-ce que tu attends de moi ? Toujours ce même sourire, légèrement tordu, celui qui rajoutait un peu de piquant à sa beauté classique, le même qui me mutilait les entrailles. - La perfection Princesse, la perfection. [...]
