Mauvais Rêves

By LesCrisVains

4.5K 699 3.6K

Lorsqu'un vieux romancier croise un soir une jeune inconnue en pleurs, il ne lui en faut pas plus pour lui in... More

Premier Passage
Chapitre 1
Chapitre 2
Deuxième Passage
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Troisième Passage
Chapitre 9
Chapitre 10
Quatrième Passage
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Cinquième Passage
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Sixième Passage
Chapitre 23
Chapitre 24
Septième Passage
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Huitième Passage
Chapitre 32
Chapitre 33
Chapitre 34
Chapitre 35
Chapitre 36
Chapitre 37
Chapitre 38
Chapitre 39
Chapitre 40
Chapitre 41

Chapitre 19

72 14 41
By LesCrisVains

Au milieu des rues de Gênnille, la voiture d'Alix semble la seule à troubler le silence avec le ronronnement régulier de son moteur, faisant fuir de temps à autre des chats errants.

C'est toujours calme dans le quartier, aux alentours de ces heures-là. Et même si de nombreuses maisons sont encore allumées, ou du moins trahissent de la vie à l'intérieur, nul ne semble avoir l'envie de pointer le bout de son nez dehors, la faute au vent glacé de l'automne.

Ce décor figé convient plutôt bien aux envies d'Alix en ce moment : du calme, de la sérénité, du silence. Monde apaisé pour pensées qui voudraient l'être.

Hélas, l'image d'Oriane l'obsède et l'empêche de trouver repos, une figure qui inlassablement lui revient, entourée d'une nuée de questions comme des abeilles. Bien sûr, ces interrogations demeurent sans réponse, des cris de détresse qui ne génèrent rien d'autre qu'un écho.

Comment Oriane a-t-elle pu connaitre une telle décadence si vite, changer à ce point de caractère en si peu de temps ? Pourquoi s'est-elle amourachée d'un individu aussi dangereux que cet Ikare Dussant ? Que fait-elle maintenant ? Est-elle devenue comme eux, une criminelle ou une dealeuse, ou bien une captive ? L'enferment-ils dans une cave, comme on le voit dans les films ? La torturent-ils ? Oh non, pire... Et s'ils l'avaient tuée ?

Ressaisis-toi Alix, tu dis n'importe quoi. Tu as fini de t'imaginer des scénarios aussi ridicules ? A croire que tu voudrais vraiment la voir souffrir !

Elle tourne à droite en marmonnant.

S'il y a bien une chose qu'elle ne supporte pas, c'est la sensation d'être prise au piège – son côté claustrophobe, sans doute. Or en ce moment, ce sentiment ne la lâche pas, rappel incessant que quoi qu'elle fasse pour essayer de retrouver son amie, elle échouera car son adversaire n'est autre qu'un dieu.

La Clio s'engage sur un rond-point. Première sortie à droite, et elle sera à la maison.

Comment lutter contre un pareil titan ? Cette organisation est trop bien rôdée pour être vaincue, mise en place depuis si longtemps qu'elle paraît maintenant invincible.

Eh bien, ce sera David contre Goliath !

Elle prend la deuxième sortie, rattrapée par sa mauvaise conscience qui commente :

Mouais. Ce sera surtout une blonde écervelée, une mère au foyer un peu nunuche et un psychologue venant de se confronter à un échec professionnel contre un gang de mafieux armés jusqu'aux dents régnant en maître sur Laffiera.

Cela sonne moins bien.

En somme, la jeune femme se retrouve dans une impasse. Dans tous les sens du terme, d'ailleurs : trop occupée à réfléchir, elle a pris la mauvaise direction et a débouché sur un cul-de-sac.

Non mais la blague, sérieux !

À grands renforts d'injures maudissant tout un tas de choses diverses dont en premier lieu la barbe de Verlaine, elle entame une marche-arrière avant de rejoindre la bonne rue.

Si Oriane était là, elle n'aurait pas manqué de la charrier gentiment sur son étourderie en prenant une voix de professeure pour commenter "Eh bien c'est du joli tout ça !"

