Chapitre 1 : L'invitation

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Louna

La lumière de la fin d'après-midi traverse les grandes fenêtres de mon loft et projette des ombres géométriques sur les briques rouges du Distillery District. Je suis concentrée sur l'alignement de mes objectifs photo quand mon téléphone se met à vibrer sur la table. Le nom d'Ava s'affiche, suivi d'un message :

« Louna ! On a gagné le concours Instagram ! On va à La Casa Marcone ce soir, j'ai les pass VIP ! »

Je n'ai même pas le temps de répondre que des coups violents retentissent à ma porte d'entrée. Le bruit est si fort que je sursaute, le cœur battant. Je m'avance à pas de loup pour ne pas faire de bruit, ignorant totalement qui peut se trouver derrière la porte. Je regarde dans l'œilleton et je sens un immense soulagement m'envahir. À travers le petit verre, je découvre une folle en train de sautiller comme une gamine : Ava.

J'ouvre la porte et elle me saute immédiatement au cou, sans s'arrêter de rebondir.

— Tu as eu mon message ? s'exclame-t-elle, surexcitée.

— Oui, Ava, à l'instant, soupiré-je sur un ton désespéré mais amusé. Pourquoi me l'avoir écrit si tu étais déjà sur mon palier ?

C'est du Ava tout craché. Elle est toujours si joueuse, amusée par un rien.

— Ça fait double surprise ! s'enthousiasme-t-elle avant de se rembrunir. Mais... tu n'as pas l'air enchantée par la nouvelle ?

— Oh, Ava... Tu sais très bien que ces endroits au luxe arrogant ne m'intéressent pas.

Je la vois se décomposer devant moi, comme si je venais de lui annoncer la pire catastrophe du monde.

— Tu es sérieuse, Louna ? La Casa Marcone, c'est l'endroit le plus réputé de tout Toronto ! Tu ne peux pas faire ta rabat-joie, pas cette fois. C'est impossible, tu viens avec moi et tu n'as pas le choix !

Son ton redevient soudainement enjoué.

— Et en plus, c'est blindé d'hommes riches !

Je la regarde en soufflant bruyamment, lui montrant par ce simple geste que je n'ai aucune envie de sortir, ni de danser, et encore moins d'être entourée de tous ces pauvres cons de riches. Je préfère de loin nos petits bars habituels du Distillery District. Ce n'est pas aussi branché, et il y a souvent des bagarres, mais j'aime infiniment mieux être entourée de personnes naturelles que de gens richissimes.

Seulement, Ava en rêve depuis des mois, voire des années. Elle est persuadée qu'elle y trouvera son futur mari millionnaire. Nous avons rigolé de ça des dizaines de fois. Ava a sa propre vision de la vie. Elle travaille dans une petite boutique de luxe, elle ne côtoie donc que des clientes et des clients richissimes, et son rêve le plus cher est d'en faire partie.

C'est tout le contraire pour moi. Je me contente largement de mon métier de photographe. Je voyage beaucoup, j'aime capturer les plus jolis paysages du monde, puis je revends mes clichés. Je fais également de la photo événementielle. Tout cela me rapporte assez pour avoir le rythme de vie que j'attends : un toit au-dessus de la tête et de quoi manger dans mon frigo. Cela me suffit amplement. Ah oui, et il y a ma copine givrée, indispensable pour me sortir de mon trou à rats. Devant les yeux brillants d'Ava, je me vois donc dans l'obligation d'accepter. Après tout le temps qu'elle a attendu pour ces fameuses places...

Je fixe ses jolis yeux bruns avec malice.

— Ok Ava. Mais promets-moi qu'on ne rentre pas tard, je travaille demain.

Elle se remet à sauter dans tous les sens, tellement heureuse qu'elle m'arrache un rire.

— Promis ! Et toi, promets-moi de ne pas faire ta chieuse. On n'est pas dans nos rades habituels, tu ne peux pas recaler tout le monde.

