Chapitre 1

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                                                     « Je me sens si seul. »

Le vent léger d'avril parcourt mon vieux jean et mon pull en col v. On est en avril, mais je suis frileux. Je n'aime pas sortir de chez moi, mais ce vent est si bon. Une brise enivrante déposant sur ma peau un soupçon de bonheur. Je suis assis à ma place habituel, je l'attend. La connaissant, elle va ressortir de la boulangerie avec une baguette cuite mais pas trop, un croissant et une canette de Fuze Tea à la main. Je suis impatient, mais pour elle c'est différent. J'avais prédit sa sortie à 9h37, mais je me suis trompé à deux minutes près, deux minutes c'est trop long. Elle sort, avec les achats prédis, elle tourne son regards, elle me cherche. Ses doux cheveux bruns frottant le haut de ses cuisses, ses grandes lunettes rondes. Mais après son analyse des environs, elle me tourne le dos et s'enfonce dans le chemin du retour. Je suis habitué à ce parcours. Je me lève, le soleil lui aussi sortant de derrière les grandes bâtis du centre-ville de Reims. Aujourd'hui, je ne suis pas en classe, je me suis permis un jour de repos, l'enjeu est trop grand, le spectacle trop divertissant. Sa démarche au loin est celle d'une fille timide mais tout de même sure de ses actions. J'entame ma course moi aussi, je garde mes distances comme ma mère quand elle conduit, dans la vie il faut toujours regarder de loin, mais toujours être là, proche de sa cible, prêt pour intervenir. Ma mère est très importante pour moi, alors j'écoute et j'applique ses conseils. C'est ainsi que débuta ma chasse, plusieurs mètres derrière elle, je l'observe et je ne fais rien. Je ne fais jamais rien, c'est comme ça. C'est triste mais je suis l'ami de trop, le solitaire, pas les cartes. On pourrait me décrire comme un personnage secondaire d'une histoire, un figurant. Cette fille, elle s'appelle Anna, et elle a deux prunes dans les yeux, je n'ai jamais vu une couleur d'iris aussi originale. Elle est dans ma classe de seconde, contrairement à moi, elle est intelligente et a su s'intégrer. L'amour c'est la jungle, elle est seule mais je n'oserai jamais tenter, pour moi tenter c'est échouer. Donc je reste là, j'admire sa beauté de loin, par la fenêtre, derrière le classeur en cours, assis dans l'herbe tandis qu'elle court avec ses amis à l'école. Cette fois-ci c'est dans la rue, cette balade dura plusieurs minutes, un moment qui fut éternel pour moi. Son dos est la plus belle chose qui soit arrivé au monde. Cela me suffit amplement, je ne vaux rien, je suis moche et petit. Je n'ai jamais embrassé une fille, encore moins reçu un je t'aime autre que maternel. Donc cela me suffit. Parfois elle se doute de ma présence, elle ne me connais pas mais elle me ressent comme on ressent un pressentiment. Je suis discret alors je ne me fais jamais repérer. Après qu'elle passe le seuil de sa petite maison de la zone pavillonnaire, je rebrousse chemin, je rentre chez moi et je passe l'après-midi à consulter son Facebook en m'imaginant sur ses photos, main dans la main. Ces courts instant de rêve furent pour moi une utopie. Je suis un peu fou en fin de compte, mais je ne suis pas méchant, je suis juste un adolescent effacé conquit par un amour impossible. Envahi par un désir suspect et délirant. Je suis invisible. Très sensible et lion de signe astrologique. Avenir catastrophique. Cet être humain à la chaleur étouffante est celui qui me maintient en vie. Mais j'ignorai que cette chaleur me brulera les ailes.


Quatre ans plus tard.

-Mallory, oh Mallory, tu ne regrettes dont pas ?

-Que voulez-vous dire ?

-Tu es plutôt calme pour un assassin.

-Laissez-moi tranquille, je n'ai rien à voir.

-Tu la connaissait cette personne ?

-Non.

-Tu mens.

-Non.

-Je pense le contraire, tu sais. Moi je ne pense qu'une chose. C'est toi qui l'a tué. Tu n'as qu'une chose à faire, c'est avouer. Tu souffrira beaucoup moins.

OsmoseWhere stories live. Discover now