Chapitre I

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Le garçon leva le pied du sol. L'asphalte brulant collait à sa chaussure. D'un coup sec, il l'arracha de l'océan de bitume noir, pour la reposer avec dépit quelques centimètres plus loin. Deux heures qu'ils crevaient de chaud, à attendre comme des imbéciles devant le 4557, Magnolia Road, lotissement Pleasant Hill. Et si le quartier était effectivement agréable comme son nom l'indiquait, l'attente sur le goudron n'en semblait pas moins longue. Les deux derniers jours avaient été presque caniculaires pour l'Iowa, et la ville de Des Moines n'en faisait pas exception. Plutôt rare pour un mois de juin.

— Il est dix-sept heures. J'imagine qu'elle ne va pas tarder.
Le garçon porta son attention sur l'un de ces deux coéquipiers, en réalité une co-équipière. Elle venait de jeter un coup d'œil à sa montre. Il trouva l'objet particulièrement laid, avec ses faux diamants incrustés autour du cadran. Voir ses supérieurs accoutrés de la sorte l'amusait beaucoup. La femme portait un crop-top rose fluo et un mini short en jean. Quant à l'autre chef, un homme, sa tenue était bien moins voyante : un bermuda et un tee-shirt gris qui lui moulait les abdos. Rien de très original, mais pourtant dépaysant. Il n'avait pas l'habitude de voir ses chefs habillés comme des gens normaux. Pour la bonne raison que ceux-ci n'avaient rien de normaux.

— La voilà, informa l'homme.
Les yeux du garçon se portèrent sur l'allée d'en face. Ebloui par le soleil, il réussit tout de même à discerner la silhouette qui s'approchait. Alors c'était elle. La fille.
— Faites comme si nous discutions, ordonna l'homme.
— On dit quoi ? demanda le garçon.
— Rien, on fait juste semblant, expliqua la femme.
Le garçon fronça les sourcils. Discuter sans rien dire, c'était assez difficile.
— Elle s'approche, ajouta la femme. Ayez l'air naturels.
Alors que le garçon se concentrait du mieux qu'il pouvait pour afficher une expression faciale naturelle, une voix l'arrêta :
— Bonjour.

Lui et ses deux compagnons se tournèrent vers la fille. A quelques mètres d'eux, elle leur souriait poliment. Jolie, elle avait de longs cheveux châtains et des yeux gris. Le garçon trouva qu'elle ressemblait à n'importe quelle fille âgée de quinze ans et trois-cent-soixante-quatre jours. A l'exception de la cicatrice. Même à plusieurs mètres, elle lui avait sauté aux yeux.
— Bonjour, s'empressa de dire la femme.
Le garçon se contenta d'hocher la tête pour la saluer. Lancer un bonjour jovial était au-dessus de ses forces. Il se sentait affreusement malhonnête à faire cela. Mal à l'aise, il la regarda gagner l'allée de sa maison, et pousser la porte, cartable sur le dos. Elle venait d'achever son dernier jour d'école. Et elle n'en savait rien.
— C'est bien elle, dit la femme dès que la porte fut fermée.
— Oui, elle a la cicatrice.
— On a sept heures de libre. Burger, ça vous dit ?
Le garçon hocha la tête. Après tout, pourquoi pas. Manger un burger avec deux gradés ferait une bonne anecdote à raconter à ses amis.

Minuit pile. La luminosité avait baissé. La température aussi. Les trois compagnons venaient d'abandonner leurs vêtements civils. A présent, le garçon reconnaissait parfaitement ses deux chefs, vêtus de cuir noir. Lui aussi avait eu le droit de l'arborer. C'était exceptionnel. Les Aspirants ne portaient d'habitude que des chemises blanches. Pas assez discrètes pour un soir pareil.
Le garçon savait parfaitement ce qu'il devait faire. Silencieusement, il récita le scénario précis constitué de gestes, de mouvements et d'actions : suivre les autres à travers le jardin, entrer par la fenêtre entrouverte qui donnait sur la salle de bain, gagner par le couloir la chambre de la fille, trouver son lit, lui plaquer le chloroforme sur le nez. Puis le retour : sortir de la chambre, longer le couloir, arriver dans la salle de bain et sortir par la même fenêtre.
Simple. Facile. Pourtant, il serrait les dents. L'adrénaline était en train de prendre le contrôle de tout son être. Elle augmentait sa puissance cardiaque et artérielle, dilatait ses bronches et ses pupilles. L'adrénaline, hormone du stress sécrétée par les glandes surrénales. Le garçon aimait la science. Mais il détestait être son cobaye.

Les Veilleurs d'Aprilis. Tome 1 Historias para obsesionarse. Descúbrelo ahora