1 - L'entretien

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Les coudes posés sur mon bureau, je fixe le petit voyant rouge du téléphone qui continue de clignoter. Toutes les trois secondes, j'ai compté.

Bon sang, ce n'est pas comme ça que je vais avancer.

C'est un mardi avec un bon goût dégueu de lundi. Je n'ai pas envie. Les stat' d'activité du service, non merci.

Je soupire en essayant d'oublier que ce matin au petit déj', il n'y avait pas Emilie. Et qu'elle ne sera pas là non plus demain, ni le reste de la semaine après ça. Pas de tartine de nutella à faire, pas de verre de lait et de serviette bariolée.

Même pas de "bonne journée Papa".

Je serre les dents sans réaliser. Ça fait déjà un an, j'ai encore l'impression de crever à chaque fois qu'elle s'en va.

Je me redresse et je décolle mes yeux du voyant.

Bon, on reprend.

Les stat'.

Je sélectionne mes colonnes. CTRL-C. Dernière cellule du tableau de bord. CTRL-V.

Merd...credi. Ce boulot est devenu chiant.

Non, Paul, c'est juste la stat' qui l'est.

Heureusement, toutes les formules fonctionnent d'entrée, c'est déjà ça de fait. Ça valait le coup de s'emmerder pendant trois jours à tout configurer.

Pour me récompenser de ce boulot monumental que je viens d'effectuer, je me recale dans mon fauteuil et, en prenant appui sur mes pieds, je me fous à osciller. Droite, gauche. Droite, gauche.

Mer...credi, j'ai la nausée. J'ai peut-être abusé avec le double café et rien bouffer.

Tant pis.

Le téléphone me sort de ma rêverie. Je baisse les yeux sur l'écran pour voir qui ose appeler à même pas 9h30. Oh pétard. Le DGS. Parfait.

Je décolle mon dos du dossier en essayant de ne pas me refoutre à soupirer. Je souris parce que je sais que ça s'entend au téléphone, je décroche et je dis :

- Bonjour M. BLAZY !

On dirait que j'ai sniffé du crack tellement j'y ai mis de l'énergie. Il me la rend d'entrée :

- Bonjour Paul ! Vous allez bien ?

Ah. Il est dans un bon jour. Quand il me dit "Paul", ça va. Quand il me dit "M.DOUMENC", ça craint.

- Oui, merci et vous ? je réponds.

J'ai le sentiment d'en faire trop. Je tape du pied pour gérer. Je voudrais bien qu'il déroule rapidement pour que je puisse recommencer à faire semblant de bosser.

- Oui, merci. Paul, dites-moi, vous pouvez venir dans mon bureau ? J'ai un sujet dont je voudrais vous parler.

Il marque un silence.

Je ferme les yeux et je retiens mon souffle.

Allez, Paul, tu sais ce qu'il faut faire.

Je souris. "Fake it until you make it", il paraît.

C'est vrai, je m'ennuyais, j'avais rien de prévu. Donc j'irai bien faire un petit tour dans son bureau avec mon petit cahier à l'écouter parler.

- Oui, bien sûr, j'arrive dans 10 minutes, je finis juste un truc.

Faudrait pas non plus qu'il pense que je suis à sa disposition. Je suis directeur technique, pas pigeon.

- Parfait, à tout de suite.

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