La lame d'un couteau effleura la porcelaine. Un son net, tranchant, plus coupant que le silence dans la pièce.
Une vibration métallique suspendue dans l'air, comme un signal qu'aucun d'eux n'aurait dû entendre. Pourtant, chacun leva lentement les yeux.
Ils savaient.
La pièce était blanche. Immaculée. Une pureté oppressante. La nappe parfaitement tendue. Les murs sans tableau. Aucun reflet, sinon ceux projetés par les couverts en argent. Une salle sans passé, sans futur. Un théâtre pour l'instant présent.
Et au centre, Kim Seokjin.
Seokjin, le chef au visage de marbre, aussi lisse que les assiettes qu'il préparait.
Chef étoilé. Génie médiatique. Esthétique glacée.
Il portait sa veste blanche comme une toge, presque comme un uniforme religieux.
Sur son plan de travail : foie gras caramélisé, nappé d'une sauce noire au goût indéfinissable. Quelque chose entre l'amer, le cuir et une note acide qu'on ne reconnaissait qu'après coup... comme un regret.
Il termina la décoration du plat avec une rigueur presque militaire. Une feuille d'or. Une goutte écarlate. Puis il leva les yeux vers la table.
Ce soir, son restaurant n'était ouvert à personne. Ni critique. Ni star.
Juste eux.
Six hommes. Assis.
Chacun masqué.
Taehyung portait des lunettes teintées en intérieur, reflet d'un excès qui frisait le défi.
Jungkook avait un collier noir sous sa chemise, presque invisible, mais présent.
Jimin, lui, ne portait rien. Il avait laissé le masque dans sa poche, comme un oubli délibéré.
Yoongi, toujours immobile.
Hoseok, les doigts croisés devant lui comme un thérapeute.
Namjoon, le regard durci, lisant les lignes invisibles dans les gestes de chacun.
Les assiettes furent servies sans un mot.
Pas un remerciement. Pas un échange.
Mais les regards... eux, hurlaient.
Ils savaient.
Ils se souvenaient.
Jungkook, assis à la droite de Taehyung, fixait son assiette comme si elle allait se mettre à parler.
Il ne mangeait pas.
Jamais quand Jin cuisinait.
Ce n'était pas par peur d'être empoisonné. Non. C'était bien pire. Il craignait ce que ces plats réveillaient en lui.
Le goût de l'Origine.
Il revoyait ce couloir sans fin, cette porte verrouillée.
Il entendait encore ce murmure à son oreille : "Fais-moi confiance."
Et ensuite, la douleur.
Les cordes.
Les miroirs.
Il avait à peine dix-huit ans quand il y était entré.
Il n'en était jamais vraiment sorti.
Taehyung, à sa gauche, alluma une cigarette malgré l'interdiction. Il souffla la fumée vers le haut, lentement. Une provocation tranquille.
Il observait Jimin. Non pas directement. Mais dans le reflet d'une carafe en argent posée sur la table.
Le reflet vacillait. Le visage de Jimin y semblait difforme, dédoublé. Comme si le miroir refusait de lui rendre son image.
Jimin jouait avec sa cuillère, la faisait tourner lentement entre ses doigts. Il n'avait pas dit un mot depuis son arrivée. Mais son silence était lourd. Viscéral.
La dernière fois qu'il avait vu cette salle, il avait dansé.
Nu.
Il avait dansé pour eux.
Et il avait pleuré après.
Yoongi, lui, restait parfaitement immobile.
Pas un mot. Pas un geste. Mais ses yeux scannaient la scène.
Il notait tout.
Le rythme de respiration de Jungkook.
Le tremblement discret de la cuillère de Jimin.
L'arrogance tranquille de Taehyung.
Il savait que ce dîner n'était pas un simple souvenir. C'était une mise en garde.
Une menace polie.
Une convocation codée.
Hoseok fut le premier à rompre le silence.
Sa voix était calme. Chirurgicale.
Comme un diagnostic.
— On a reçu un message.
L'Origine... elle appelle.
Un frisson parcourut la pièce.
Ce mot : l'Origine.
Mais ce n'était pas un lieu. C'était une cicatrice. Un pacte ancien.
Namjoon leva les yeux. Son visage était dur, mais ses pupilles trahissaient une fatigue invisible.
Il hocha lentement la tête.
— Il est temps de tout recommencer.
Jin ne dit rien.
Mais il sourit.
Pas un sourire joyeux.
Un sourire préprogrammé.
Un mécanisme.
Il fit signe au serveur.
Le vin fut servi. Rouge épais, presque noir. Il coulait comme un souvenir — lourd, poisseux.
Et derrière eux, dans l'ombre de la salle, une statue. Haute. Élancée. Nouvelle.
Personne ne se souvenait l'avoir vue avant.
Et dans sa base — une lentille.
Une caméra. Active. Silencieuse.
Quelqu'un regardait.
Quelqu'un attendait.
Jungkook sentit une pression dans la poitrine. Son cœur battait plus vite. Ce vin, cette odeur, ce silence...
C'était trop précis pour être un hasard.
Ce dîner était un signal.
Une répétition.
Une image traversa sa mémoire :
Un cercle. Des bougies. Des voix en chœur.
Une phrase gravée dans le bois : "Ce qui entre ne sort jamais."
Il se revit, les genoux au sol, les poignets liés.
Il entendit le rire de Taehyung.
Le murmure de Jin : "Tu es prêt."
Et il comprit.
Ce soir n'était pas une réunion.
C'était une résurgence.
Un souvenir devenu réalité.
Et pendant que tous levaient leur verre,
pendant que leurs regards se croisaient comme des lames de rasoir,
l'Origine — la vraie — ouvrait à nouveau ses portes.
Et elle avait faim.
KAMU SEDANG MEMBACA
Les reflets
Fiksi PenggemarIls étaient sept. Liés par un pacte oublié. Un chef étoilé, un cinéaste, un psychiatre, un soldat, un danseur, un compositeur, un architecte mental. Tous ont fui. Mais la Demeure, elle, n'a jamais cessé de les suivre. Un appel silencieux. Une convoc...
