Jack raccrocha, énervé. Son boss lui avait clairement fait comprendre qu'il ne s'investissait pas assez dans l'entreprise. Mais étais-ce de la faute de Jack s'il était jeune papa ? Bon, un peu, certes, mais il n'était pas le seul. Son boss était déjà passé par là, non ? Pourquoi ne le comprenait-il pas ?
Jack balaya le parc des yeux. Des enfants en bas âge jouaient avec leurs parents dans le bac à sable. Sa fille n'était pas avec eux. Il se retourna, rejoignit sa petite Lucie quelques mètres derrière, au bord d'une jolie allée bordée de haies. Jack adorait sa fille, mais il n'aimait pas qu'elle le voie s'énerver au téléphone. Elle lui sourit de cette fameuse manière qui lui faisait fondre son cœur, et il ne put s'empêcher de le lui rendre.
Mais il était déjà tard, alors il la boucla dans sa poussette, rassembla le sac avec le goûter, la gourde et toutes ces choses devenues vitales pour un parent, mais saugrenues pour un étranger. Ils s'en allèrent ainsi rapidement, Jack devant finir ce rapport si important sur le bilan économique de l'entreprise.
Arrivés à la maison, il embrassa sa femme, l'aida à préparer le ragout (ce rapport pouvait bien attendre une petite heure), et la petite famille mangea allègrement.
C'est arrivé à l'heure du coucher que débutèrent les problèmes.
Lucie commença à faire une crise. Les cerveaux des deux parents commencèrent alors à tourner à toute allure : avait-elle faim ? froid ? fait dans sa couche ? Mais elle venait de manger, était sous une couette et était sèche. Ce fut Valérie qui trouva le problème :
- Oh, tu veux ton doudou, ma puce ?
Puis, se tournant vers Jack :
- Où l'as-tu mis ?
Mais Jack resta immobile. Pétrifié. Il regarda sa femme fouiller dans le sac de la petite, puis l'interroger du regard. Ce fut comme une décharge électrique. Jack se précipita vers la poussette, en retourna toutes les poches, mais il savait bien ce qu'il allait y trouver. Rien. Il se repassa en boucle ce qu'il s'était passé après avoir raccroché. La vérité le frappa. Non. Il avait tout pris. Tout, sauf le doudou préféré de sa fille, Baba. Un nounours adorable offert par sa marraine. Lucie ne le quittait pas. Jusqu'à aujourd'hui.
Sa femme sortit de la chambre, où la petite hurlait toujours.
- Alors ?
- Je l'ai oublié au parc, souffla-t-il.
- Quoi ?
- Je l'ai oublié au parc, répéta-t-il plus fort.
Alors Valérie réagit au quart de tour :
- Oublié ? Elle l'adore, ce doudou ! C'était LA chose à ne pas oublier ! Comment veux-tu qu'elle dorme, maintenant ? Bon sang, tu es toujours dans tes foutus rapports, là, et pour une fois, pour une fois que tu l'emmène au parc ! Ah, je croyais que les hommes incapables d'élever des enfants, c'étaient des stéréotypes,...
- Ok, ok, je vais le chercher !
- Maintenant ? Mais il fait nuit noire ! Non, aide-moi plutôt à la calmer.
Jack se sentait humilié, injustement. Oui, le doudou Baba était important, mais sa femme avait exagéré. Il savait très bien que s'il avait oublié autre chose, elle aurait dit ça aurait quand même été « LA » chose à ne pas oublier. En plus, elle lui reprochait d'être trop au travail, et son boss trop avec sa famille ! Il ne pouvait pas se couper en deux ! Mais il ravala sa bile et se tut, car il ne servait à rien de s'engueuler et après tout, c'était lui qui avait merdé. Il allait simplement retourner au parc le lendemain.
Mais il ne dormit pas. D'abord parce que Lucie avait continué sa crise, puis ensuite car, lorsqu'elle s'était finalement endormie, c'était dans les bras de sa mère, dans leur lit, et qu'elle n'arrêtait pas de bouger.
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Ce n'était qu'un doudou...
Short StoryJack, jeune papa, perd un jour le doudou de sa fille au parc. Une histoire banale, que tout jeune parent a au moins vécu une fois dans sa vie. Mais cette aventure prend trop vite des proportions... étonnantes...
