Chapitre 1

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Chapitre 1 — Ophelia

Londres, 1889.
J'avais treize ans quand mon père me vendit à un comte.
Il disait que c'était pour sauver notre nom, nos terres, nos dettes... Mais je savais bien qu'il me livrait à une cage dorée.

Le manoir Cofard se dressait au bout d'une allée noyée de brouillard. Les pavés humides étouffaient le bruit des sabots. Même les arbres semblaient me regarder passer, muets, comme s'ils savaient ce qui m'attendait derrière ces murs.

Quand je posai le pied dans le grand hall, l'air y était lourd, presque étouffant. Tout respirait la richesse, mais rien ne semblait vivant. Les portraits me suivaient du regard, les horloges battaient trop fort, et le silence faisait plus de bruit que tout le reste.

C'est là que je le vis pour la première fois.
Le comte Leonardo Cofard. Beau, jeune, d'une élégance presque irréelle. Et pourtant, quelque chose dans son regard me fit froid dans le dos — une absence, comme si son âme s'était perdue quelque part entre deux sourires polis.

On disait de moi que j'étais froide, hautaine, insensible.
Je n'étais rien de tout ça.
J'étais seulement terrorisée.

Vendue par mon propre père, offerte à un homme que je ne connaissais pas, je compris ce jour-là qu'il n'y aurait pas de retour possible. J'entrai dans cette demeure comme on entre dans un mausolée — et je sentis, dès la première nuit, que mon destin venait de se refermer sur moi.

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