Je suis née dans le bruit des prières mêlées.
Le muezzin appelait à la foi pendant que les cloches des églises sonnaient la même heure. À Yaoundé, les voix de Dieu se croisaient sans jamais se saluer. C'était une ville de collines et de contradictions : les mosquées s'élevaient près des marchés, les églises dominaient les carrefours, et entre les deux, nous, les enfants, apprenions à marcher sur une ligne invisible.
Je venais du Mali, mais c'est ici que j'ai appris à respirer. Ma mère disait que le Cameroun était une terre d'accueil, mais parfois, l'accueil avait le goût du soupçon. Dans la cour de notre maison, les voisins chrétiens nous observaient avec curiosité ; leurs enfants jouaient avec nous, mais leurs parents nous évitaient. Je ne comprenais pas encore pourquoi.
À l'école, les différences se faisaient plus nettes. Les filles chrétiennes portaient des croix autour du cou, les musulmanes des foulards discrets. Les maîtres nous parlaient de tolérance, mais les mots perdaient leur force dès que la cloche sonnait la fin des cours. Dans les ruelles, les regards redevenaient méfiants.Je me souviens d'un jour de pluie. L'eau tombait sur les toits de tôle comme une prière désespérée. Je marchais seule, mon voile collé à ma peau, quand j'ai entendu une voix derrière moi : - Tu vas glisser, fais attention.
Je me suis retournée. Il était là. Malik. Un sourire tranquille, des yeux qui semblaient lire au‑delà des apparences. Il m'a tendu la main sans hésiter, et j'ai senti, dans ce geste simple, quelque chose que je n'avais jamais connu : la confiance.
Ce jour‑là, Yaoundé m'a paru différente. Les collines semblaient moins lourdes, les nuages moins menaçants. Pourtant, je savais que ce sourire allait bouleverser ma vie. Dans une ville où les religions se regardaient comme des ennemies, aimer Malik serait un défi. Mais au fond de moi, une voix murmurait : Et si l'amour était une autre forme de prière ?
Les jours suivants, je le croisais souvent. Par hasard, disait‑il. Mais le hasard a parfois la précision d'un destin. Nous parlions de tout : de nos familles, de nos rêves, de cette ville qui nous enfermait dans des cases. Il riait de mes silences, moi de ses certitudes. Et chaque fois que nos regards se croisaient, j'avais l'impression que les frontières s'effaçaient.
Pourtant, la ville ne pardonne pas les amours qui défient ses lois. Les murmures ont commencé. Les voisines ont chuchoté à ma mère : Ta fille parle à un chrétien. Les hommes du quartier ont baissé les yeux quand je passais. Et mon père, un soir, m'a dit d'une voix calme mais tranchante :
- Amina, n'oublie jamais d'où tu viens.
Je n'ai rien répondu. Parce que je savais déjà que je venais d'un lieu que personne ne pouvait nommer : celui où les cœurs se reconnaissent avant les croyances.Et c'est là, dans les ombres de Yaoundé, que mon histoire a commencé.
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AMINA
Non-FictionAMINA est un roman d'amour et de résilience raconté par une jeune femme musulmane malienne ayant grandi au Cameroun. À travers sa voix, on découvre une passion interdite entre elle et Malik, un chrétien camerounais, qui défient les barrières religie...
