Ilya plissa les yeux, tentant d'apercevoir sa victime sous la pluie battante.
Ses épais cheveux bruns collaient à son front, son visage ruisselait d'eau, et sa vue était très diminuée. Mais le mauvais temps lui permettait également de cacher sa silhouette aplatie contre le toit, et de rendre son visage moins reconnaissable si elle se faisait repérer.
Tout avait des avantages et des inconvénients, après tout.
La jeune fille écarta encore une fois les mèches de ses yeux et sortit ses jumelles de sa poche. Évidemment, les vitres se trempèrent en moins de quelques secondes, et Ilya n'y vit pas plus clair.
Elle parvint tant bien que mal à nettoyer et ajuster la vue de l'appareil, et aperçut sa cible.
Enchaîné, torse nu, le garçon avait la tête baissée et se tenait au milieu de la cour, exposé à la pluie battante. Ses mains étaient retenues par de lourdes chaînes attachées à un grand poteau en bois, et sa chair était maculée de sang. De longues traces de fouet étaient visibles sur sa peau, et il ne faisait aucun doute qu'il devait beaucoup souffrir en ce moment même.
Ilya regarda rapidement autour de lui avant de sortir et d'ajuster son arme. Elle l'avait dans le viseur et retenait sa respiration, s'apprêtant à appuyer sur la gâchette.
Elle ne voulait pas le tuer, mais vue la situation dans laquelle il se trouvait, c'était de la charité. Sa gorge était nouée à l'idée de commettre un autre meurtre, de sang-froid, alors que sa cible n'était même pas un ennemi, mais c'était ce qu'Aigle lui avait demandé.
Et si Aigle lui ordonnait quelque chose, elle obéissait.
Soudain une lumière s'alluma dans le bâtiment et la jeune fille laissa échapper un juron, avant de ranger précipitamment son arme pour reprendre ses jumelles. Elles lui dévoilèrent, à travers les vitres épaisses des fenêtres, la vision d'un garde s'installant sur une chaise pour lire un livre.
Ilya décida de prendre son mal en patience et attendit donc patiemment, rongeant son frein en espérant le départ du garde. Mais lorsqu'elle regarda sa montre, une heure et demie plus tard, il n'avait pas bougé.
Ilya soupira, remballa son matériel et partit aussi discrètement qu'elle était arrivée, rampant sur les toits et descendant par la gouttière. Elle réalisa ces mouvements sans faire un seul bruit, silencieuse et agile comme un chat.
Elle sauta par terre et rabattit la capuche sur ses cheveux trempés, avant de se mettre à trottiner en direction de la basse-ville. Elle fit attention à éviter les flaques et les rues trop exposées, passant intentionnellement dans les ruelles peu éclairées. C'était dans ces espaces sombres et étroits qu'elle se sentait vraiment à l'aise, de préférence la nuit, et sans qu'on voie son visage.
Ilya atteignit la Barrière en moins de cinq minutes, et se colla au mur d'une rue perpendiculaire à l'avenue. Des gardes se tenaient à une cinquantaine de mètres de là, dans leurs uniformes noirs et dorés, faisant leur ronde sous la pluie battante.
La jeune fille s'enfonça dans le renfoncement d'une porte et attendit, retenant sa respiration et mettant tous ses sens en éveil afin de pouvoir s'enfuir à la moindre alerte. Les pas mouillés passèrent et de nouveau, tout fut calme.
Elle soupira et s'avança jusqu'au carrefour où elle regarda à droite puis à gauche, avant de ne constater aucun signe de vie et de s'aventurer sur l'avenue.
Ilya se rapprocha de la Barrière et après une dernière vérification, elle entreprit d'escalader le mur. Les statues et gravures constituaient d'excellentes prises, et la jeune fille atteignit le sommet en moins d'une trentaine de secondes. Elle descendit quelques mètres puis sauta par terre – la Barrière devait tout de même faire 10 mètres de haut – et se réceptionna à l'aide d'une roulade sur le côté, afin d'éviter d'abimer son matériel.
YOU ARE READING
Downfall
Teen FictionDans un monde dystopique partagé entre cériens et bassiens, Ilya tente de survivre aux événements bouleversants rythmant son quotidien. Entre amour, liens familiaux et danger imminent, parviendra-t-elle à s'en sortir ?
