J'ai longtemps attendu ce moment. Ou plutôt je l'ai longtemps craint. Je sais pas vraiment. C'est comme si je le voulais depuis longtemps tout en sachant ce que ça va engendrer, et je sais que c'est rien de bon.
Je récupère ma grosse valise jaune qui contient des vêtements de tout genre dont je suis très fière (après tout, ce sont mes créations) du tapis et je me dirige vers l'extérieur sous le soleil d'été de la ville.
Je n'ai pas besoin de chercher beaucoup trop longtemps. J'aperçois Jules, qui gesticule malgré son âge. Il brandit la main très haut, comme s'il voulait s'imposer dans le décor, pour que je le repère sans difficultés.
Je me dirige vers lui qui en fait autant et dès que j'arrive à sa hauteur, il me prend dans ses bras. Et dans l'espace d'une seconde, j'hésite à croire qu'il a la cinquantaine.
- Crystal ! Bienvenue ma petite poupée, dit-il avec un grand sourire que je connais bien.
- Jules ! Tu m'as manqué, dis-je en lui rendant son étreinte étouffante comme toujours.
- Toi aussi tu m'as manquée. Aller viens, Rose nous attend avec impatience à la maison.
Rose c'est la gouvernante de la maison familiale depuis que suis petite. Et puisque je viens sous ordre de Papa, j'ai réclamé toutes les personnes qui m'étaient proches à l'enfance. Notamment Jules.
Il retire ma valise de mes mains, sans même me laisser le temps de protester, puis se tourne déjà vers une Ferrari rouge garée plus loin, qui brille sous le soleil comme un accessoire trop voyant.
Certains seraient éblouis par une telle merveille mais moi je ne le suis pas. Enfin... sans vouloir me vanter, ni paraître imbu de moi-même, j'ai grandi dans ce genre de luxe.
Je suis littéralement née avec une cuillère en argent dans la bouche - façon de parler.
Et je ne déteste pas le fait. C'est juste que j'y prête pas trop attention. À mes yeux tout le monde est au même pied d'égalité avec ou sans richesse.
Jules pose ma valise dans le coffre puis il s'installe au volant. Je l'imite en prenant place au côté passager puis il démarre.
Après une heures de conduite en nous remémorant le «bon vieux temps» comme le dit Jules, nous arrivons devant la villa que mon père a achetée pour moi.
Je descends rapidement, me souvenant qu'il avait dit que Rose est là et je me précipite à l'intérieur sans me soucier de ma valise.
Je la prendrai plus tard.
J'ouvre la porte et entre dans un grand hall lumineux avec un carrelage blanc et luisant, si brillant qu'on pourrait presque s'en servir comme miroir de coulisse si on fait abstraction de la couleur.
Tout l'extérieur de la maison est en blanc, à l'exception des portes et des rebords des balcons, donc il me tarde de découvrir l'intérieur. Je me précipite vers la grande pièce qui fait office de salon.
Il est lui aussi tout en blanc avec des canapés et fauteuils gris clair, et une grande télé fixée au mur. Je me demande qui s'est occupé de là déco car la personne concernée doit savoir que ma couleur préférée est le blanc.
Je jette un œil à la pièce voisine, sans porte, séparée du salon par un mur de vitres et je tombe sur la salle à manger. Elle est immense, avec une grande table en bois blanche et dorée aussi longue que large, et des chaises de la même matière recouvertes d'une mousse blanche épaisse, leurs extrémités elles aussi dorées.
J'entends du bruit vers la droite et je me dirige vers la source. Je déboule dans ma pièce préférée: la cuisine.
Elle est immense et elle est toute blanche. J'adore. J'ai toujours rêvé avoir une cuisine toute blanche, et je l'ai enfin, même si je vais pas pouvoir y rester assez longtemps.
YOU ARE READING
Inachevée
General FictionCertains silences résonnent plus fort que les adieux. Et si l'amour n'attendait qu'une seconde chance pour s'écrire jusqu'au bout ? Et s'il suffisait d'un seul regard pour tout raviver ? Certaines histoires ne s'effacent jamais. Elles attendent simp...
