Depuis la fonte des glaces en Arctique et en Antarctique, le niveau de la mer à monter drastiquement, engloutissant des iles, des zones côtières et parfois des pays entiers. Les changements climatiques qui suivirent ont ravagé les écosystèmes jusqu'à là épargner. La plupart des espèces participant à la biodiversité furent anéanties, d'abord les herbivores, puis les carnivores. Les humains ne furent pas épargnés, suivant la perte de 40% des terres habitables et 50% des espèces de plantes et animaux, la nourriture et les zones habitables libres se firent rares. La guerre qui suivit fut si terrible qu'elle devint la seule guerre qui vaut la peine d'être mentionnée. La Guerre fut entre tous les êtres humains et tua la majorité de ceux-ci. Bien sûr, après tant de morts pourrissant dans l'eau et sur la terre, les maladies se propagèrent et faillirent causer l'extinction de l'humanité.
Maintenant, je vis avec ma famille quelque part qui s'appelait autrefois le Canada, nous l'appelons l'archipel du Nord. Les iles sont de plusieurs tailles différentes tout comme les étendues d'eau qui les séparent. Nous vivons sur l'ile du Saguenay, une ile de plusieurs kilomètres contenant quelques villages près d'une des deux forêts ayant survécu la Guerre.
Ma mère nous a quittés il y a environ 2 mois pour chasser sur une ile voisine, car l'élevage de cerf et de lièvres n'arrive pas à subvenir à notre village. Elle est partie avec quelques adultes pour nous nourrir, mais n'est jamais revenue. Elle aurait dû revenir après quelques semaines, maximum un mois, mais nous l'attendons encore.
En fait, j'ai décidé d'arrêter de l'attendre et de quitter mon ile pour rejoindre l'ile des Montagnes Rocheuses. Un voyage en bateau de plusieurs jours m'attend, une fois que j'aurai trouvé un batelier. Malheureusement, le batelage, le salaire du batelier, change beaucoup d'un batelier à l'autre et d'un voyage à l'autre. Dans un monde submergé dans l'eau, ils offrent un service en haute demande. De plus, peu de gens savent encore comment construire des bateaux et ils ne sont certainement pas sur les iles les plus pauvres.
Je pense au batelage depuis plusieurs semaines, depuis le dernier matin où je me suis réveillé avec un peu d'espoir. Je prie, matin et soir, à la déesse de la mer, Calypso, de protéger ma mère jusqu'à ce que je la retrouve. Je veux quitter notre ile dès que je le peux, mais je n'arrive pas à trouver quelque chose à troquer en échange du voyage. Je sais que le prochain batelier, un des deux seuls bateliers qui se rendent à notre ile, accostera dans trois jours.
Je cherche quelque chose qui a de la valeur, mais les cerfs et les lièvres sont trop importants pour le village et le bois que nous coupons dans la forêt ne sert qu'à la construction pour ne pas arrêter la lente expansion de celle-ci. Je vais voir mon père, un fermier modeste, pour lui demander de l'aide.
- T'penses encore le faire, le voyage...
- Oui, mais j'sais que tu veux pas...
- Après avoir perdu l'amour de ma vie, j'ai juste peur d'perdre aussi ma p'tite fille, mon ange.
Je vois les mains de mon père trembler, il tente de les cacher en dessous de la table. Je m'approche de lui pour le réconforter, mais il se lève soudainement.
- J'suis pas trop bon avec tu sais... les moments avec des émotions et tout.
- C'est correct.
- Non, je veux que tu saches que je vais t'aider, mais t'es bin mieux de me revenir en seul morceau.
- Et avec maman!
Il me laisse finalement m'approcher et je pose ma main en réconfort sur son épaule.
- Y'a de ça une couple d'années, y'avait des pirates qui contrôlaient la région.
YOU ARE READING
Batelage
Short StoryPetite nouvelle post-apocalyptique que j'ai écris sur un coup d'inspiration avec le club d'écriture auquel j'adhère.
