Prologue

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J'apercevais le ciel devenir orangé, derrière la cime des arbres. Le vent fouettait mes cheveux avec ferveur, reflétant à la perfection mon humeur. Mes joues étaient humides, mouillées par mes larmes. Mais elles avaient cessé, j'avais décidé de les faire s'arrêter, de ne jamais plus en verser une seule pour lui, pas après tout ce qu'il m'avait fait. Je me le refusais.
Mon corps tremblait, secoué par de violents spasmes. L'alcool ne faisait plus effet, plus au stade où j'en étais. Plus rien ne pouvait m'apaiser, pas même la plus douce des choses, pas même elle. J'aurais dû le savoir, j'aurais dû me méfier. Mais tout était si simple, peu compliqué et marrant, que je n'avais pas fait attention. 
Et pourtant, je le savais. Je savais que je me mettais en danger en entrant dans son petit jeu. Mais je m'en été foutue, comme la plus conne des connes, la plus idiote de toutes les idiotes. Quand on pense enfin apercevoir la lumière au bout du tunnel, on fonce, sans prendre le temps de savoir si c'est une lumière artificielle et dangereuse ou simplement une étoile qui rayonne dans l'obscurité. On est happé par ce puit profond, qui fait tellement mal quand on en touche le fond. Mon monde s'était écroulé, une fois de plus. Mais cette fois, je n'allais pas essayer de m'accrocher à une quelconque lueur, à un quelconque espoir. J'allais simplement me laisser dériver, me laisser porter par une vie dont je ne faisais plus partie. 

Une première goutte s'écrasa sur la manche de mon top noir, vite suivie par d'autres. Bientôt, la pluie s'abattit sur moi, se mélangeant au vent et à mes larmes nouvelles, qui n'étaient pas pour lui, évidemment. Mais pour moi. Je pleurais ma connerie et mon idiotie. 

Tout fusait dans mon esprit, me rendant complètement folle, j'étais incapable de me concentrer sur quoi que ce soit, tout tournait sans s'arrêter. Je revoyais constamment son visage fermé, froid, dénué de toute émotion. Comme si tout ce que j'avais pensé, ce que j'avais cru vrai, n'était que le fruit de mon imagination, le pur pêché de mes désirs. 

J'avais joué, et j'avais perdu. J'avais triché, et j'avais échoué. Une fois de plus. 

Une vague de rage me traversa comme un éclair, parcourant mon corps comme la foudre. Et je ne pus me retenir. J'ouvris la bouche et criai, hurlai. Je me battais pour ne pas sombrer, pour ne pas tomber plus bas que je ne l'étais déjà. 

Mais comme pour me prévenir, mes jambes cédèrent et mes genoux heurtèrent le sol violemment. Bordel, il m'avait abandonné, il n'était plus là, il m'avait laissé seule, comme tous les autres avant lui.  Mais cette douleur était plus forte, plus intense, plus brûlante, plus mortelle que toutes les autres. Elle me compressait, m'oppressait, me déchirait et me heurtait. 

Ma voix résonna un long moment, portée par le vent déchaîné, et je tombai sur mes mains. Je pressai mon front contre le sol, tentant de faire disparaître cette haine et cette souffrance. Mais c'était vain, comme tout ici et maintenant. Tout était vain. 

Et j'aurais dû m'en rendre compte bien avant. 

Le vent me faisait frémir, ma colère et ma tristesse me faisait trembler, et me faiblesse me faisait pleurer. A présent, mes larmes étaient inarrêtable, se mélangeant inlassablement avec la pluie battante, qui me trempait jusqu'aux os. 

Soudain, au loin, j'aperçus une silhouette se dessiner. Et en rien de temps, elle se retrouva à côté de moi, à me donner des ordres comme si je n'étais encore qu'une simple gamine.

- Relève toi, tu vas chopper la crève. 

- Dégage, crachai-je avec venin. 

Elle ne bougea pas d'un cil, déterminée à me faire obéir. 
Mais pas cette fois, elle n'y parviendrait pas. J'allais être plus forte qu'elle. 

- J'ai dit : DE-BOUT.

- Assieds-toi, chuchotai-je, du bout des lèvres, le plus calmement du monde. 

- Mais tu te fous de moi ? Il pleut comme jamais, on se casse de là, maintenant, ordonna-t-elle en braillant. 

Je sentais la pression monter en moi, envahissant les moindres recoins de mon corps. Cette fois, les larmes avaient cesser, les tremblements s'étaient interrompus et le vent avait disparu. Me laissant seule avec moi-même, ma rage et la pluie. Et aussi elle

Je relevai doucement la tête vers elle, laissant mon regard se poser sur elle avec pitié, dégoût et rancune. 

- J'ai dit : A-S-S-I-S-E, articulai-je. 

Elle me jaugea du regard, comme le faisait si bien toutes les pouffes du bahut. Tu veux vraiment t'aventurer sur ce terrain, ma belle ? 

De ma main gauche, j'attrapai sa chaussure, sous son regard interrogateur, avant de tirer d'un coup sec. Elle perdit l'équilibre et s'étala par terre, m'éclaboussant au passage. 

- C'est bien : gentille fi-fille, la félicitai-je, moqueuse. 

- Mais t'es complètement tarée, ma pauvre, va voir un psy putain ! râla-t-elle en s'asseyant et en frottant ses genoux.

Je me remis debout, scrutant le ciel orangé de cette soirée, à présent sereine et soulagée. Mes peines et mes maux venaient de me quitter pour une petite éternité, s'est échappée dans un petit enfer paradisiaque, le temps de laisser le vide emplir toutes mes sensations.

- Oui, je suis tarée, ma belle. 

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Petit début en douceur. Accrochez-vous car nous allons décoller pour essayer de rejoindre les étoiles -mais où va-t-on réellement atterrir ? 

With all my love. 

Lyla.

SkylerDonde viven las historias. Descúbrelo ahora