Prudent

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Caché dans la pénombre, Turin gardait le silence, tentant d'être le plus discret possible afin de ne pas attirer l'attention des créatures environnantes. Il se trouvait dans un renfoncement en hauteur, difficile d'accès et où aucune lumière ne venait se poser. Assis, recroquevillé pour tenir dans ce petit espace, il observait une troupe de soldats à l'allure humanoïde et à tête de lapin. Loin de l'animal qu'on a l'habitude de voir gambader, ceux-là avaient un air féroce et un gabarit imposant. Il savait que si ces derniers ou toute autre créature finissaient par le remarquer, il ne ferait pas long feu.

Une fois qu'ils furent passés et bien éloignés, il descendit doucement, tentant de faire le moins de bruit possible. S'il ne s'était pas trompé, il devait s'agir de la dernière troupe de soldats à passer par là. Pour autant, il n'était pas serein, la peur d'être découvert et ensuite éviscéré planait encore dans son esprit. Les patrouilles pouvaient toujours faire demi-tour et le retrouver, ou bien il pouvait s'être trompé et avoir mal compté le nombre de groupes qui était passé, ou bien, il pouvait y avoir d'autres créatures qu'il n'avait pas prises en compte. Dès lors, ses craintes le rongeant, il avançait avec prudence vers son objectif, dans la direction opposée à celle des créatures. Ses pas étaient légers, son souffle inaudible, ses mouvements des plus brefs et craintifs, il avait même retiré les quelques bouts d'armure qu'il portait afin d'être le moins perceptible possible. Comme seule défense, il avait une épée courte qu'il avait réussi à cacher avec lui dans le renfoncement. Il se demandait s'il n'en faisait pas trop, si ces précautions n'étaient pas exagérées, car si malgré tout il était aperçu, il serait à la merci de l'ennemi. Mais non ! S'il ne faisait pas assez attention, c'était la mort assurée. En agissant ainsi, il réduisait significativement ses chances de mourir ; et puis ses calculs ne pouvaient pas être faux, il avait passé plusieurs jours à épier les souterrains de ce château, il en connaissait les moindres recoins et le comportement des effectifs adverses n'avait plus aucun secret pour lui.

Avec son équipe, il avait réussi à réduire drastiquement le nombre de ces soldats qui s'étaient transformés en lapin. Mais son équipe, justement... Il y repensait sans cesse alors qu'il avançait prudemment, et ce n'était pas sans peine. Dans cette troupe, tous les membres travaillaient ensemble depuis plusieurs années, un fort lien les unissait après tant d'expériences vécues, mais ils avaient été tués : Turin comme dernier représentant. Son cœur se serrait en repensant à ses défunts collègues, aux moments de joie, de tristesse, de tension, de désespoir, de fierté et tant d'autres... Mais l'heure n'était pas aux lamentations. Non ! À présent, il fallait vivre, coûte que coûte ! Il devait sortir des catacombes de cette forteresse, s'échapper de ces murs qui le tenaient entre la vie et la mort et retrouver ses proches, sa femme et ses enfants. Tant qu'il ne sortait pas de ce labyrinthe de pierre ou que personne ne venait le chercher, nul ne pouvait affirmer s'il était toujours vivant à l'extérieur. La vie ou la mort, et pour s'extraire vivant de cette contingence, Turin était prêt à tout. Mais pour l'instant, la vigilance était nécessaire s'il voulait survivre.

Mais cette passivité ne dura pas, car au bout de ce couloir, dont il ne pouvait voir le bout en raison du manque d'éclairage, de sinistres bruits s'échappaient de la pénombre. Des murmures, des bruits de pas. Rapides. Vifs. La créature sortit enfin des ténèbres, ses longs et fins membres, présentant à leur bout des griffes acérées, se mouvaient avec une fluidité anarchique, il n'y avait aucune logique dans ses déplacements, mais elle avançait à une allure terrifiante. Parvenir jusqu'à Turin ne lui demanda que quelques instants. Son corps imposant mais affiné coupait l'air à toute vitesse. Face à elle, l'homme se mit en garde, conscient que l'affrontement était inévitable. Trop rapide pour la fuir et trop imposante pour passer derrière elle, la créature squelettique le poussa dans les retranchements qu'il redoutait le plus. Toutes les précautions de Turin n'avaient au final pas été suffisantes, une information cruciale lui avait manqué : l'existence d'un monstre rôdant dans les souterrains du château, rasant de près les murs et fauchant probablement toute vie sur son chemin.

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