Et puis, inéluctablement, elle aurait fini par rire de son petit rire si agréable, ce genre de musique que, juste pour entendre une nouvelle fois, Alix serait prête à toutes les pitreries possibles. Ses yeux animés de malice, légèrement plissés, ses joues roses soudain relevés : dans un moment de grâce pareille, il ne manquerait plus que la lumière des anges pour couronner le tout.

C'est vrai, elle est si belle quand elle rit...

Les regrets assaillent la jeune blonde qui, prise d'une vague de nostalgie, serre les dents pour réprimer ses sentiments remontant.

Elle n'est pas tombée amoureuse d'Oriane dès l'instant où elle l'a vue. Elle n'a pas connu un de ces coups de foudre qui frappent tant de jeunes et moins jeunes gens chaque jour sur cette Terre. Elle ne se souvient pas d'un jour vraiment précis où "tout a changé" comme le disent certains tourtereaux.

Tout s'est fait progressivement, pareil à une plante qui peu à peu germe, grandit, se développe, et s'embellit parfois. Bien mystérieuse es-tu, alchimie qui anime les coeurs.

Alix appréciait Oriane, son charme, son intelligence, sa façon de penser et de voir le monde. De plus, elle savait qu'elle pouvait toujours compter sur cette femme et faisait de son mieux pour lui rendre la pareille.

Ce n'est qu'au bout de trois, peut-être quatre mois que peu à peu, des choses ont commencé à changer : la voir sourire accélérait les battements de son coeur, la moindre absence de sa part la mettait dans tous ses états, une sortie "entre meilleures amies" la faisait flotter sur un petit nuage pendant les semaines qui précédaient et le soir, sans s'en rendre compte, elle repensait sans cesse à elle... Ces étranges comportements gagnaient en intensité, dictant de plus en plus leur loi.

Et puis, quelques temps après la mort de Witahé, la trentenaire a réalisé pleinement ce qu'elle ressentait pour sa comparse.

Elle qui se moquait de l'amour et ses niaiseries se retrouvait soudain plongée dedans.

Elle qui ne supportait pas les chansons romantiques y entendait désormais un écho à ses propres sentiments.

Elle qui n'avait jamais aimé, jamais embrassé personne sinon un garçon en CP connaissait à présent les feux de la passion.

Mais ce n'était pas le moment d'avouer cela à Oriane alors que celle-ci pleurait son compagnon mort. Alors elle n'a rien dit, sachant de toute façon qu'elle n'avait pas ses chances car, à force de la côtoyer, elle avait bien vu que son amie ne s'intéressait qu'aux garçons. Son silence s'est poursuivi, éternisé, et finalement, Alix s'est décidée à ne jamais rien lui dire à ce sujet.

Au fond, rester blottie bien au chaud au fond d'un placard, est-ce vraiment un problème ?

Elle finit par se ressaisir : surtout, ne pas se laisser aller à de tels accès de faiblesse dans une situation pareille ! Il serait dangereux de n'écouter que son coeur dans ce genre de moment, au dépit de sa raison qui plus est. Prudence. Hors de question de finir démembrée à la sortie d'un carrefour, n'en déplaise au chevalier suicidaire qui piaffe d'impatience dans un coin de la conscience d'Alix !

Ça y est, le petit pavillon où loge la trentenaire est en vue. Il semble l'attendre bien sagement, avec ses volets clos et son jardin plongé dans la pénombre, comme un chien qui guetterait le retour de sa maîtresse.

Celle-ci ouvre le portail grillagé un peu rouillé par le temps, rentre la voiture, attrape les clés de sa maison perdues au fond de sa boîte à gants, ce qui au passage lui prend cinq minutes pour les trouver, arrive enfin sur le seuil et, en entrant, jette un coup d'oeil à son téléphone.

Trois appels manqués d'un numéro inconnu et un SMS de Shawn.

S'il s'agit encore d'une blague sur les blondes, Alix se promet de l'étrangler demain à mains nues.

Heureusement pour la vie du natif de Grande-Bretagne, le sujet de son message dépasse ce niveau de maturité :

« Hey  young lady !

J'ai reçu ton message au sujet d'Oriane et sa disparition... C'est vraiment triste cette histoire. Et horrible. Alors je t'envoie ce petit message pour te dire que toute notre joyeuse team pense très fort à elle et à toi aussi. Elle nous manque à tous, mais on se doute que pour toi surtout, ça doit être dur.

