Chapitre 4

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Un peu plus tôt cette nuit-là...

Nathanaël Everbilt n'en revenait toujours pas d'avoir été enfermé par les gens de Brenstonne. Il était des leurs pourtant, même si, contrairement aux autres, lui ne croyait pas à la sorcellerie. Comme à tous les enfants de cette ville, on lui avait fait étudier l'histoire des sorcières et des chasses qui avaient eu lieu. Curieux de nature, Nathanaël avait même poussé ses recherches. Et il avait découvert que la plupart des femmes qui avaient été tuées par le passé pour usage de la magie étaient en fait juste des érudites, des femmes instruites et intelligentes, ou tout au moins des femmes émancipées, libres et indépendantes, qui sortaient du schéma de l'époque car elles ne se cantonnaient pas à s'occuper des enfants, du mari et de la maison. Alors, pour Nathanaël, les sorcières n'existaient pas, il s'agissait simplement de femmes qui osaient penser par elles-mêmes et qui, pour cette raison, étaient considérées comme différentes.

Il ne comprenait pas pourquoi les hommes voulaient tellement avoir du pouvoir sur les femmes. Il ne pouvait tout simplement pas concevoir qu'en 2060, sa communauté en soit encore à penser que les femmes étaient inférieures aux hommes et qu'elles n'avaient pas le droit à la parole. Il savait qu'en dehors de Brenstonne, les choses étaient différentes, que les femmes étaient considérées à leur juste valeur et complètement intégrées dans la société. Et sans pour autant être prises pour des sorcières. La sorcellerie était un mythe parmi d'autres, d'ailleurs très ancré dans la culture populaire à La Nouvelle-Orléans, où l'on cultivait les histoires de sorcières, de vaudou et de magie. Mais ce n'était rien de plus que cela, des mythes.

Nathanaël aurait aimé partir de Brenstonne et découvrir le monde, mais lorsque l'on naissait dans cette ville, on ne pouvait pas la quitter. Lorsqu'un natif de Brenstonne essayait de partir de la ville, il était recherché, traqué et ramené au bercail. Le Pasteur lui faisait alors un lavage de cerveau visant à le persuader que quitter la ville était mal. Ceux qui réessayaient tout de même de s'enfuir étaient tout bonnement exécutés. La raison d'un tel traitement était simple, Brenstonne était une ville secrète et devait impérativement le rester. Hormis ses habitants, nul ne connaissait son existence, et elle n'apparaissait même sur aucune carte. Nathanaël avait entendu dire que les ancêtres avaient contraint une sorcière à jeter un sort de dissimulation sur la ville, afin que personne ne puisse y arriver par hasard. Et effectivement, le jeune homme n'avait jamais vu aucun inconnu à Brenstonne. Du moins jusqu'à ce soir.

Nathanaël avait vingt-deux ans, c'était un jeune homme grand et fort. Il avait été éduqué comme tous les autres garçons de la ville ; cependant, sa curiosité était considérée comme un poison. Raison pour laquelle les bons chrétiens de Brenstonne ne le mettaient jamais dans la confidence lorsqu'ils entreprenaient leurs chasses aux sorcières. Les parents du jeune homme avaient même honte de lui, eux qui étaient de bons croyants et qui participaient activement à la vie de la communauté. Enfin, surtout son père, qui considérait que sa mère était une femme parfaite, car docile et soumise. Le paternel avait beaucoup frappé Nathanaël pour lui inculquer "les bonnes valeurs chrétiennes", mais malgré tout, le jeune homme n'était pas croyant. Et il souhaitait comprendre pourquoi les femmes étaient diabolisées de la sorte.

Fidèle à ces "bonnes valeurs chrétiennes", le père Everbilt avait obligé son fils, alors tout juste âgé de dix-huit ans, à épouser Brenda, une jeune femme de la communauté. Depuis quatre années, le couple marié vivait donc dans la demeure familiale des Everbilt, dans le respect des préceptes de la Bible, comme c'était la tradition. Mais même après ces années de vie commune, Nathanaël et Brenda restaient des inconnus l'un pour l'autre. Bien sûr, le jeune homme avait été obligé de faire l'amour à sa femme le soir de leurs noces, avec pour preuve de la virginité de la jeune épouse et de l'accomplissement de l'acte charnel, la tache de sang qui maculait leur drap. Depuis lors, il ne la touchait que très rarement. Il essayait bien de s'y contraindre, mais il ne la désirait pas. Non qu'elle ne fût pas belle, au contraire, Brenda était une jolie fille, brune aux yeux verts, avec une taille fine. Néanmoins, elle représentait tout ce que Nathanaël exécrait : la "femme parfaite". Elle était très réservée, presque transparente même, et bien obéissante. Elle s'évertuait à être la femme idéale, calquée sur le modèle de toutes les autres femmes de Brenstonne, une bonne épouse, dévouée à son mari, à Dieu, mais aussi et surtout au Pasteur. Elle se rendait pieusement à la messe tous les dimanches, et le reste du temps, elle partageait les tâches ménagères de la maison avec la mère de Nathanaël. Elle n'avait ni personnalité ni caractère, elle était sans saveur, bref, sans intérêt. Du moins était-ce ce que son mari pensait d'elle. Il n'était évidemment pas amoureux d'elle et il doutait fort que cela change un jour. Pourtant, il avait essayé d'établir une communication avec elle, car il aurait aimé pouvoir partager sa curiosité avec quelqu'un. Mais Brenda se contentait d'un vocabulaire plus que restreint : oui, non, s'il vous plaît et merci. Non, ce n'était pas tout à fait juste, parfois elle lui disait aussi bonjour ou bonne nuit.

Equilibrium - Maléfique (Tome 1) [Publié en Auto-Édition]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant