La Pluie Noire

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Ça faisait une semaine environ que j'étais arrivé dans les tranchées, et en voyant le visage des soldats, j'ai vite compris que je ne repartirais pas de si tôt. Un air grave était imprimé sur eux et au fur et à mesure leur souffrance et leur peur étaient devenues les miennes. La période de pluie ne venait que de commencer mais dans les tranchées nous avions déjà de l'eau jusqu'aux chevilles. Les mitraillettes ennemies crachaient sans répit lorsque nous voulions attaquer. Après les combats on empilait les corps de nos compagnons que nous pouvions récupérer. Je crois que je n'avais jamais vu la mort d'aussi près, non seulement parce que nous risquions notre vie à chaque instant mais aussi parce que les cadavres en décomposition étaient partout. Cette situation réjouissait les rats qui étaient toujours plus nombreux et plus gros ainsi que les mouches qui proliféraient. C'était horrifiant de découvrir un spectacle aussi macabre. A chaque fois que cette pluie touchait le sol, elle transformait notre terre en une boue collante et infâme. Cette boue atroce, et les restes des soldats qui parfois même nous ensevelissaient. Quand nos blessures entraient en contacte avec elle, elle devenait acide et la douleur était sans pareil. Lors des combats, on pouvait entendre le sifflement des obus avant qu'ils ne viennent s'écraser au sol en projetant sur nous à tout moment un mort de plus, jaillissant de terre sous les éclats d'obus. Ce qui n'ont jamais vécus ça ne peuvent pas comprendre ce qui ce passe quand on a les jambes en cotons, le cœur qui s'emballe, le sang qui se glace, la respiration haletante et saccadée, tout ça en même temps. Mais on a pas le choix, on doit combattre peu importe qu'on le veuille ou non. La nuit était tombée et tout était calme. On était tous plus ou moins endormis et le seul bien éveillé était Émile. Un gamin d'à peu près vingt balais. Je le regardais du coin de l'œil pendant qu'il fumait, puis je le vis monter sur les sac de sables avant les barbelés pour être le plus possible en hauteur. Tout doucement il leva sa main en tenant la cigarette du bout des doigts, la légère brise la faisait scintiller.

Mais qu'est-ce qu'il fait ? Il est fou ! Il va se faire tuer... pensais-je. Je n'eus pas le temps de finir que déjà le pauvre avait un trou dans la main et se tordait de douleur. Je partis réveiller quelques gars pour lui venir en aide et on l'emmena je ne sais où. Le lendemain j'essayais de me renseigner pour savoir où on l'avait embarqué. Je questionnai mon pote Aimé qui connaissait tous les ragot :

-Hier soir, des gars ont vu qu' Émile avait fait exprès de se faire tirer dessus, il a été mis en première ligne avec d'autres comme lui, mais j'en sais pas plus, dit-il.

C'est donc ça le sort réservé au menteurs, ils ne l'ont pas mis a mort mais c'est tout comme, la première ligne est tellement dangereuse...

Des cris violents me sortirent soudainement de mes pensées :

-Obus!

-BOUM

Je me trouvais allongé dans la boue sanglante, inerte, et autour de nous les obus pleuvaient sans relâche. J'essayais de me relever mais mon corps ne réagissait plus. Ma vision se troublait de plus en plus lorsque une lumière blanche apparue. Elle fut d'une telle clarté que je n'eus pas la force de garder mes yeux ouverts. Dès lors, tout s'arrêtât. Il n'y avait plus de bruit, plus de bombes, plus de soldats, plus de tranchées, ni de guerre, plus rien. J'étais libre.

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⏰ Last updated: Oct 30, 2020 ⏰

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