Si elle croit que je vais me gêner, elle peut rêver, pensé-je. Mais je vais évidemment lui faire croire le contraire, sinon elle va me bassiner les oreilles pendant tous les préparatifs.

— Ok, ok, capitulé-je. Allez, viens, on va se préparer.

Un doute m'assaille soudain, et j'hésite un instant avant de demander :

— On s'habille comment dans ce genre de club ?

Ava me jette un regard en biais qui me déplaît fortement. Je déteste quand elle me regarde comme ça ; c'est toujours annonciateur de mauvaises nouvelles.

— Viens, suis-moi, ordonne-t-elle. On va chez moi pour se préparer.

Je la suis sans protester. Elle habite à deux pas de mon loft.

Après quelques heures d'une bataille incessante pour refuser tout ce qu'Ava me proposait en matière de vêtements et de chaussures, j'ai fini par craquer. Pourtant, en me regardant dans le miroir, je dois bien avouer que je me trouve joliment sexy. J'ai enfilé une robe nuisette en satin vert émeraude, dotée de fines bretelles et d'un décolleté en bénitier. Elle épouse mes formes sans être trop moulante ni vulgaire. Elle s'arrête juste au-dessus de mes genoux, mettant en valeur mes jambes. Ava a accentué mes boucles naturelles dans mes longs cheveux bruns, et un léger maquillage fait ressortir mes yeux bleus. J'ai finalement cédé pour les escarpins à talons aiguilles qui affinent encore plus ma silhouette.

Quand Ava termine enfin de se préparer, elle est splendide. Elle a choisi, tout comme moi, une robe en satin, mais d'un rouge éclatant, portée avec des talons vertigineux. Elle a laissé ses cheveux noirs lissés. C'est un peu trop maquillé à mon goût, mais comme elle me le répète en boucle, c'est « la chance de sa vie ».

Ses paroles me font littéralement lever les yeux au ciel. Je reste convaincue que ce n'est pas en étant riche que l'on devient heureux, et malgré nos vingt-cinq ans à toutes les deux, nous avons une conception de l'existence radicalement différente. J'ai rencontré Ava il y a maintenant cinq ans, lors d'un cours de danse, et depuis, nous ne nous sommes plus jamais lâchées.

— C'est parti pour la chasse aux hommes blindés ! s'écrie Ava en levant les bras en l'air.

Ce qui me vaut un énième roulement de yeux.

Le club étant à peine à dix minutes de voiture de chez moi, j'aurais pu prendre mon véhicule. Mais sur King Street West, il n'y a aucun endroit où se garer. Nous avons donc commandé un Uber qui nous dépose directement sur place.

C'est parti. Il est minuit et nous venons d'arriver devant La Casa Marcone. L'endroit est vraiment impressionnant, le luxe transpire déjà depuis l'extérieur. C'est un club ultra-huppé, et cela se voit au premier coup d'œil. Un long tapis rouge accueille les clients et remonte tout l'escalier menant à l'entrée. Devant la porte, des poteaux en acier brossé reliés par des cordons en velours noir délimitent le passage.

Il y a déjà une foule immense. Nous nous insérons dans la file d'attente. En attendant notre tour, on observe le ballet incessant de berlines noires qui s'arrêtent juste devant la porte, sur une zone réservée. J'ai la désagréable impression d'être épiée, je ne suis vraiment pas à mon aise. Les filles autour de nous nous regardent de haut, comme si nous étions des fourmis qu'elles meurent d'envie d'écraser. De vraies reine de la jalousie.

Je sens déjà que je vais détester cet endroit. Mais quand je tourne la tête vers Ava et que je vois ses yeux écarquillés d'excitation, pareils à ceux d'une enfant devant ses cadeaux de Noël, je me dis que je lui dois bien ça. Alors, je prends sur moi, j'esquisse un sourire, et je me jure qu'on va s'amuser un peu.

Vito MarconeStories to obsess over. Discover now