Je travaille mieux dans le silence.
Pas par caprice de fille incapable de se concentrer dès qu'un voisin éternue trois étages plus bas. C'est une nécessité professionnelle. Le genre qui décide si je finis le mois avec de quoi payer mon loyer ou si je commence à regarder combien se revend un rein sur Internet. J'exagère à peine.
En presque un an ici, tout le monde l'a compris. La vieille du 3C regarde ses jeux télévisés à volume raisonnable. Le couple du 5A a cessé de lancer sa machine à laver à minuit. Même le type au chien persuadé d'être ténor à l'Opéra a trouvé comment le faire taire quand un ascenseur s'ouvre.
Tout le monde respecte à peu près la paix des autres.
Tout le monde sauf l'abruti du 4A.
Je lève les yeux vers le mur, à moins d'un mètre de moi, puis les ramène sur mon écran. Rien pour l'instant. Pas un bruit. Presque suspect. Je ne provoque pas le destin et je replace mon casque sur mes oreilles.
— Bonsoir.
Ma voix descend d'un ton. Plus chaude, plus lente, légèrement voilée. Iris vient de prendre ma place.
Il m'a fallu des semaines pour la trouver. Pas que la mienne soit désagréable, je refuse de vivre avec cette idée, mais il y a un monde entre parler et savoir ce que sa voix déclenche chez l'autre. Au début, j'allais trop vite. Je remplissais les silences comme dans une conversation normale, alors que mes clients ne paient pas pour une conversation normale.
Ils paient aussi pour les silences.
Surtout pour les silences.
À l'autre bout du fil, l'homme inspire brusquement. Un froissement de drap, ou de vêtement, impossible à dire. Sa respiration change tout de suite. Une seconde plus courte. Une autre plus profonde.
Facile.
Je ferme les yeux et je m'appuie contre le mur derrière mon lit, l'ordinateur devant moi. Mon studio est trop petit pour un vrai espace de travail, alors j'ai transformé un coin de la chambre en quelque chose qui ressemble à un bureau si on est généreux sur la définition. Une lampe, un ordinateur, un carnet, deux bouteilles d'eau et une boîte de pastilles pour la gorge. Tout mon équipement professionnel.
Très glamour.
Personne ne raconte ça quand on parle des métiers où « votre voix est votre outil ». On imagine des studios insonorisés, des micros hors de prix, des producteurs qui hochent la tête derrière une vitre. Moi j'ai un mur trop fin, un lit IKEA et un voisin qui traite visiblement son appartement comme l'annexe privée d'un club échangiste.
— Plus lentement, je souffle. Voilà... comme ça.
Un gémissement satisfait me répond.
Je souris malgré moi.
Je sais quand parler. Quand ralentir. Quand laisser trois secondes de silence, et quand en laisser cinq. Je reconnais le moment exact où quelqu'un veut être rassuré, provoqué, ou juste écouté. C'est sans doute la compétence la plus bizarre que j'aie développée, mais c'est elle qui paie mes factures, alors je ne vais pas cracher dessus.
Je m'apprête à reprendre quand un choc sourd résonne dans mon dos.
Je m'immobilise.
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Dirty Notes : La fille du 4B
Romance𝐓𝐚𝐥𝐢𝐲𝐚𝐡 𝐇𝐚𝐥𝐞 𝐚 𝐝𝐞𝐮𝐱 𝐯𝐢𝐞𝐬. 𝐉𝐮𝐥𝐢𝐚𝐧 𝐇𝐚𝐲𝐞𝐬 𝐯𝐚 𝐟𝐢𝐬𝐬𝐮𝐫𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐝𝐞𝐮𝐱. Deux voisins. Deux ennemis. Une porte. Une identité secrète. Taliyah déteste Julian. Julian ne supporte pas Taliyah. Pourtant, chaque nuit...
