Enfin arrivées dans notre chambre d'hôtel ! Je déposais mon sac à dos, ou plutôt je le jetais au sol, avant de sauter sur le premier lit double, soupirant les bras écartés :
— Ce sac aura eu ma peau.
La voix de ma mère se fit entendre dans la seconde qui suivit :
— Tu vois, quand je te dis que tu en as trop pris. On n'y reste qu'une semaine, pas un mois.
Son petit ricanement me fit sourire. Je fixais le plafond blanc, laissant mes pensées vagabonder pendant qu'elle commençait déjà à déballer ses affaires. Sur ma gauche, le froissement méthodique de ses vêtements remplissait la pièce d'un bruit rassurant, familier.
Elle avait encore eu raison. Et, comme trop souvent, je ne l'avais pas écoutée. J'étais persuadée qu'à dix-huit ans, elle ne pouvait plus rien comprendre à ma vie. Plus de dix tenues différentes, ma panoplie de maquillage, le fer à lisser, celui à friser, quatre paires de chaussures... comme si tout ça avait été indispensable.
En me repassant toutes mes affaires en mémoire, je me redressais dans un sursaut. Quelque chose serra soudainement ma poitrine et mon ton vrilla dans les aigus :
— J'ai oublié mes tenues thermiques ! Oh non ! Comment je vais faire ?!
Ma mère, dos à moi, la tête plongée dans son petit sac de voyage, jeta par-dessus son épaule mes hauts et mes pantalons souples en question.
Assise sur le lit, mes mains se décollèrent du matelas pour attraper les vêtements gris, et un soupir m'échappa. Je n'eus pas le temps de la remercier qu'elle avait déjà commencé :
— Je t'ai dit et redit toute la semaine de ne rien oublier, de suivre la liste, mais je te connais.
Je bondis du lit et alla la prendre dans mes bras, posant ma joue contre son épaule.
— Merci maman ! T'es la meilleure.
Son odeur si rassurante embauma mes narines, comme si, pour l'instant, cela était encore suffisant. Ce bref instant de silence fut interrompu quand elle reprit calmement son rangement, laissant flotter entre nous ce mélange familier de complicité et de petites tensions, ces habitudes qui marquaient nos vies depuis toujours.
Elle termina son rangement bien avant moi. Je ruminais au-dessus de mon sac, tentant de démêler mon câble de téléphone de celui de ma brosse à dents électrique.
Elle me saisit par le bras et me proposa :
— Laisse ça, tu t'en occuperas plus tard. Viens, on va boire un verre sur la terrasse de l'hôtel, et on grignotera un truc en même temps avant de se lancer tout l'après-midi sur nos skis.
Elle n'attendait pas forcément de réponse de ma part, me traînant déjà presque à l'extérieur. Son offre me semblait bien plus agréable que ce combat contre les nœuds.
Nous nous étions installées sur deux chaises côte à côte, une table basse devant nous, avec une vue dégagée sur le paysage. La nature nous offrait un vrai décor de carte postale. Un ciel bleu azur sans nuage, plus bas la neige blanche scintillait sous les rayons du soleil, jusqu'à nous éblouir même à travers nos lunettes de soleil, les silhouettes au loin des skieurs slalomaient avec plus ou moins d'aisance. Nous profitions de cette beauté naturelle dans un silence presque religieux.
Un serveur s'avança à notre table et nous ramena sur terre en prenant notre commande.
— Une assiette mixte et deux coupes de champagne, s'il vous plaît.
Ma mère eut un sourire amusé en devinant du coin de l'œil la surprise sur mon visage. Elle se justifia d'un ton léger :
— Quoi ? Tu es majeure depuis presque un mois maintenant, on va trinquer !
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La lettre
Short StoryCe séjour devait être une parenthèse parfaite. Les dernières vacances passées ensemble avant l'université. Une station de ski, une terrasse au soleil, une complicité intacte entre ma mère et moi. Et pourtant. Quelque chose s'invite. Un malaise diffu...
