C'est le mal de crâne qui me réveille avant le son infernal de mon alarme. Il n'est encore que 6 heures, que les piafs chantent déjà. Nous ne sommes d'ailleurs qu'en mai, pourtant il fait déjà une chaleur étouffante. Même le soleil semble presser de s'éveiller. Aux bruits qui me remontent depuis la cuisine, tout le monde semble excité à l'idée de cette chaude journée en faite. Pour ma part, je trouve enfin une raison à me lever quand je pense aux Advil qui m'attendent dans ma salle de bain. Je rechigne cependant après avoir levés les yeux sur le miroir. J'y vois les cernes qui me creusent les yeux, ainsi que les paupières gonflées qui me donnent l'impression d'avoir pleuré toute la nuit. Je passe en vitesse à la douche, enfile du noir et attache mes cheveux dans un chignon bâclé avant d'enfiler mes bottes en cuir à lacet. J'hésite à faire un effort pour me donner meilleur mine ; et puis finis par me convaincre qu'un peut de noir aux yeux ne me ferait pas de mal. Au moins, je serai déjà maquillée pour ce soir.
Je retourne dans ma chambre pour chercher mon ordinateur et le placer dans mon sac à dos, aux côtés de quelques médicaments. Je cherche en vain ma pile de copies que j'ai passé la nuit à rédiger. Jai beau soulever les draps ou chercher dans les tiroirs, rien n'y fait ; et il est déjà sept heure passé. Et merde ! Je me précipite alors dans les escaliers en colimaçon et gagne la cuisine. Cest là que je retrouve mes copies, dans une main à ma mère, assise sur la table en céramique, une tasse fumante dans lautre. Elle porte toujours sa même tenue ménagère, et ses cheveux sont toujours aussi abîmés à force de rester dans une queue de cheval basse et tiré par du gel.
- Tu comptais rendre ça ?
Je la contourne en silence en allant me servir un verre de jus dorange dans le frigo. Jattends avec patience quelle finisse de me faire part de son avis pour couper court à la discussion. Je reste donc derrière elle, appuyée au plan de travail.
- Tu sais combien on te payes lannée Jude ? Est-ce que tu timagines seulement combien cela représente ?
Elle continue à éparpiller les pages devant elle sans savoir sur quoi porter le regard. Sa mine est dépitée. Elle glisse une mèche de cheveu invisible derrière son oreille gauche, et jobserve son regard perdu devenir peu à peu effaré.
- Je naccepterai aucun autre échec. Tu mentends ?
Elle essaye encore les menaces comme si elles pouvaient encore me permettre de sauver mon année. Elle finit enfin par poser son attention sur mon visage et me détaille un long moment. Elle sapprête à me faire le numéro de la pitié. Il marche à tout les coups, puisque cest lui qui me maintient à chaque fois éveillée toute la nuit.
- Regarde moi, Jude. Je veux que tu me promettes de ne jamais finir comme moi, à nettoyer les chiottes en or de ces pauvres altiers de riches.
Ma mère fut une professeure très réputée en lettre. Elle était épanouie en ce temps. Malheureusement, leffectif des professeurs en université était beaucoup trop réduit et, par son ancienneté, on a décidé de lui faire céder sa place. Nouvelles réformes, nouveaux cours. Pourtant, les livres nont plus de secret pour nous, depuis le temps. On nous apprends toujours les mêmes classiques poussiéreux en décompositions. Enfin, jai surtout de la peine pour elle. Elle en été si passionnée quelle a mis des mois à se résigner. Cest dailleurs la raison pour laquelle elle ma payé une de ces écoles littéraires dès plus prestigieuses du pays. Et cest assez embêtant puisque je nai jamais été très douée pour lécole. Si elle y a vu une solution ici, moi jy ai vu une geôle. Elle voulait me trouver un milieu et un niveau détude qui lui permettrait de maider du mieux quelle pouvait. Mais elle na, au final, cherché quà sexprimer au travers de mes copies. Elle a réussi à me persuader à partir dans cette filière en utilisant largument de mon affection pour la littérature. Et je navais pas de motivation assez forte dans aucun autre domaine pour épuiser ma force à la contredire et à me faire valoir. Elle a donc finit par trouver un emploi quelle ne se fatigue pas, à aucun repas damis, à faire valoir comme plus quun nettoyage de chambre dhôtel de luxe ; ainsi que le maigre revenu qui lui revient, paradoxalement au lieu du bénéfice. Quant à mon père, il est directeur de sa boîte qui se charge de lévènementiel. On le voit peu, et ma mère juge très important de me le rappeler, plus de fois que nécessaire. En effet, son absence est dans le seul but de la réussite financière de mon avenir.
- Tu vas avoir une semaine devant toi, et ta sur ne va pas tarder à arriver. Sollicite-la sil te plaît. Elle rentre pour toi, dailleurs.
Ma sur ne rentre jamais pour moi. Elle rentre seulement pour faire valoir ses articles ou ses renommées. Cest une sorte de devoir quelle sest imposée en quelque sorte. Elle qui a réussis par ses propres moyens, elle se charge de le rappeler à chacun de ces retours. Il lui arrive dêtre appelée par les parents pour quen période de vacances elle me surveille. Mais à ces occasions, elle prétexte toujours à du retard. Il lui faut un prestige sous la main. Si ma mère ninsiste guère, cest quelle connaît nos rapports. Son retour lui demande toujours un grand effort de bienséance. Elle a toujours autant de mal a cacher son regard accusateur dès les premières secondes de son arrivée. Elle men veut de ne pas faire plus defforts pour aider et rendre fière la famille. Elle men veut davoir toujours eu toute lattention et tout le soutien financier. Je ne pourrais le nier. Ma sur a pu se payer son école en zigzagant pendant deux ans entre les petits boulots. A lépoque, jétais déjà dans les écoles privées les plus brillantes.
- Maintenant, prends tout ça et dépêches-toi ! Tu vas me mettre en retard. Elle balais mes feuilles dun revers de la main, et sen va chercher ses affaires.
Par moment, elle a beaucoup de peine pour moi. Ou plutôt de lexaspération. Dans ces moments là, elle me parle avec plus de considération et de douceur. Mais la majeur partie du temps, elle crie et se montre aigrie et méprisante. Je fourre alors ma pile de feuille dans mon sac sans réfléchir et me dirige vers la porte pour débuter mon dernier jour de cours, la tête saturée et le cur lourd.
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The Black Wings
ParanormalJude, Elle ne vivait pas dans la réalité. Elle n'y avait probablement jamais vraiment vécue. Elle vivait là où son imagination voulait bien l'échouer. Seulement quand, par hasard, sa vie prend la teinte d'un noir impérial, de flou et de brume, de l...