Ne garde pas cette tristesse pour toi toute seule. N'oublie pas que tu as encore des amis qui sont derrière toi et qui te soutiennent.

Alors surtout, carry on !

Shawn »

Le tout accompagné d'un émoticône en forme de coeur.

Alix sourit, émue. Elle a beau les trouver un peu bêtes parfois, mal tournés sur les bords et incroyablement goinfres, ils restent malgré tout des amis merveilleux. Elle ne pourrait rêver de mieux.

« Merci Shawn, c'est adorable ! Mais je peux savoir ce que fait un emoji coeur dans ton sms ? »

Le message envoyé, assez satisfaite de sa petite pique finale, elle s'apprête à remettre en veille son téléphone lorsque tout à coup celui-ci sonne.

Le même numéro inconnu qui a déjà essayé trois fois de la joindre.

Telle insistance est pour le moins inhabituelle : il n'en faut pas plus pour exciter l'imagination angoissée d'Alix. Et si c'était Oriane qui cherchait à la joindre par l'intermédiaire d'un autre téléphone ? Ou pire... ses ravisseurs décidés à faire chanter la jeune blonde ? Cela validerait l'hypothèse de la cave !

Panique à bord. Les résolutions prises quelques minutes auparavant sur le fait de ne pas se laisser aveugler par ses émotions fondent comme neige au soleil : voilà que ce maudit chevalier suicidaire lance un coup d'État, partant à l'assaut de la matière grise d'Alix et décidant d'y instaurer sa dictature.

Elle doit décrocher, même si cela peut paraître absurde ou dangereux. N'est-ce pas l'occasion ou jamais d'obtenir enfin des nouvelles d'Oriane ? Laisser s'échapper une chance pareille la révolte.

Alors elle décroche, prête à affronter pervers, tueurs en série et même dragons cracheurs de feu.

« A... Allô ..? Vous êtes bien Alix Jar... Pardon, Gardin ?

Je vous laisse donc imaginer sa passable surprise quand elle réalise que la voix son mystérieux interlocuteur ne répond guère à ces caractéristiques : très douce bien qu'usée, un peu hésitante comme si elle craignait de déranger. Pas grand-chose à voir avec un clown psychopathe, en somme.

— Oui c'est exact, répond-elle avec une certaine prudence car comme le dit le dicton, l'habit ne fait pas le moine.

— J'espère que je ne vous embête pas... J'ai appelé plusieurs fois vers vingt heures, mais vous n'étiez pas là, alors...

— Je peux savoir qui vous êtes ?

— Verano Pessadya, le père d'Oriane. V... Vous êtes bien une de ses amies, je ne me suis pas trompé ? Je... Est-ce que vous sauriez comment je pourrais la contacter ? "

Voir ainsi surgir un fantôme du passé de son amie fait l'effet d'un électrochoc à la jeune femme. Le père d'Oriane..? Il est donc encore en vie..? La disparue l'évoquait très peu et l'affirmait mort. Alors comment..? Durant quelques instants, sous le coup d'une telle découverte, la femme à l'autre bout du fil ne parvient à prononcer le moindre mot.

— Mademoiselle Gardin ?

— Je vous croyais... réussit-elle à articuler finalement. M... Mort. Êtes-vous un fantôme ?

Son rire résonne à l'oreille de la trentenaire, un rire troublant tant il rappelle celui d'une autre personne, une jolie jeune femme au front haut, aux longs cheveux lisses, à la peau claire et aux joues roses. Une jeune femme passée de vivante à spectre, dont le père a fait le chemin inverse.

— J'en suis un, vous devez avoir raison ! répond-il, amusé. Et donc, pour Oriane, vous accept...

— Venez chez moi, coupe Alix avec urgence. Tout de suite. »

Continue Reading

You'll Also Like

38.3K 1.2K 46
Trois ans, Trois ans qu'Esmée a tout laissé derrière elle, fuyant le Brésil et les démons d'un passé qu'elle tente d'effacer. Travaillant au Lucifer...
359 23 6
Elle est brisée. Il est vide. Mais quand leurs regards se croisent, quelque chose vibre. Et ça fait peur. Lya a grandi dans un foyer où l'amour n'exi...
Wattpad App - Unlock exclusive features