Épisode 1 - L'orage

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Je veux dédier cette nouvelle aux parents et aux enfants

qui jouent aux jeux vidéos.

Je la dédie aussi aux proches qui tolèrent notre passion.


J'aurais pu tout aussi bien louer un chalet à la montagne. Rien d'excessif. Une salle bien chauffée, de quoi manger pour trois, quatre jours. Le reste aurait suivi : des paysages de cartes postales juste de l'autre côté de la fenêtre. Petite balade dans la nature la journée, bataille de boules de neige et soirée à contempler les étoiles, avant de se réchauffer devant la cheminée... mais voilà, j'ai rien organisé. J'ai fait ce que je faisais de mieux : procrastiner jusqu'aux limites du possible. Résultat, je me retrouvais avec la gamine dans mon appart miteux aux portes de Noël avec un demi pain précuit au frigo et une boîte de sardines. Et elle aimait pas les sardines.

Dehors, la pluie était tellement fine qu'elle formait des troupeaux de brume qui bondissaient de toit en toit. Quelques piétons couraient dans la rue sans y croire. En les regardant, des frissons parcouraient mon corps et je relevai mon col roulé. La gamine dormait encore. J'avais presque réussi à faire des crêpes sans grumeau, qu'elle allait apprécier avec son traditionnel chocolat chaud. J'étais sûr de mon coup. Sa mère était encore pire cuisinière que moi, même si elle savait enrichir les traiteurs. Quant à moi, je n'étais pas certain d'avoir assez pour récupérer ma caisse à la fourrière. Elle n'avait vraiment pas de chance avec ses parents, la gamine. Mais au moins, elle aurait des crêpes et des jeux vidéos, deux valeurs sûres de chez son vieux. Sa mère n'était pas fan des jeux, c'était partiellement pour ça qu'elle était partie. Je ne la blâmais pas. Entre mes sessions interminables d'écriture, pendant lesquelles je ne sortais plus rien de bon, je trompais mon manque de talent en jouant jusqu'à pas d'heure. J'avais fini par épuiser ses réserves de patience. Bizarrement, la gamine ne m'en voulait pas pour ça. Comme on se retrouvait fréquemment à jouer ensemble en ligne, pour elle je n'avais pas été totalement absent. Enfin... sauf ces derniers mois pendant lesquels je n'avais pas pu renouveler l'abonnement de notre mmorpg préféré. Elle était un peu jeune pour être livrée à elle-même et aux autres, alors j'étais toujours présent durant l'intégralité de ses connexions aux jeux. Elle allait donc sauter de joie quand elle découvrirait son cadeau de Noël, qu'elle aurait en avance pour nous permettre de jouer avant que sa mère vienne la récupérer le 25.

La radio, avec son antenne cassée, émettait ses stupides éphémérides astrologiques... que j'écoutais tout aussi stupidement, comme si la force d'une superstition ancestrale m'obligeait à y prêter une oreille attentive.

" Amis Verseau vous avez le vent en poupe ce dimanche, profitez-en pour promouvoir vos initiatives et briller en société ! "

À ce moment les ondes crachèrent et je faillis ne pas entendre mon horoscope, alors que je m'étais tapé à écouter tous les signes d'avant ! C'était vraiment injuste. Je tordis l'antenne et la voix de l'animatrice revint, même si elle grinçait comme celle d'une vieille sorcière :

" ...dernier signe du zodiaque. Ne ratez pas le solstice ou il ne vous ratera pas. Cherchez le guide et suivez-le bien. Ne ratez pas le solstice ! "

La voix cria presque sa dernière injonction. Je n'arrivai pas à trouver ça comique et je fronçai carrément les sourcils. C'était sinistre. Qu'est-ce qu'elle avait cette folle avec le solstice d'hiver ? Je jetai un regard furtif à l'horloge murale. Dix heures. Je songeai à aller réveiller la gamine, qui finirait par se changer en marmotte si je la laissais déployer tout son potentiel.

En fin de compte, je n'eus pas besoin de me déplacer jusqu'à sa chambre. La petite avait hérité de l'instinct paternel. Au plus profond d'elle-même, elle sentait l'imminence d'un cadeau. Elle fit comme si c'était un petit déjeuner lambda, si ce n'était l'étincelle couvant dans ses yeux à son insu. Je lui dis " salut la gamine " comme d'habitude. Est-ce qu'elle avait bien dormi ? Elle me répondit les paroles rituelles. " Salut le vieux, oui j'ai bien dormi. Et toi ? " Avec un sourire suspect à peine dissimulé. Je rigolai car j'étais content de partager cette formule traditionnelle, dont elle réservait scrupuleusement l'exclusivité pour nos réunions, à elle et moi. Nous prîmes le petit déjeuner exactement comme à chaque fois. La radio continuait en sourdine pendant qu'on mangeait les crêpes en regardant, à moitié hypnotisés, les zappings qui enchaînaient des gags et des chutes sans fin. De temps à autre, mon regard était attiré par la couleur du ciel qui s'assombrissait franchement, comme s'il allait neiger.

La dernière partieHistorias para obsesionarse. Descúbrelo ahora