Prologue

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Le silence...

Il est l'origine et la finalité de toute parole.

Puis vient le cri, les pleurs : c'est instinctif, bestial. Nous laissons notre première empreinte dans ce monde avec la voix, indélébile dans les oreilles de notre mère.

Jusqu'au jour où les mots ne suffisent plus face à la tempête. Le silence redevient roi, une matière puissante, un retour à l'immédiat. Il se disperse en un essaim, une multiplicité de couples opposés : silence apaisant ou silence effrayant ; silence d'admiration ou silence de mépris ; silence d'amour ou silence de haine ; silence de ce qui est un droit ou silence qui est un supplice ; silence de devoir ou silence qui est une faute ; silence de ceux qui n'ont rien à se dire ou silence de ceux qui se comprennent sans un mot.

Mais il est surtout envahissant. Comme si du lierre se multipliait et s'enroulait autour de la gorge, la voix s'éteint et on ne sait plus faire autre chose que de se taire. Et quand on se tait, on finit par disparaître.

Je suis moi-même devenue l'une de ces âmes errantes, perdues entre la vie et la mort. La petite fille que j'étais a peu à peu laissé place à une hideuse créature sanglante, balafrée, brisée et aphone...

Je ne pensais pas pouvoir retrouver un jour ma voix. Pourtant, je ne peux plus me taire. Je veux avoir le temps de raconter mon histoire, celle que je n'ai jamais eu le courage de confesser.

Si tu lis ceci, c'est que je n'ai plus la capacité de le faire de vive voix. Alors je veux propager ma version au plus grand monde, c'est ma façon de la crier sur tous les toits. Comme les mots restent bloqués dans le lierre dans ma gorge, je les fais couler de mes doigts.

De tous les silences qui m'ont atteint, j'ai été coupable du pire : le silence du lâche...


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