Nb de mots : 4 366
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Le soda glisse dans ma gorge comme une gorgée d'air frais. Dehors, la chaleur ne cède pas, même à la nuit tombée. Pas un moustique, pas un souffle de vent : l'été s'est endormi sur nous.
Je passe la canette froide sur mon front et un frisson agréable me parcourt. En temps normal, je ne me permets pas de boire un soda le soir, mais aujourd'hui est une exception. L'apéro dînatoire bat son pleine. La maison est pleine de famille et d'amis.
Autour de la table, mon père rit aux éclats. Il fait circuler les verres, ponctue chaque histoire d'un geste large et sa voix couvre le brouhaha général. J'adore l'écouter, il réussit toujours à faire rire tout le monde, même quand il répète les mêmes anecdotes.
Ma mère, elle, passe entre les convives comme une ombre légère, un plateau à la main. Elle sourit, sermonne les plus jeunes d'un regard, distribue les toasts avec cette patience qu'elle garde pour les grandes occasions.
Le soleil d'Espagne a teinté la peau de chacun, et autour de la table, les teints varient : certains sont rouges comme des écrevisses, d'autres ont pris une belle couleur caramel, et certains, comme mon petit frère, ont perdu leur teint d'albâtre pour adopter un hâle plus léger.
Je le guette en train de manger des tranches de saucisson. Il les prend par poignée avant de les enfourner dans sa bouche. Je fronce les sourcils. À ce rythme, il va se faire repérer.
Et ça ne manque pas.
Mon père lui jette un regard en biais qui veut tout dire.
Traduction : « tu arrêtes tout de suite de t'empiffrer ».
Ma mère lui met un bâtonnet de concombre dans les mains et je vois son petit visage se crisper. J'aurais fait la même tête que lui dans la même situation. Moi aussi, j'adore la charcuterie.
—Tu crois qu'ils nous laisseront nous promener ?
Je tourne la tête vers la voix aiguë.
Elena, la petite-fille de la meilleure amie de ma grand-mère, est plus qu'une simple amie d'enfance. Nos familles sont liées depuis plusieurs générations. Nos pères, amis depuis l'enfance, ont même hérité de maisons secondaires dans le village de nos aïeuls. Et pour couronner le tout, on habite dans la même rue.
Plutôt pratique, non ?
Elena a un an de moins que moi, mais ça ne se voit pas. Elle a les cheveux aussi blonds que les miens sont foncés et elle est plus grande que moi.
—On leur demande juste avant que tout le monde rentre chez soi.
Je regarde Sabine, assise à côté d'elle. Elles ont le même âge, mais à la différence de moi, Sabine a déjà atteint sa taille adulte. Mes parents disent toujours qu'elle est « une gamine coincée dans le corps d'une femme ». Au début, je n'avais pas compris, mais avec le temps, j'ai vu ce qu'ils voulaient dire.
Sabine a les cheveux aussi sombres que les miens, mais son teint clair pourrait rendre jalouse la plus blanche des poupées de porcelaine.
—Oui, on va faire ça. Ils accepteront sûrement, si on est toutes les trois.
—Je crois que ma sœur voudra venir.
Je jette un coup d'œil entendu à Sabine. Il fallait s'y attendre. Ruth, la petite sœur d'Elena, a six ans de moins qu'elle et ne supporte pas qu'on fasse quoi que ce soit sans l'inclure. Dès qu'elle se fait exclure, c'est une scène assurée, les larmes de crocodile, les plaintes auprès de sa mère... C'est usant.
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Illusion Rêveuse (recueil de nouvelles)
Short StoryRecueil n°2 Saurez-vous distinguer le rêve de la réalité ? Feriez-vous confiance en votre instinct ? Vous réjouiriez-vous pour votre meilleure amie en cette journée si spéciale ? Transmettriez-vous les traditions familiales ? Suivriez-vous les ordre...
