Aujourd'hui, comme chaque semaine depuis l'accident, je rends visite à mon père. Cinq ans ont passé, mais les séquelles, elles, sont restées. Ma mère y a laissé sa vie. Mon père, lui, a perdu une jambe et avec elle, une partie de son âme. Ce qui restait, le traumatisme l'a broyé.
Henrick Bennett n'a jamais été un homme tendre. Violent, addict, il aimait ma mère d'un amour dévorant, destructeur. Trop. La jalousie et la possessivité coulaient dans ses veines comme l'alcool qu'il buvait sans retenue. Ce soir-là, il en avait trop dans le sang. Une dispute de plus, au volant. Un cri, un choc. Et le silence.
Il portera cette croix jusqu'à son dernier souffle.
Malgré une enfance chaotique et toute la rancœur que je peux nourrir envers mon père, je ne peux m'empêcher de revenir, semaine après semaine. Au-delà de m'assurer qu'il ne se soit pas foutu en l'air, je lui apporte de quoi manger et l'aide pour certaines tâches du quotidien. Parfois, ça va jusqu'à la douche. Et putain, je déteste lui faire sa toilette.
J'ai quitté Northbrook il y a trois ans. En pleine nuit. Comme une voleuse, fuyant un cauchemar qui durait depuis bien trop longtemps.
Depuis gamine, je supporte les crises de colère d'Henrick. Parfois, il suffisait juste d'être là, au mauvais endroit, au mauvais moment. J'avais sept ans, la première fois qu'il m'a vraiment brisée. Je m'étais levée en pleine nuit pour aller aux toilettes. Lui aussi. Mauvais timing. Son énervement, démesuré, incontrôlable. Il m'a agrippée par les cheveux et balancée au sol comme un déchet. J'ai encaissé les coups de pied en me pissant dessus. La souillure de mes vêtements et de son carrelage n'a fait qu'alimenter sa rage. Un dernier choc, brutal. Ma tête contre le rebord de la baignoire. Le noir total.
À mon réveil, ma mère, Helena Bennett, était à mes côtés. Son état n'était pas bien meilleur que le mien. Un œil gonflé, une lèvre fendue. Elle tamponnait mon front avec une poche de glace tout en me sermonnant.
« Pourquoi tu t'es levée en pleine nuit ? Tu aurais pu attendre le matin, Alma. Quelle idée stupide... » Toujours les mêmes reproches. Toujours cette façon de minimiser. Ma mère trouvait toujours les mots pour défendre Henrick. Il était l'amour de sa vie, son poison. Avec du recul, je crois que plus il la brisait, plus elle s'accrochait. Plus il tapait fort, plus elle l'aimait. Elle adoubait ses vices, même les plus pervers.
Ce matin-là, comme après chaque passage à tabac, mon père était revenu vers moi tout sourire. J'étais assise à table, le regard fuyant, un œil clos sous l'enflure. Chaque bouchée de céréales me faisait l'effet d'un coup de poignard dans la lèvre fendue. Mais je mâchais en silence. Comme toujours.
Henrick s'assit à côté de moi et, d'un geste lent, tira ma chaise contre lui. Sa main remonta dans mes cheveux, caressant d'abord avec une douceur trompeuse, avant de glisser sous mon menton pour relever mon visage meurtri vers lui. « Tu sais que je t'aime, pas vrai ? soufflait-il. Tu es précieuse, Alma. »
Sa voix était presque tendre, mais je savais mieux que d'y croire. « Il faut que tu comprennes... Je n'y suis pour rien quand je me mets en colère. C'est toi. C'est ce que tu fais qui me pousse à agir comme ça. »
« Je buvais chacune de ses paroles. Parce qu'à cet âge-là, on écoute ses parents. On les croit. Même quand ça brûle. Même quand ça détruit. »
Cette fois-ci il m'accorda, selon lui, une occasion de plus de me faire pardonner, en poussant mon bol plus loin sur la table, prenant la place de ce dernier en m'asseyant sur le rebord de la table face à moi. « Montre à papa à quel point tu es désolée ma puce », mes excuses commençaient toujours après cette phrase. Je voyais la bosse grossir rapidement sous son pantalon, menaçant le bouton d'exploser tout seul. Du bout de mes petites mains, je libérais son sexe, mon père était encore plus excité quand ma mère était dans la même pièce que nous, ce jour-là elle lavait la vaisselle, dos tourné à nous mais sachant pertinemment ce qu'il se passait dans sa cuisine.
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Broken just right
Misterio / SuspensoElle pensait fuir ses démons. Alma voulait reprendre le contrôle. Blake, lui, n'a fait que le lui arracher. Fascination. Pulsion. Dévoration. Une descente lucide, sans retour, où la douleur devient clarté. Pas de sauvetage. Pas de choix. Blake l'a...
