Chapitre I : Le Pèlerinage
Le monde ne commence pas par un pas. Il commence par un regard.
Celui de Lyr River était une ancre jetée dans l’horizon. Debout sur le perron de sa demeure familiale, il observait la ville de Fria s’éveiller sous un voile de brume argentée. Fria n’était pas une ville ordinaire ; elle était une déclaration de puissance. Chaque avenue pavée de pierre claire, chaque façade de calcaire immaculé semblait avoir été disposée par la main d’un architecte obsédé par la perfection. Le vent, froid et sec, s’engouffrait dans les artères de la capitale, remontant depuis les plaines de l’Est pour venir se briser contre les hauteurs.
Au centre de ce paysage ordonné, la Ligue Pokémon d’Alric trônait comme une divinité de métal et de verre. Une tour titanesque, si haute que son sommet se perdait dans la couche nuageuse, devenant une abstraction. Elle n’était pas un lieu de passage. Elle n'était pas un défi que l'on lançait à la légère. C’était le point final d’une phrase que peu de gens avaient la force de terminer. Ici, on ne venait pas pour tester ses capacités ; on y venait pour confirmer une évidence : celle de l'élite.
Lyr ne cilla pas. Ses yeux dorés, d’une teinte ambrée rappelant la résine ancienne, absorbaient la lumière crue du matin sans jamais la refléter. Sous son casque rouge, incliné avec une nonchalance calculée, ses longs cheveux verts s’agitaient comme des algues sous-marines.
Dix ans.
C’était le poids qui pesait sur ses épaules, bien plus lourd que son sac en bandoulière. Céline et Célie. Ces deux prénoms étaient des cicatrices invisibles, des échos qui résonnaient dans le vide laissé par une décennie de silence. Dix ans que la maison derrière lui était devenue trop grande, trop calme. Il ferma les yeux, et pendant une seconde, il put presque entendre le rire de Célie ou le ton protecteur de Céline. Mais le vent de Fria balaya ces spectres.
Il baissa la tête, fixant ses mains. Elles ne tremblaient pas. Elles étaient prêtes.
— C’est aujourd'hui, hein…
La voix était comme un frottement de soie sur de la pierre. Lyr tourna la tête à demi. Sekmeth Almaty était là, appuyée contre la barrière de fer forgé qui séparait leurs deux existences. Elle était son miroir et son opposée. Ses cheveux magenta, coupés court, ne craignaient pas le vent. Ses yeux, identiques à ceux de Lyr, possédaient une lucidité froide qui semblait toujours avoir un coup d’avance sur le présent.
— Ouais, répondit Lyr.
Un seul mot. Le strict nécessaire. Entre eux, le langage n'était qu'un accessoire. Leurs silences étaient des conversations entières, tissées par des années d'entraînement commun et de deuils partagés.
— T’as dormi ? demanda-t-elle, ses yeux scrutant les légères cernes sous les paupières de Lyr.
— Non.
— Logique. T’aurais dû essayer, pourtant.
— J’ai essayé, répliqua-t-il avec une pointe de lassitude. J’ai fini par penser.
— Mauvaise idée, conclut Sekmeth avec un léger haussement de sourcils. Penser avant le départ, c’est déjà commencer à reculer.
Elle se détacha de la barrière, la grâce de ses mouvements trahissant une préparation physique rigoureuse. Sur son short, son cube multifonction – l'outil standard des dresseurs d'Alric – luisait discrètement.
— Tu comptes y aller directement après Northerica ? reprit-elle, son regard dérivant vers la tour de la Ligue.
— Non. Je connais les règles de ce jeu.
— Bien. Parce que ceux qui pensent pouvoir tracer une ligne droite dans cette région finissent soit bloqués dans les cols, soit brisés par le premier Gardien venu. Alric n'est pas une région, Lyr. C'est un organisme vivant qui cherche à te rejeter.
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Pokémon Cardinal
FanfictionDans la région d'Alric, connue pour son immense superficie rappelant Pangea, ainsi que pour sa suprême difficultés, Lyr River, 21 ans, aux longs cheveux verts et yeux dorés, débute son voyage en tant que dresseur Pokémon. Ses buts ? Vaincre le Maîtr...
