Chapitre 1 : Nouvelle place

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  À l'inverse de beaucoup d'adolescents, le jour de la rentrée était pour moi ce que je préférais.
  Mais ça, c'était avant.
  Je n'avais pas hâte de retrouver tous ces gosses de riches prétentieux, arrogants et grossiers.
  Et encore moins Asher Wayne.
  Il était considéré comme le roi du lycée, lui et ses malinois.
  Je les détestais.
  Ils se prenaient tous pour je ne sais pas qui. Moi je les évitais, pas par peur, mais pour ma tranquillité.
  Pourtant, Asher me connaissait bien, et cela depuis le collège.
  J'étais entrée dans sa ligne de mire sans savoir comment ni pourquoi. Nous n'étions pas dans la même classe, seulement dans le même collège.
  Ma tête ne lui revenait sûrement pas, ou juste parce que je n'étais pas du même statut social que lui.
  Ou tout simplement parce que j'étais la seule à lui tenir tête.
Inutile de dire qu'en tant que mec populaire, toutes les filles voulaient sortir avec lui. Et maintenant que nous étions au lycée, c'était encore pire.
  Le cliché du bad boy par excellence quoi.
  Bref, tout ça pour dire que je n'étais pas enchantée de le revoir.

  — Moon, ma chérie tu es prête ?
  — Oui.

  Ça me peinait de laisser Rosy, mon petit cochon nain.
  Elle était toute ma vie.
  Maman et moi avions beaucoup d'animaux, tous provenaient de refuges. Beaucoup ont été abandonnés, d'autres maltraités. Et la dernière en date était Rosy. Elle se laissait enfin faire, enfin par moi, ma mère c'était encore compliqué. Je sentais qu'elle me donnait chaque jour un peu plus sa confiance. Et j'avais peur de la laisser seule.
  Je me mis accroupie et je caressais Rosy. Une larme s'échappa de mon œil. Je n'aimais pas pleurer, je l'avais trop fait. Mais les animaux étaient mon point faible. Je les préférais aux humains.

  — Aller Rosy, je vais devoir te laisser mais je te promets de revenir d'accord ? Tu vas rester avec Plume et Bongo.

  Faisant du bénévolat dans un refuge, j'ai vu défiler des fils de pute abandonnant leurs animaux pour aller en vacances ou juste parce qu'ils n'en voulaient plus. À chaque fois, je me retenais pour ne pas commettre un crime. À croire que les animaux sont des objets sans cœur qu'on peut acheter puis laisser.
  J'ai toujours pris les animaux blessés ou vieux, car ils n'étaient pratiquement jamais pris.
  Je hais la race humaine.
  Rosy ne voulait pas me laisser, elle me collait et commençait à couiner. Ça me brisait le cœur, avec eux je ne pouvais pas faire semblant, leur souffrance était la mienne. Je pouvais être froide mais avec ces petites bêtes ? Impossible.

  — S'il te plaît Rosy... je dois y aller.

  Rosy savait que j'allais m'en aller et elle se mit à courir partout, à revenir vers moi.
 
  — Je sais que ça te fait de la peine Moon, moi aussi, mais tu dois aller en cours et moi je dois aller travailler aussi.

  Je ne savais pas comment ma mère réussissait à faire la part des choses. Elle était dotée d'une force incroyable.
  Elle était vétérinaire et avait son propre cabinet. Elle avait vu des animaux blessés, mourir, et elle ne se laissait jamais submerger par ses émotions. Elle mettait de côté l'être humain et laissait place à la professionnelle.
  Moi j'en étais incapable.

  — Je sais mais...
  — Elle n'est pas seule. Il faut qu'elle s'habitue à être sans toi.

  Je lui avais acheté un sac, et je la mettais dedans pour l'emmener partout. Quand on m'interdisait de rentrer avec elle quelque part, je n'y allais pas. Et voilà le résultat, elle ne voulait pas être sans moi.
  Je me sentais coupable, mais surtout, je ne pouvais pas être tranquille en sachant qu'elle serait triste sans moi.
  Alors une idée risquée me traversa l'esprit.

  — Euh, il me reste un peu de temps et je crois que j'ai envie d'aller aux toilettes.
  — Tu en as pour longtemps ? Je veux dire sinon je ne pourrais pas t'accompagner.
  — Maman ça va aller. C'est à quinze minutes à pied, je pense que je vais m'en sortir.

  Ma mère avait peur, et je savais pourquoi, mais je ne voulais pas entrer dans cette spirale. Je voulais continuer à vivre normalement même si à mes jeux plus rien n'étaient et ne seraient comme avant.

  — Très bien, préviens-moi quand tu es arrivée.
  — Oui.

  Ma mère m'embrassera le front et s'en alla. J'attendis de la voir démarrer la voiture avant de me précipiter dans la chambre et prendre mon sac.
  Rosy avec ses petites pattes m'avait suivie.

  — Aller Rosy, dans le sac.

  Rosy savait à quoi servait ce sac, alors elle se mit toute seule dedans. Elle semblait contente et soulagée de savoir qu'elle allait venir.
  Je savais que c'était risquée, mais la savoir couiner parce que je n'étais pas là, c'était la pire des tortures pour moi. Je ne supportais pas de l'imaginer malheureuse, à me chercher et attendre mon retour.
  Je lui fis un petit bisou avant de fermer le sac.

  — S'il te plaît sois sage...

  Je vérifiais une dernière fois que les autres animaux dehors et à l'intérieur ne manquaient de rien, puis je fis un bisou à Plume et Bongo avant de m'en aller.

~

  J'arrivai au lycée en vélo que j'ai cadenassé sur un poteau.
  Je vérifiais que Rosy allait bien dans le petit panier.
  Elle était sage.
  Je m'étais arrêtée en chemin pour lui donner de l'eau. Je n'aimais pas qu'elle soit enfermée mais je n'avais pas le choix, au moins, je pouvais être près d'elle.
  Je franchissais les grilles du lycée Hawthorne, pas enchantée, mais déterminée.
  À peine dans l'enceinte du bahut, que c'était l'heure d'aller en cours. Heureusement que j'avais vérifié en ligne dans quelle classe j'étais.
  La salle sentait la craie et le café. Je balayais la salle du regard et vis une place au dernier rang près de la fenêtre, loin de tout le monde, assez loin pour être oubliée.
  Enfin c'est ce que j'espérais.
  Je posais Rosy sur la chaise de libre, quand je vis une silhouette juste en face.
  Je levai les yeux et là, je le vis.
  Asher.
 
  — Tu enlèves ton sac ? Je veux m'installer.

  J'étais abasourdie.
  Asher Wayne était dans ma classe.
  Être coincée une année avec ce crétin prétentieux et arrogant... ça devait être ça l'enfer. 
  Il me regardait avec un sourire en coin et satisfait. Il savait mon opinion sur lui.
  Cependant, il y avait un problème plus important pour moi.
  Rosy.

  — Il y a d'autres places qui sont libres.
  — Et ? Je veux celle-ci. Bouge ton sac ou je le bouge.

  Il ne fallait pas qu'il balance mon sac ou alors j'aurais pris mon compas dans la trousse et je lui aurais crevé ses deux yeux.
  Je mis Rosy, qui était dans le sac, sur moi. Je cherchais une autre place mais en un clin d'œil, toutes les places étaient déjà prises.
  Fais chier.

  — On dirait que tu es prise au piège, Luna.

Croissant de LuneStories to obsess over. Discover now