Le téléphone sonne à trois heures du matin, et je sais déjà, avant même de décrocher, que ma vie ne sera plus jamais la même.
— Alessia.
La voix de mon père est méconnaissable. Pas de colère, pas de tristesse — juste ce vide sourd qui précède les catastrophes qu'on ne peut plus réparer.
— Papa, qu'est-ce qui se passe ?
— Habille-toi. Viens à la maison. Maintenant.
Il raccroche avant que je puisse poser une seule question. Dehors, Palerme dort encore, mais moi je suis déjà debout, le cœur battant trop vite, en train d'enfiler la première robe que je trouve dans l'obscurité de ma chambre.
Quinze minutes plus tard, je suis dans la cuisine de la maison familiale, celle où j'ai grandi, celle qui sent toujours le café et le basilic frais même à cette heure impossible de la nuit. Ma mère est assise à la table, les mains crispées autour d'une tasse qu'elle ne boit pas. Mon père fait les cent pas devant la fenêtre, comme s'il cherchait quelque chose dehors — une issue, peut-être, ou le courage de parler.
Et puis je vois Nico.
Mon frère est effondré sur une chaise, le visage dans les mains, et quand il relève la tête, je comprends immédiatement que quelque chose d'irréversible s'est produit. Ses yeux sont rouges. Il a l'air d'avoir dix ans de plus qu'hier.
— Nico. Parle-moi.
Il ouvre la bouche, la referme. C'est mon père qui finit par parler à sa place, d'une voix qui tremble malgré lui.
— Ton frère devait de l'argent. Beaucoup d'argent. Il a joué — au poker, dans des cercles clandestins, avec des gens qu'on ne doit jamais approcher.
— Combien ?
Le silence qui suit est pire que n'importe quel chiffre.
— Combien, papa ?
— Deux millions d'euros.
Le mot reste suspendu dans l'air de la cuisine comme une sentence. Je sens mes jambes faiblir, je m'appuie contre le comptoir pour ne pas tomber.
— Deux millions. Nico, comment as-tu pu—
— Je pensais pouvoir me refaire ! crie-t-il soudain, la voix brisée. Je pensais avoir le temps, je—
— Tais-toi, coupe mon père, tranchant. Ce n'est plus le moment des excuses.
Il se tourne vers moi, et dans son regard, je vois quelque chose que je n'ai jamais vu chez mon père : de la peur pure.
— L'argent appartient à Salvatore Moretti.
Je connais ce nom. Tout le monde en Sicile connaît ce nom. On ne le prononce jamais fort, jamais en public — on murmure "Moretti" comme on murmure le nom d'une maladie qu'on espère ne jamais attraper. Le clan Moretti contrôle la moitié des ports de la côte ouest, une partie des vignobles, et à ce qu'on raconte, bien plus de choses qu'on ne saurait nommer sans risquer sa langue.
— Il a donné à Nico trente jours pour rembourser, continue mon père. Le délai expire demain.
— Alors on trouve l'argent. On vend quelque chose, on emprunte, on—
— Alessia. Deux millions d'euros ne se trouvent pas en une nuit.
— Alors qu'est-ce qui va se passer ?
Personne ne répond. Ma mère se met à pleurer en silence, et c'est ce silence, plus que n'importe quel mot, qui me fait enfin comprendre.
— Non, dis-je. Non, papa, dis-moi que ce n'est pas—
BẠN ĐANG ĐỌC
L'alliance du diable
Phi hư cấuMon frère a joué sa vie. C'est moi qui ai payé la mise. La règle de la pègre est simple : quand on ne peut pas payer sa dette, on la règle avec du sang. Alors, quand mon frère a contracté une dette monumentale auprès du parrain de la mafia, ma vie s...
