Chapitre 1 : La maison

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Sur une route de terre battue, une vieille voiture du début des années 2000 effectue ses derniers tours de roues. Autour de cette route, une forêt de hauts arbres s'étale à perte de vue sur une colline, le soleil tape presque douloureusement sur ce décor à l'air dépourvu de vie. La voiture arrête de gronder et une jeune femme sort par la portière conducteur. Elle a les cheveux roux, longs jusqu'à la chute de ses reins, elle est belle, personne ne pourrait le nier, les taches de rousseur sur son visage lui donne ce teint qui illumine son visage. À moins que ce soit son sourire qui s'étire sur ses joues alors qu'elle regarde autour d'elle, détaillant le paysage qui s'offre à elle avec indifférence. Puis son regard se pose finalement sur la grande bâtisse qui lui fait face, sans aucun doute la raison de sa venue ici. C'est une maison sur plusieurs étages, elle n'est pas belle, mais elle a le charme de l'ancien auquel la plus grande partie des mortels est particulièrement sensible. La jeune femme attrape une valise dans le coffre de sa voiture, ce sourire illuminant toujours son visage, elle semble très heureuse d'être là. Pourtant, le serait-elle tout autant en sachant qu'elle est méchamment épiée.

Au deuxième étage de la maison, une jeune fille, d'environ 15 ans se tient devant la fenêtre, un air suspicieux sur le visage, elle regarde la nouvelle arrivante et dit à voix haute tout ce qu'elle voit. Elle ne le dit pas pour elle mais pour la vieille dame qui est allongée sur le lit au fond de la chambre, l'air grognon, un livre entre les mains. On ne saurait dire si elle écoute la jeune fille ou si elle est trop concentrée sur son livre pour entendre un seul mot de ce qu'on lui décrit.

- ... elle a l'air contente en tout cas.

La jeune fille, l'air déçue de sa dernière déduction se tourne vers elle vieille femme, comme si elle savait déjà que celle-ci allait parler.

- Qu'est-ce que tu attends ? Va l'accueillir.

La vieille femme ne lève pas le regard alors qu'elle tourne la page de son doigt fripé et fatigué, sa voix est autoritaire et détachée. Personne ne pourrait vraiment dire si elle ne peut pas marcher ou si elle ne veut juste pas perdre son temps à accueillir la jeune femme. Elle n'a pas l'air mal en point en tout cas. La jeune fille hoche simplement la tête. Puis sur son visage prend place un sourire presque douloureux à regarder, elle qui avait le visage morose jusque-là, on a désormais l'impression qu'on est en train de la frapper à arrière de la tête.

Après être descendue des escaliers grinçants de la maison, la jeune fille arrive à un comptoir, de l'autre côté se trouve la jeune rousse. Son sourire toujours aussi crispée elle la salue d'abord d'un mouvement de tête, émanant soudainement d'elle une aura de timidité.

- Bonjour, je suis Luna. Vous avez pris une chambre à quel nom ?

- Bonjour, Amélia Ernest.

Derrière Luna se trouve un panneau rempli de clefs, visiblement il n'y a pas de client autre qu'Amélie ici. La jeune fille ouvre un gros livre, rempli de poussière. Amélia ne perd pas son sourire pendant que Luna fait semblant de chercher son nom sur une des pages du livre complètement vide.

- Chambre 4. Sa voix est presque un murmure.

Luna se tourne et attrape une clef parmi les autres, il est compliqué de croire que dans cette maison il y est autant de chambre qu'il y a de clefs sur le portant. Mais cela ne semble pas déranger. Luna lui tend les clefs son sourire s'agrandissant encore, ce qui arrache une grimace mal dissimulée à Amélia. Ce qui ne semble pas déranger Luna qui la fixe et la regarde monter les escaliers.

Arrivée au premier étage Amélia se rend compte qu'elle ne sait pas à quel étage se trouve la chambre. Il y a 2 portes sur le palier, évidemment celle-ci n'ont pas de numéro, Amélia pose alors sa valise sur le parquet qui craque à chacun de ses mouvements et redescend, mais lorsqu'elle arrive devant le comptoir à nouveau, Luna a disparue.

- Luna ?

Amélia essaie de parler assez fort, elle n'a pas pu aller très loin, pourtant personne ne lui répond. La jeune femme remonte alors les escaliers et avec la clef essaie d'ouvrir la première porte, la clef rentre mais impossible de la faire tourner. Elle essaie la deuxième, cette fois-ci, la clef ne rentre même pas. Amélia reprend alors sa valise et monte sur le deuxième palier du deuxième étage. Elle s'approche d'une troisième porte, celle-ci s'ouvre avant même qu'elle est pu rentrer la clef. Devant elle se tient un homme, très grand, Amélia doit lever la tête pour rencontrer un regard absent. L'homme la regarde à peine et sort de la chambre refermant la porte simplement en la claquant avant de descendre les escaliers. Amélia suit son mouvement du regard et soupire avant de se tourner vers la deuxième porte de ce palier. Elle glisse la clef dedans et finalement celle-ci s'ouvre.

Pourtant ce qu'elle découvre derrière ne l'enchante pas plus que ça, elle qui était enthousiaste à son arrivée se retrouve dans une chambre en piteux état. Sur les murs le papier peint des années 70 est arraché à plusieurs endroits et pend négligemment. Un lit une place est au milieu de la petite pièce pas plus grande qu'une chambre d'enfant, elle appuie sur le matelas avec la paume de sa main, celui-ci ne bouge pas beaucoup mais déjà le lit grince fortement sous cette simple pression de la main. Amélia tourne sur elle-même afin d'observer la chambre sous toutes ses coutures, et elle a l'étrange sentiment que personne n'a dormi ici depuis des années. Lorsqu'elle passe sa main sur la commode qui est le seul autre meuble avec le lit, la poussière renforce son sentiment et elle se dirige vers la fenêtre dans l'espoir de l'ouvrir, mais celle-ci ne semble pas vouloir coopérer. La jeune femme s'assoit alors lourdement sur le lit, le faisait grincer de plus belle et soupire. Son sourire a disparu.

En haut de la maison, Luna a rejoint la vieille dame qui ne semble toujours pas avoir levé les yeux de son livre.

- Alors ? Demande t'elle nonchalamment.

- Je l'ai mise dans la chambre 4, elle a l'air sympa.

La vieille dame relève finalement le regard pour fusiller la jeune fille comme si Luna venait d'insulter le monde entier. Luna grimace, elle semble regretter ses paroles directement.

- Non, mais... pas tant que ça tu sais.

La vieille dame ne la quitte pas du regard, toujours accusateur voir meurtrier. Luna baisse sa tête et hoche la tête doucement.

- J'y vais. Pardon.

Luna sort de la pièce rapidement sans demander son reste et descend les escaliers en trombe jusqu'à l'étage où se trouve Amélia. Elle toque à sa porte et la cliente vient lui ouvrir, lui offrant un léger sourire auquel Luna ne répond pas.

- Si vous avez besoin de quelque chose, on ne pourra sûrement pas vous aider. Mais vous pouvez toujours demander.

Amélia regarde la jeune fille confuse, elle fronce les sourcils et semble tendre l'oreille afin d'être certaine d'avoir bien entendu. Elle ouvre la bouche pour dire quelque chose mais rien ne sort, alors elle hoche simplement la tête. Finalement Luna lui offre un sourire, froid et démuni d'émotion, qui donne des frissons à Amélia, avant de partir sans plus attendre. 

C'est sur la montagne.Stories to obsess over. Discover now