Prologue -Saki Itō-

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Saki Itō rêvassait. Son air perdu, lunatique, indescriptible n'étonnait plus personne et quand elle entrait en transe, comme à présent, rien ne pouvait la faire revenir parmi le commun des mortels. Elle était déjà loin, s'imaginant une vie trépidante, où l'aventure et le fantastique se mêleraient, fusionneraient en une réalité, celle qu'elle aurait imaginée depuis toujours. Pour l'instant, son regard était fixé sur un point invisible, au-delà du parc soigné du Collège Kobe VI, au-delà de la ville et de sa cacophonie, au-delà de ce pays enragé, vers des contrées lointaines... enfin, s'il en existait. Saki faisait partie de ces élèves qui ne se posent pas trop de questions, qui prennent la vie comme elle vient et qui, secrètement, rêve d'un autre avenir, sans avoir la moindre idée de ce qu'il pourrait être. Elle avait vaguement entendu parler d'autres pays, comme la Corée, dans laquelle, disait-on, évoluaient des êtres inférieurs qui ne méritaient pas l'attention de la glorieuse République de Grande Asie. De temps à autre, Saki assistait à des arrestations, des personnes qui avaient sûrement enfreint la loi, mais elle ne poussait jamais le raisonnement plus loin. Elle préférait vivre dans son monde imaginaire. Soudain, Saki vit passer une ribambelle d'oiseaux multicolores sur la pelouse parfaitement entretenue du collège. Elle ne saurait dire s'ils étaient réels ou si c'était elle qui les avaient inventés de toutes pièces pour se distraire. D'ailleurs, elle s'en contrefichait. Elle continua à les observer, un air béat sur le visage, tandis que les volatiles entamaient une partie de base-ball effrénée, agitant leurs mini-battes avec excitation.

Saki était loin, très loin de la salle de classe dans laquelle elle était assise. Elle aurait été bien en peine de nous dire quel cours s'y déroulait, dans l'hypothèse où il y avait cours, bien sûr. Sans être brillante, Saki était une bonne élève, se situant généralement dans le milieu du classement, travaillant juste assez pour satisfaire ses parents. Elle n'avait pas de lien particulier avec eux. Elle ne les aimait pas vraiment, mais ne les détestait pas pour autant, puisque c'étaient eux qui la nourrissait. Logique. On peut qualifier Saki de personne pleine de paradoxes. D'un côté, elle vivait dans un monde imaginaire, déconnectée de la réalité. De l'autre, elle se montrait terriblement logique, ses raisonnements d'un cynisme inquiétant, on pourrait la croire insensible. La vérité résidait dans le fait que Saki vivait perpétuellement dans un épais brouillard, elle ne réfléchissait qu'aux choses de moindre importance, sans se préoccuper de questionnements plus cruciaux, sur le sens de sa vie dans la société aseptisée de la République de Grande Asie, par exemple. Mais comment aurait-elle pu y réfléchir, elle qui, dès la naissance, avait eu les yeux bandés, le cerveau bridé, ses capacités piétinées? Elle ne parvenait pas à se poser les bonnes questions. Lorsque son cerveau entamait une réflexion un peu trop poussée, il se perdait en conjectures inutiles et finissait par dérailler dans un délire sans queue ni tête qui se voulait d'une logique implacable. C'est pourquoi Saki restait dans le néant rassurant de l'ignorance, le crâne bourré d'idioties sans importance, sans connaître ni joie, ni tristesse.

Soudain, un bruit lointain retentit. Les étranges oiseaux s'évaporèrent et Saki dut se rendre à l'évidence : il se passait quelque chose dans le monde réel. Elle s'arracha à la contemplation béate de la pelouse émeraude pour jeter un coup d'œil prudent dans la salle de classe. Tous ses camardes étaient debout, au garde-à-vous. Saki poussa un grognement à l'idée de devoir se lever. Heureusement pour elle, son cerveau mit tant de temps à assimiler l'information que déjà, tous les élèves de la 3E s'étaient rassis, dans un raclement de chaises assourdissant. Sur l'estrade se dressait le professeur principal, M. Watabane, d'une normalité effarante. Tout chez lui était moyen, c'en devenait désespérant : de taille moyenne, pas très musclé, les cheveux coupés courts et un costume bleu tout ce qu'il y a de plus normal. Un professeur comme les autres. Stupide, formaté par l'État, sans même qu'il en ait conscience, bien sûr. Il se croyait libre dans ce merveilleux pays, comme tout le monde. Il posa sa serviette sur le bureau, comme à son habitude, puis fit face à la classe. Il entama un discours qui avait l'air passionnant et plutôt étonnant car Saki sentait du mouvement autour d'elle, et apercevait les mines réjouies de ses camarades. Avec un soupir, elle se résigna à écouter, phénomène qui se produisait plutôt rarement :

"... nous prendrons l'autocar lundi vers 6h du matin, et nous y passerons trois jours au total. Kyoto est une ville incroyable, je suis sûr que vous apprécierez le voyage."

Un voyage? En dehors de Kobe? C'était à peine si Saki avait déjà quitté le district VI de Kobe et si elle savait placer Kyoto sur une carte. D'ailleurs, elle n'était même pas sûre d'avoir déjà vu une carte du pays en entier. Elle frissonna. Un curieux mélange d'embryon d'émotions afflua à la surface de son esprit, entre la joie et la peur, l'excitation et la flemme.

"Et je serai évident du voyage, en tant que professeur principal, cela va de soi, poursuivit M.Watabane, j'espère que vous mesurez bien la chance que vous avez, un voyage offert par notre gouvernement bienfaiteur, loué soit son éminence le Reichsführer, notre sauveur à tous. De plus, seule votre classe a été sélectionnée, toutes les autres n'auront pas le privilège de participer à ce voyage, vous rendez-vous compte !"

Cet argument suffit à convaincre Saki. Elle participerait à ce voyage, et avec enthousiasme -même si ce qu'elle qualifiait d'enthousiasme ne se résumait qu'à se montrer moins absente que d'habitude, ce qui constituait quand même un grand changement. M.Watabane leur donna tous les détails du voyage, voyant en cette occasion la consécration de toute une carrière. Il se mit à jubiler avec ses élèves, qui, trop émoustillés par la perspective de quitter la ville pour la première fois, qui plus est en toute légalité et entre amis, ne purent travailler de toute l'après-midi.

[Fanfiction] Battle RoyaleStories to obsess over. Discover now