Alice et Franz

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Alice

J'errais le long des quais. Mes pas traçaient dans la poussière des époques cumulées, le même chemin qui se répétait au rythme de la voix de l'assistance ferroviaire, qui semblait s'étouffer à travers la membrane de l'haut-parleur, suspendu au plafond d'un mur défriché et dénudé de couleurs ; le même chemin que mes pas empruntaient au matin à l'aller de ma venue et au retour de mon arrivée le soir de ma fraîche vie. Elle se comptait à chaque "tic" de la grande horloge, laquelle était visible à la jetée du toit ouvert des quais à double voie A42 et Z44, qui elles mêmes donnaient l'une sur le début de la ville et l'autre sur la fin du coin de cette gare orné d'un mur grisé par le temps.

Et sur mon quai ce jour là je me trompais de A à Z sur nos amours.

Franz

Défoncé par le bruit du cours de ma vie, par la fuite qu'elle prend à chacune de ses courses vagabondes, par le manque d'haleine que contraint ces temps promptes, je m'enfume avec elle. Mon dos ne faisait qu'un avec le mur grisé du quai de la voie Z44.

Mon corps se relâche, je m'égare, la musique tempérant mes tympans sourds de la béatitude que me provoque cette première taffe.

Et sur mon quai je me désole des avalanches de regrets allant de A à Z jusqu'à enterrer vifs nos amours.

Franz

J'avance, furtif et méfiant, à l'inverse d'un lion en cage, et, à la hauteur d'un buisson je m'abaisse soudainement après un clinquement entendu.

Mes doigts pianotent sur le sol, - arrivé à la fin de mon quai, au début d'un endroit pour les indiscrets de la gare, donnant sur les grands boulevards et le ciel bleuté de l'avant-soir, couvert de poussière, mal éclairé et trouble -, à la recherche de mon briquet. C'est lui qui est tombé. Et je m'abandonne à un corps à corps sans fin.

Après tout ce temps, toutes ces déchéances traversées, il ne peut pas me tourner le dos. Elle ne l'aurait pas voulu. Il ne peut pas me quitter, pas maintenant, c'est trop tôt, je ne suis pas prêt.

Je cogne contre ce mur souillé par ce monde d'ivrognes et ce temps fatigué. Après toutes ces fois, je me surprend à redécouvrir sa valeur, à vouloir le chérir et c'est maintenant qu'il se sépare de moi ! Un fichu bout d'argent, de métal mal façonné, quel au revoir il me fait ! Saloperie de souvenirs !

Tu m'offres un alliage qui nous fait partir en fumée sous sa flamme jaillissant de l'infortune dans laquelle elle me fait la déclencher. Tu me fais m'enfumer tous les jours, me perdre d'amour ! et tu crois encore pouvoir me blesser ?! me faire me souffrir en m'échappant encore ?!

Je hurle mes peines et me déverse liquéfié au sol.

Non, ça y est, c'est un adieu ! Alors comme ça je tenais à toi, encore !

La vie me t'as volé sous mes yeux, comme ce briquet qu'elle me retire à présent...

Alice

D'habitude pas fréquenté à cette heure, je m'en vais me détacher du monde, de ce cercle de chaînes - qui entasse et étouffe les Hommes dans une même société en cage -, au coin de cette gare. A l'heure où les paupières se ferment, je reste éveillée dans le prolongement de cette nuit nocturne pour m'évader...

Mais à mon approche, je distingue au loin le début d'une silhouette recroquevillée. Immobile d'abord, puis se déroulant avec lâcheté. Ma raison me dissuaderai de continuer cette marche qui pourrait m'être périlleuse, mais cette fois mon coeur ne fait qu'un avec elle. Aucun présage de mauvaise augure. Non, vraiment. Juste une âme en peine du soir.

Junkie d'une rose rougeWhere stories live. Discover now