Toutes choses ont un début et une fin. Comme tout être humain, d'ailleurs.
Sauf que moi, je ne sais même plus où j'en suis dans cette foutue vie.
Mais ce qui est indéniable, c'est que Dieu a décidé de me prendre pour exemple. Me punir pour chaque mauvaise décision. Me faire passer obstacle après obstacle, avec à peine le temps de reprendre mon souffle entre deux épreuves.
Du moment où je survis à l'une, je dois déjà me préparer à affronter la suivante.
Et pourtant, me voilà encore debout.
Ce vendredi du mois d'avril, sous un soleil capricieux qui me mordait le crâne avec un malin plaisir, j'étais assise dans un bus à destination d'un pays que je ne connaissais presque pas.
La Côte d'Ivoire.
Je partais à la recherche d'une vie que j'avais, sans doute, imaginée dans un rêve.
Un rêve étrange.
Tellement étrange que, même plusieurs jours après m'être réveillée d'une fièvre estimée à quarante degrés, certains détails continuaient de me hanter.
Je ne savais pas pourquoi j'avais vu ces choses.
Je ne savais pas ce qu'elles signifiaient.
Et surtout, je ne savais pas pourquoi une partie de moi était persuadée que je devais partir.
Alors oui...
Est-ce que j'allais le regretter ?
Peut-être.
Est-ce que je referais la même chose si on me donnait la possibilité de revenir en arrière ?
Sûrement.
Après tout, on ne vit qu'une seule fois.
Et qui ne tente rien n'a rien.
Voilà.
— Tu vas rater le bus, Valérie... Est-ce que tu as ton ticket ? chuchota ma mère en se dirigeant vers moi.
Je tournai la tête vers elle.
— Oui, dada.
Elle hocha simplement la tête.
— Bien.
Elle me détailla rapidement du regard, de la tête aux pieds, comme si elle cherchait quelque chose qu'elle seule pouvait voir avant de reprendre :
— J'ai reçu un message ce matin de ton bailleur. Tes affaires ont bien été réceptionnées et mises dans ton appartement. Tu pourras les ranger comme bon te semble à ton arrivée.
Je soufflai doucement avant de réajuster la sangle de mon sac.
— OK.
Un simple mot.
Parce que je savais que si je commençais à parler, j'allais probablement finir par pleurer.
Et ma mère le savait aussi.
— Maman...
Elle me lança un regard qui voulait clairement dire : pas maintenant.
— Ce n'est pas le moment pour les émotions. N'oublie pas ce qu'on s'est dit. T'as pas intérêt à tout foutre en l'air au premier coup.
Je souris faiblement.
— Je ne te décevrai pas, la mater.
Elle arqua un sourcil.
— Je préfère l'action.
Je laissai échapper un petit rire.
— Bref... j'y vais.
Cette fois, elle ne répondit rien.
Elle se contenta de se rapprocher de moi et de m'offrir une dernière accolade, aussi brève que les précédentes. Ma mère n'avait jamais été très démonstrative.
Elle préférait les actes aux grands discours.
— Bon voyage.
Elle fit un signe de croix avant d'ajouter :
— N'oublie pas de prier durant le trajet, hein. Et appelle-moi dès que tu poses un pied en Côte d'Ivoire.
— D'accord, mom.
J'ajustai une dernière fois mon sac sur mon épaule avant de rejoindre le bus qui s'apprêtait déjà à partir.
Après un petit contrôle des papiers, je pus enfin rejoindre mon siège.
Ma mère se tenait encore sur le quai.
Je fourrai mes AirPods dans mes oreilles et appuyai ma tête contre la vitre.
Le moteur démarra.
Le bus se mit lentement en mouvement.
Je regardai ma mère à travers la vitre. Elle me fit un dernier signe de la main, accompagné d'un nouveau signe de croix.
Puis elle resta là.
Immobile.
À me regarder m'éloigner.
Son expression était indéchiffrable.
Je ne compris pas pourquoi elle me regardait comme ça.
À cet instant, je pensais simplement à ma nouvelle vie.
Trouver un boulot.
Gagner mon propre argent.
Économiser.
Aider ma famille.
Me construire quelque chose.
Vivre ma best life.
Single for life.
Djaaaaa...
J'avais même déjà prévu comment j'allais profiter de cette nouvelle liberté.
Si seulement j'avais su.
Si seulement j'avais compris que ce rêve n'était pas simplement un rêve.
Si seulement j'avais su que ce départ allait bouleverser absolument tout ce que je croyais connaître de ma vie.
Je pensais partir en Côte d'Ivoire pour commencer une nouvelle vie.
En réalité...
Je venais de mettre les pieds dans celle que le destin avait préparée pour moi.
Et pour une fois...
J'allais devenir spectatrice de ma propre vie.
YOU ARE READING
No filter
Non-FictionSa mère lui disait toujours : " tu devrais fermer ta gueule de temps en temps Maëva,ce serait réellement l'une des plus grande faveur que tu rendrais à ta vie".Et elle aurait mieux fait fait de l'écouter..ou pas..
