17 FÉVRIER — 22 H 14
ABERDEEN, WASHINGTON
Graham Vale avait garé la berline face à la sortie du parking.
Depuis la troisième table du restaurant, Duško voyait le capot, le pare-brise et la portière conducteur. Les phares étaient éteints. Le moteur tournait encore, perceptible dans la vibration de l'eau sur le toit. La buée progressait sur les vitres et effaçait lentement l'intérieur de l'habitacle.
Deux minutes et neuf secondes.
Graham regarda dans le rétroviseur central, puis dans celui de gauche. Sa main atteignit la poignée avant de revenir sur le volant. Il vérifia les deux rétroviseurs une seconde fois.
Duško rapprocha son verre d'eau. Le dessous avait laissé une marque circulaire sur la table. Il replaça le verre exactement dessus.
Le Coastal Grill occupait le rez-de-chaussée d'un bâtiment bas, pris entre une entreprise de remorquage et un terrain où plusieurs caravanes se dégradaient derrière un grillage. Son nom n'apparaissait que sur les menus plastifiés. À l'extérieur, une enseigne blanche indiquait EAT, le C ayant cessé de fonctionner avant la dernière visite de Duško.
Une caméra couvrait la porte et les premières places du parking. Une seconde enregistrait le comptoir. Le boîtier fixé au-dessus du couloir des toilettes ne contenait plus rien depuis au moins six mois. Le propriétaire l'avait conservé pour décourager les vols.
Le changement d'équipe avait lieu à minuit. La serveuse présente depuis dix-huit heures retenait les commandes et oubliait les visages. Elle avait apporté à Duško un café qu'il n'avait pas demandé, puis cessé de le regarder.
Graham coupa enfin le moteur. Il sortit avec une enveloppe maintenue sous sa veste. Ses baskets blanches contournèrent une flaque près de la portière. Il marcha jusqu'à l'entrée sans jeter un regard vers la route.
22 h 17.
La clochette au-dessus de la porte tinta. Graham s'immobilisa juste assez longtemps pour examiner la salle. Deux hommes au comptoir, un couple près de la vitre, trois ouvriers autour d'une table ronde et Duško, seul contre le mur.
Il le reconnut immédiatement.
Il avait reçu une description ou une photographie. L'intermédiaire auquel il faisait référence n'avait fourni aucune image avec l'adresse de contact. Graham en possédait une autre.
Il rejoignit la table, retira sa veste et la suspendit au dossier de la chaise. L'enveloppe resta coincée sous son bras jusqu'à ce qu'il soit assis.
« Monsieur Vasić. »
Le s de Vasić devint un z. Duško ne le corrigea pas.
« Graham. »
Il ne lui tendit pas la main. Graham non plus.
La serveuse arriva avec sa cafetière. Graham commanda un café noir. Elle remplit une tasse, posa deux capsules de lait à côté de la soucoupe et repartit. Graham aligna les capsules avant de les repousser vers le bord.
Une bande de peau plus claire entourait son annulaire gauche. L'alliance avait été retirée depuis moins de deux semaines. Les bords de la marque restaient nets.
« Merci d'avoir accepté de me rencontrer. »
Duško attendit.
Graham posa l'enveloppe entre eux.
« On m'a dit que vous ne preniez pas tous les dossiers. »
« Qui ? »
Le regard de Graham descendit vers l'enveloppe.
VOUS LISEZ
DOSSIER 49
RomancePendant dix ans, Duško Vasić a fait disparaître des gens. Puis il a rencontré la seule personne qu'il était incapable d'effacer. Ce livre n'est pas un roman. C'est le carnet de travail d'un homme qui n'aurait jamais dû exister. Jusqu'au Dossier 49...
