Chapitre 1

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- Et pour le dernier saut du dernier programme libre de ce Grand Prix se déroulant au Japon, Yuri Katsuki va tenter de réaliser un quadruple flip ! Il se prépare et....

- YURIIIIII !!!!!!

Viktor Nikiforov s'élança sur la glace lorsqu'il réalisa que son protégé ne se relèverait pas après cette chute. Il se précipita aux côtés du patineur qui ne parvenait à bouger que pour saisir de ses mains tremblantes sa jambe droite. Il avait le visage crispé par la douleur et ne remarquait même pas la présence de son coach près de lui. Ce dernier avait l'air affolé. Son compagnon, élève et rival pour cette saison ne répondait pas à ses appels et ces abrutis de pompiers ne semblaient pas pressés d'arriver.

- Yuri, Yuri tu m'entends ? Ça va aller, ok ? Je suis là, dit-il à l'oreille du blessé en lui dégageant doucement une mèche du visage.
- Poussez-vous monsieur Nikiforov, on va le transférer à l'hôpital.

Ah bah vous voilà enfin, songeât Viktor, anxieux. Il retourna sur le bord de la patinoire avec regret quand il aperçut Yuri se tordre de douleur sous les différents examens cliniques des secours auxquels il avait dû céder sa place. Lorsque le brancard sortit de sur la glace, le multiple médaillé d'or se précipita pour les suivre, ses patins toujours aux pieds. Il parvint même à convaincre les ambulanciers de lui laisser une place à bord du véhicule pour rester auprès de son partenaire.

*****

- Et pour le patinage ?

Cela faisait une semaine que Yuri avait eu son accident et une semaine qu'il subissait examens et interventions chirurgicales pour une sévère et multiple fracture du genou. Il en avait au moins pour trois mois coincé dans une attelle et un fauteuil roulant avec interdiction de poser le pied au sol. Sa saison était donc fichue. Et suite à son forfait lors de la compétition, Viktor avait décroché l'or, une fois de plus. Yuri n'avait d'ailleurs pas manqué de le féliciter pour sa victoire au Grand Prix, mais cela comptait-il vraiment aux vues de la dose de morphine qu'on lui avait injectée ? Ces derniers jours le blessé avait passé son temps à divaguer et à raconter n'importe quoi sous l'effet des analgésiques. Et du fait de son état second, Yuri avait-il réalisé ce qu'il lui arrivait ? Comment vivait-il cette épreuve ? D'accord comme tout athlète de ce niveau, des blessures il en avait déjà essuyé plusieurs, mais chacune d'entre elles était une épreuve difficile à surmonter. Viktor lui-même était bien placé pour le savoir. La frustration de voir les compétitions se dérouler sans lui, l'anxiété qui augmente au fil du temps qui défile sans qu'il ne puisse s'exprimer sur la glace, l'inquiétude à l'idée de rechausser les patins et de s'apercevoir à quel point son niveau a chuté et son corps souffre du manque d’entraînement. Comment Yuri allait-il gérer tout ça ? D'autant que vu la gravité de sa fracture, le temps de convalescence allait être vraiment long, si on comptait la cicatrisation de l'os et des ligaments et la rééducation. Combien de temps passerait-il loin de la glace ? Viktor espérait vite pouvoir repatiner en duo avec celui qu'il aimait. Les deux sportifs regardaient avec sérieux le médecin en attendant son verdict.

- Abandonnes cette idée gamin, tu ne remettras plus jamais un pied sur la glace. Tu as déjà de la chance de pouvoir remarcher d'ici quelques temps. Si jamais tu venais à chuter, tu serais cloué à cette chaise pour le restant de tes jours. Je suis désolé.

Yuri s'affala dans son fauteuil roulant, sonné. Bien sûr, malgré tous les produits que lui avaient administrés les infirmières ces derniers jours, il avait songé à cette éventualité. Mais ce n'était pas le cas de Viktor qui se leva et commença à insulter le médecin en russe. Comment pouvait-il dire une chose pareille ? Yuri sans patins, c'était la meilleure! Le principal concerné ne réagit pas face au comportement de son petit ami et le laissa s'emporter, trop assommé par la nouvelle. Lorsqu'il s'aperçut de l'absence de réaction chez le convalescent, le patineur russe se calma et sortit du cabinet médical en emmenant Yuri avec lui sans un mot au docteur. Comme le blessé avait à présent le droit de rentrer chez lui, Viktor poussait le fauteuil roulant hors de la structure hospitalière en fulminant. Non, ce n'est pas possible, il doit forcément y avoir une erreur dans le diagnostic. Évidemment que Yuri pourrait reprendre le patinage, ce n'était qu'une simple question de temps. Mais si jamais il tombait ? Non, c'est n'importe quoi. Lui-même avait déjà enduré différentes fractures et à chaque fois il avait pu retourner sur la glace sans soucis. Cet abruti de médecin raconte définitivement n'importe quoi. Le plus âgé des deux hommes pestait à voix basse contre ce toubib de pacotille dans le dos de son conjoint qui lui, restait silencieux et impassible. Une fois à l'extérieur, Yuri décida de l'interrompre dans ses réflexions remplies de rage et de colère.

- Viktor, dit-il faiblement. Viktor !

Cette fois l'interpelé se tût et observa le visage vide de toute expression et de tout sentiment de son conjoint. Il lui fit une moue interrogative qui aurait fait craquer n'importe qui, et en particulier Yuri, si ce dernier n'avait pas été complètement désorienté par ce qu'il venait d'apprendre.

- Laisse-moi.

Viktor ne comprit pas tout de suite ce qu'avait voulu dire son compagnon.

- J'ai besoin d'être seul Viktor. Je vais me débrouiller pour rentrer par mes propres moyens. Alors laisse moi. S'il te plaît.

Le Russe tenta de protester avec des petits yeux larmoyants, mais Yuri avait déjà sorti son téléphone et appelait un taxi. Ce dernier arriva un peu plus de cinq minutes après le coup de fil et Viktor observa de loin son conjoint se hisser hors de son fauteuil roulant pour rentrer avec difficulté dans le véhicule puis partir en direction de l'onsen que tenaient ses parents. Seul au milieu d'un trottoir vide, le multiple médaillé d'or prit la direction opposée à celle du taxi pour trouver un hôtel où il pourrait loger. Peut-être n'était-ce pas le meilleur moment pour jouer les amants collants et que Yuri avait besoin de se retrouver un peu seul. Cependant ça ne l'empêchait pas de s'inquiéter pour son petit ami blessé. Faisait-il vraiment le bon choix ?

Forever On IceWhere stories live. Discover now